PORTRAIT DE M'° JANE HADING
silhouette qui se détache sur un fond de plantes vertes ; — le portrait de MR... [la femme aux coquelicots), vue à mi-corps, le profil à gauche,
dessinant sa ligne lumineuse et spirituelle, sur un fond de forèt ; la tête
est coillée d'un chapeau de paille retenu par une bride passée sous le chignon; le torse est pris dans une casaque au col et rebras de guipure, la main tient quelques coquelicots épanouis ; — le portrait de femme assise, vue de face, le col emmitouflé d’un boa noué négligemment, une toque de fourrure sur les cheveux ondulés; les deux mains abritées frileusement dans la tiédeur d’un manchon. Et je me hâte d'arriver à toute une série de portraits d'hommes, qui sont des œuvres célèbres.
Ainsi le portrait de M. Alphand, daté de 1888. Quel Parisien n’a pas connu M. Alphand, l'éminent directeur des travaux de la Ville de Paris, celui dont la volonté était presque sacrée pour ces messieurs du Conseil municipal, et à qui la Ville de Paris doit des améliorations non discutées. Il est représenté, debout, vu jusqu'à mi-jambes, dans les chantiers de l'Exposition de 1889; un foulard autour du col, le chapeau légèrement incliné sur l'oreille, le pardessus un peu négligé, boutonné; une main fatiguant la poche latérale, l'autre main tenant un paquet de paperasses, où un autre que lui se fût perdu, mais où, lui, puisait le document qui lui permettait de diriger cent affaires à la fois. Et quel regard! La vivacité et la volonté s'y manifestent avec une sorte d'acuité aimable : c'était bien l’homme qui se faisait obéir en souriant — et qui savait même, quand il était nécessaire, se faire obéir autrement.
Un autre portrait, de quelques années antérieures, avait d’ailleurs établi la réputation du peintre; le portrait de Jules Simon : l’ancien ministre est assis, une main appuyée fortement au bras du fauteuil, l’autre main reposant, ainsi que le bras, sur un coin de table; la tête, vue de face, émergeant d’un col blanc nullement empesé, et retenu par une cravate noire, nouée à la diable. Dans ce portrait également, le regard a une intensité extraordinaire. Toute l'intelligence du philosophe et du sociologue y apparaît : il y a de la lumière dans ce front large, il y a une pensée sans cesse en éveil dans ce visage aux impressions chans
geantes et rapides, et quiconque a entendu le causeur exquis qu'était
Jules Simon, le retrouve dans le portrait définitif que Roll a fait de lui; ce portrait a même été pour l'artiste l’occasion de quelques incidents
assez plaisants, un entre autres. On sait que Jules Simon était président
d’une infinité de Sociétés et de groupements; or, parmi ces groupements
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