LE VIEUX CARRIER
sans être l'intensité elle-même ; hallucination qu'il faut excuser chez les
artistes atteints d'une maladive hyperesthésie. Roll s’est tenu magnifi-
ct
quement au vrai réalisme, à celui qui a pour base la sincérité, c’est-à-dire la capacité de réfléchir, de raisonner, de vérifier la cohérence et l'enchatnement des images fournies par lui, d’après son mode d'interprétation naturelle. Il a voulu l'intensité dans la réalité, et c'est à cela qu'il doit de nous donner une expression de réalité plus grande, et par cela même une impression plus saisissante de vie et de sincérité : « La vie, a dit un philosophe, est la sincérité même; elle consiste dans le rayonnement régulier et continu de l’activité centrale à travers les organes ; elle à la véracité de la lumière. »
Cette démonstration, encore qu'un peu abstraite, n’était pas inutile, pour comprendre toute la partie des œuvres que je vais avoir à analyser dans ce chapitre.
Ainsi le J’ieux carrier, qui s'en fut au musée de Bordeaux, après avoir figuré au Salon de 1879 et à l'Exposition universelle de 1889. Il est vu jusqu'à Mi-COrPS, avec sa blouse de travail ; il se tient droit : sa vieille figure, aux rides profondes, aux lèvres sèches, avec sa barbe rare, et sa couronne de cheveux gris, porte cette mélancolie d'une fatigue lentement accumulée, et dont nulle durée de temps ne saurait provoquer le repos.
Dans sa rude besogne, commencée à l'adolescence, et toute semée de dangers, il semble qu'il ait contracté l'oubli du rire : il y a des fronts, qui, à demeurer courbés vers la terre, ne connaîtront jamais le rayon ensoleillé de la gaîté.
mère D'ouvrien Le Pecheur, de 1880, est