‹ Alfred RollChapitre 39 sur 54 · GA CA OX · texte numérisé non relu

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devine que bientôt ce sera le silence sinistre du néant ; à la surface de l’eau que verra-t-on ? Les débris de bois, d’informes épaves, les derniers témoins matériels de la lutte, et de la mort, de la mort, de la mort! II fallait à Roll sa jeunesse de 1877, sa belle fougue

volontaire, pour oser peindre cette grande $

toile; il était allé chercher sur place, en 1875, la vision du spectacle extraordinaire, et il en avait rapporté un document 2 vécu, d’une brutale acuité.

Il se mit à la besogne avec une

conscience que nulle difficulté ne rebuta ; sa composition, là encore,

ne poussait pas au mélodrame:;

d\ certes, dans l’auguste ampleur du 4\ sujet, il lui avait semblé nécessaire À de manifester quelques souvenirs

classiques, comme s'il se fût agi

pour lui de peindre le Déluge. Mais

il sut cependant demeurer mo-

derne, moderne par l'expression

À des figures, moderne par le réalisme de son exécution, moderne par l'audace de ses mouvements, notamment les deux torses d'hommes qui maneuvrent la

barque non pas avec des Vi

gueurs d’athlètes, mais avec

des muscles dont la force

est décuplée par la lutte su- ÉTUDE POUR L\ GRÈVE É : ee prême qu'ils livrent à l'élément aveugle; moderne enfin, par sa volonté de traduire la vie, dans une des crises les plus lamentables, où l'histoire de l'humanité lui ait fourni

l’occasion de se manifester. Certes, lorsqu'’au Salon de 1877 on contempla

cette page tragique, il y eut de la part de quelques juges, conquis à la tradition, des protestations indignées; mais l'opinion fut plus forte, et plusieurs artistes sincères votèrent une récompense au jeune maître qui affirmait si solidement son désir de suivre une voie nouvelle; l'œuvre appartient aujourd'hui au musée du Havre, où tous ceux qui la voient la

considèrent comme une des œuvres les plus fortes de la fin du xix' sièele.

Sr a — Pr

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