ROLL
deuxième exposition internationale des peintres et des sculpteurs, organisée à la galerie Georges Petit : Grande marée et l'Allée herbue.
Grande marée : sous un ciel gris d’ardoise, où passent des stridences de tonnerre, les vagues montent et se heurtent, se déchirent et s'ouvrent; à leur crête, la force des chocs vaporise l’eau qui s'envole en nuée, comme si quelque titanesque machine soulevait les masses .océaniques, et de temps en temps se révélait par un spasme de fumée. C'est la force aveugle et brutale qui palpite avec la voix lointaine et rauque, grossie par une répercussion continue, à l'infini.
L’ Allée herbue ; de grands arbres, aux frondaisons balancées par le vent ; un ciel où s’envolent des nuages rapides; à la surface de l'allée, la terre accomplit son œuvre de sève; l'herbe et les plantes croissent drues; les vieilles racines se mélent aux pousses nouvelles, débordantes du ferment vivifiant; un immense amour erisse et pleure dans les choses; on devine. en cette sérénité apparente, qu'un gigantesque travail féconde, des essaims zizidrouillants d'insectes affamés et affolés, allant de la feuille au brin d'herbe, du brin d'herbe à l'écorce rude, pour s'entraîner dans une vertigineuse montée vers le ciel, vers la lumière! Il faut les retenir, ces fortes études de nature, si variées, si caractéristiques, si émouvantes d'atmosphère diaphane, et de signification pittoresque, dans l'œuvre de Roll. Il ne s’est pas seulement attaché à fixer l’idiosyncrasie des contrées qu'il interprétait; il a voulu montrer que dans ces contrées les saisons et les heures ne se manifestaient pas par des effets identiques. Le soleil, qui luit pour tout le monde, suivant le vieux dicton, ne luit pas partout de la mème facon et ne chante pas, ainsi que l'a dit un poète, le même couplet sous tous les climats. Pour peu que le paysagiste perçoive ces nuances, et qu'il ait la puissance de discerner les nuances de sa propre sensation, il fait ce qu'a fait Roll, il interprète la nature en même temps qu'il s’interprète lui-même, et c’est pour cela qu'il nous émeut.
core Les Rochers à Roscoff (187
Baie «les trépassés (1 875). avec une mer verte et lugubre, comme si quelque
l'ai déjà cité Les Environs de Baccarat, du Salon de 1869; voici en-
, dela collection de M. de Foureaud; La
lac de soufre y avait déversé son afflux mortifère ; Ze gros temps 1880);
La mer sous un ciel gris (1881); Les dunes au Crotoy (1881); La mer, par un effet de nuit (1882); Le soir à Sainte-Marguerite (1889); Le Soleil couchant à Quiberville 1887) qui appartient à M. Coquelin cadet; Les amandiers en fleurs 1890); Mer funèbre 890 ; Retour de Douvres
1890 ; Le jardin abandonné 899); Paysage à Ermenonville 1893
Pieux fort à Belle-fsle 1893 ; Mer furieuse à Belle-fsle 1893); Matin, coucher de lune 1894 ; Matin gris et matin rose, deux pastels datés de 1894; Premiers rayons (Salon de 1896); Æutomne dans la foret (1896); Le phare d'Ailb; au petit jour (1896); Reve de Normandie et Soleil couchant sur la falaise (1897), deux savoureuses études pour les écoincons des Jotes de la vie; Maison de la malade 1897), effet de lune ; Coucher de soleil au Revard, Aix 1898); Le lac du Bourget (1898); Rouen, ou d'une fenétre (1899); Le nuage, baie de Villefranche 1900), et toute
la suite d'études exécutées en Corse pendant les années 1901 et 1902.
Je ne puis m'arrêter à chacune de ces œuvres; il me suffira de les
avoir rappelées d’un mot; j'ai indiqué avec trop de détails quelle était la
pensée de Roll devant la nature, pour qu'il soit nécessaire d’insister. Je
remarquerai toutefois que Roll, dans ses paysages, avec de rares qualités
d’atmosphère, a le mérite, rare également, d’avoir toujours travaillé à simplifier les lignes, à en synthétiser le nombre, afin d'amener son expression pittoresque à une plus saisissante clarté de compréhension, à cette unité enfin, cette unité souveraine assujettissant toute multiplicité à ses lois, et susceptible de donner l'essor au sentiment le plus élevé et
le plus général.
ÉTUDE