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CHAPITRE IX

LA PITIÉ RECÉLEUSE DE BEAUTÉ — L'INDIVIDU DANS L'HUMANITÉ ÉVOLUTION ET ÉTERNITÉ -— CONCLUSION

‘A1 indiqué dans les grandes toiles précédemment étudiées quelles étaient les aspirations du peintre vers un idéal intimement issu de toutes les manifestations de la vie : toute une série d'œuvres

connues, d’un caractère moins général, des œuvres où l'individu a plus de rôle que la collectivité vont nous permettre de dégager nettement les phénomènes d’induction psychologique qui, chez Roll, aboutissent à des sentiments sociaux, et pourtant humains, de sympathie et de pitié.

« Le véritable objet de l’art, a écrit le regretté maître Guyau, c’est

l'expression de la vie. L'art, pour représenter la vie, doit observer deux

ordres de loi : les lois qui règlent en nous les rapports de nos représen-

tations subjectives, et les lois qui règlent les conditions objectives dans

lesquelles la vie est possible... Le grand art est celui qui traite la nature

et la vie, non en allusions, mais en réalités, et qui

sent en elle le plus profondément, non pas ce que

l’art humain peut le mieux rendre, mais ce qu'il

peut, au contraire, le plus difficilementtraduire,

ce qui est le moins transposable en son do-

maine. Il faut comprendre combien la vie

“déborde lart, pour mettre dans l'art le plus de vie. »

Ces lignes semblent avoir été écrites à l'intention de Roll.Il s’est défendu, par l'intérêt mème, l’intérêt humain qu'il prit au spectacle

de l'humanité, de n'être plus qu'un dilettante ne sentant plus pour sentir, mais pour ramener sa sensation à une expression esthétique, ne donnant par conséquent à la vie réelle que la valeur d’un document au service spécial de son art. Et c'est pour cela qu'après avoir porté son attention sur l'individu placé dans des conditions sociales d'existence, il est arrivé, par une généralisation où le sentiment intime avait plus de part que la nécessité de son art, à le considérer dans des conditions humaines d’existence. S'il en était autrement, son étude lui aurait paru bientôt entachée de monotonie; il n’y ÉTUDE POUR LE TRAVAIL aurait vu que des eflets se répétant, incapables de le solliciter sans lassitude, et n’offrant à son intelligence, non plus qu’à sa conception esthétique, un but digne de le passionner.

En tenant le fond vivant de l’art, comme appelant à son aide les idées, les sentiments et les volontés, il a perçu des nuances jusqu'alors inaperçues qui, chaque jour, fournissaient à son besoin de nouveauté ;

sa conscience, aiguisée par une observation continue, lui a révélé des

sensations plus neuves toujours, plus inédites, et sa carrière, au lieu

De

d’être, à l'étape d’un certain progrès, un piétinement sur place, à été une continuelle ascension vers les sommets où s’élargissait sa vision. Et c'est pour cela qu'il nous émeut de son émotion, qu'il y à sympathie entre sa pitié et notre pitié, qu'il y a enharmonie entre son sentiment et celui qu'il réveille en nous, à sa volonté.

« Les hommes passent, et leurs vies avec eux, dit encore Guyau, le sentiment demeure, le sentiment, ou, pour mieux dire, la volonté, puisque toutsentiment est une volonté en germe. Le sentiment est la résultante la plus complexe de l'organisme individuel, et il est en même temps ce qui mourra le moins dans cet organisme ; il est la plus profonde formule de la réalité vivante. Ce qui fait que quelques-uns d’entre nous donnent parfois si facilement leur vie pour un sentimentélevé, c’est que cesentiment leur apparaît en eux-mêmes plus réel que tous les autres faits secondaires de leur existence individuelle; c’est avee raison que devant lui tout disparaît, tout s'anéantit. Tel sentiment est plus vraiment nous, que ce qu'on est habitué à appeler notre personne ; il est le cœur qui anime nos membres, et ce qu'il faut avant tout sauver dans la vie, c’est son propre cœur. »

Le mot d'un artiste est donc essentiel plus encore que le monde extérieur, pour la création esthétique ; et à un certain point de vue, il ne

serait pas excessif d'exiger que l'œuvre

d'art fût simplementune manifestation

d'état de conscience. Cela expliquerait ÉTUDE POUR LES JOIES DE LA VIE

même pourquoi de deux artistes puisant dans un même cycle d'idées l’objet de leurs traductions plastiques, l'un fera de la lumière, du mouvement, de la vie, tandis que l’autre n’atteindra qu'à l'inerte, au terne, à l’insignificatif: ici il y aura sève féconde, invention, résurrection; R il y aura banalité et même vulgarité. Le tout, c’est de faire pénétrer l'image que nous procure notre vue, dans un système d'association d'idées qui la particularise ; c’est à la participation personnelle du tempérament de l'artiste, à l'interprétation de la réalité et c’est de l'accord de cette

réalité avec cette partici-

pation personnelle, reflet

intérieur du 7201, qu'est

faite la vérité.

C'est parce que Roll a coordonné les multiples objets de sa vision avec le terme original de son noi, qu'il a créé des pages si vivantes d'humanité,

qu'il nous attache à une infinité de

sensations, dont nous n’aurions peut-être pas, sans lui, perçu lin-

time et insaisissable vibration; il

nous prouve une fois de plus que

Bacon disait juste en prétendant

que l’art exprime ce que la nature

n'a fait que bégayer.

Ce qu'il faut louer encore chez lui, c’est , que capable de cette philosophie qui lui per-

mit de concevoir l’art

comme un retentisse-

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