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HENRI ROCHEFORT

semble que je l’entends parler de sa voix douce et grave, où un auditeur averti savait cependant démêler une ironie quelque peu sceptique. Roll, dans les deux portraits de M. Octave Gréard, l'étude et l’œuvre

réalisée, a donné toute la mesure des nuances, ces nuances que le vice-

re

116 ALFRED ROLL recteur de l’Académie de Paris, — bien plus ministre que le ministre lui-même, —était si joliment expert à marquer. Iei, il est seul, il cause, il

se livre,

autant qu'un philosophe tel que lui peut bien se livrer ; à, il expose à M. Carnot les plans de la Sorbonne reconstruite, qui est sinon son œuvre, tout au moins l’une de ses œuvres les plus chères, et il le fait avec une condescendance toute de tact. Roll a donné là mieux que des portraits ; il a fait de la chronique documentaire et de l’excellente chronique.

Et j'arrive à trois portraits qui sont tout spécialement caractéris-

tiques, soit par la facture sincère dont ils relèvent, soit à cause des per-

sonnages qu'ils représentent ; ce sont les portraits de MM. Damoye, Coquelin cadet et Antonin Proust. Dans le portrait du paysagiste Damoye, il y a une mise en scène qui a ceci de particulier qu'elle n’a pas l'air d'exister. On est à la gare, et le paysagiste passe, en son costume d’excursionniste qui va chercher le motif, sa boîte, ses toiles et son pliant pendus à l'épaule par une bretelle, sa canne et son chapeau à la main ; le paletot déboutonné, le foulard pris sous le col du veston: cela vous à une crânerie étonnante; je ne crois pas que Roll ose jamais une œuvre plus hardie, plus puissante, plus saine, plus vraie, plus belle. Quand elle a paru au Salon, il y eut quelques grincements de dents, mais les plus rébarbatifs à une manière que l’on reprochait à Manet — en oubliant qu'elle était familière à Goya, et plus loin à Vélasquez — finirent par reconnaître que l'effort de Roll n'était pas à dédaigner, et qu'il ouvrait à l’art francais une voie de sincérité où il y avait de belles conquêtes à opérer.

Le portrait de Coquelin cadet pourrait figurer l’apothéose du monologue; c'était en 1890, l'époque où il n’y avait pas de fête sans Cadet, pas de Cadet sans monologue, si bien qu’on avait composé un mot pour symboliser le comédien et son genre : le monocoquelogue. Regardez-le, il vient de paraitre, on rit, on s’esclaffe, et, lui, attend, impeccable en son habit noir et cravaté de blane; il va vous servir un de ces morceaux de littérature pour convalescents, une de ces bouffonneries que nulle

analyse ne peut — ou ne veut — caractériser, mais qui ont la propriété,

heureuse, de vous secouer la rate d’un spasme irrésistible, et de vous

convulser dans la plus folle gaité. Le portrait est vivant, joyeux, avec un je ne sais quoi de piquant et de drôle qui vous fait souvenir des

heures — bien lointaines déjà — où le monologue sévissait.

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