‹ Alfred RollChapitre 5 sur 54 · LA NOURRICE · texte numérisé non relu

LA NOURRICE

qu'elles soient dignes d'un consul, sit consule dignæ. De cette préoccupation exclusive était née une sorte de peinture un peu fac-

tice qui arrangeait froidement le paysage, et dont l'exécution

Dee ALFRED ROLL

était fausse, sans énergie et sans finesse, sans variété et sans vérité. »

Or les peintres des deux écoles en présence, — l’une étant la continuation de l’autre, — réagissaient contre cette habitude où se tenaient leurs aînés de s'aider de bonnes études pour faire de mauvais tableaux : ils savaient avec de fortes études faire des tableaux dignes d’être admirés.

Cela n'allait pas sans difficultés.

Parce qu'ils s'efforçaient de nous com-

muniquer leurs sensations, de nous attendrir de leurs propres émotions, de nous forcer à comprendre la beauté de la nature, qu'il n’est nul besoin d’embellir, on les accusait d’être des artistes incomplets, d'escamoter, au profit d’une

indécision artificielle, la réalité qu'ils

(*, avaient à imiter; d'interpréter en un mot, et de ne faire que des impressions.

On leur reprochait de comprendre et

de ne pas se contenter de voir, comme

si tout le secret de l'art n'était pas

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justement de pénétrer l’âme des choses,

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et detraduire cette âme, pour le vulgaire

insaisissable |

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LE PIQUEUR, ÉTUDE POUR LE CHANTIER Charles Blanc, lui-même, ne consentait pas à encourager sans restriction les tendances nouvelles; et il ne se faisait pas faute de donner aux vaillants de l'émancipation, qu'ils s'appelassent Rousseau où Manet, des conseils prudents, qui n'étaient en somme que l'apologie discrète du

paysage classique.

« Ils ont, éerivait-il, substitué l'impression juste à limitation r1-

Apparhent à M. Suol-Decauville

goureuse. Les grâces du paysage sont imitées par eux, en effet, plutôt dans leur aspect que dans leur vérité; ils les rendent, non pas telles qu'elles sont, mais telles qu'elles paraissent être. Ce système a des dangers. Il engage le peintre dans la voie des à-peu-près, des semblants ; il le déshabitue des études partielles qui doivent être toujours très serrées ; il l’accoutume à se contenter de l'effet d'ensemble, à ne voir que le décor. Cependant si l'on veut exprimer le côté intime du paysage, celui qui s'adresse aux sentiments les plus délicats, il faut que certaines parties

du tableau. sinon toutes, soient dessinées très consciencieusement, dans

leur caractère particulier, dans leur contexture propre; que tel feuillage, par exemple, soit reconnaissable à son air souple ou rigide, à l'élégance ou à la rudesse de ses allures, à ses découpures aiguës ou arrondies,

à ses rameaux, à ses bouquets ; de telle facon que l'œil supplée de suite l’imitation dans les parties inachevées, où le peintre a indiqué seulement ce qu'il ne pouvait pousser jusqu'au bout. »

Voilà ce qu'on pensait communément, en 1809, au moment où les paysagistes indépendants, quelque peu malmenés dans les sphères officielles, poursuivaient leur tâche d’affranchissement avec une magnifique audace et une volonté que les résistances mêmes rendaient plus ferme.

Roll comprit que le devoir du

paysagiste n’étaitpas de s'attacher

à la formule de telle ou telle école,

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