Gab. Esquer, o. c., p
6. FH. Klein, o. c., p. 60-65. Ce domaine, habité depuis 1789 par les Aghas des Spahis, est celui que Clauzel acheta en décembre 1830 à de prétendus héritiers du fondateur Ali-Agha, acquisition dont la validité fut contestée par l’État dans un long procès dont le maréchal ne sortit vainqueur qu’en 1838. Il a donné son nom au quartier actuel de l’Agha, tandis que le souvenir de Clauzel a subsisté dans la toponymie locale (villa Clauzel, rue et marché Clauzel). Sur le Palais d’été de Mustapha, voir p. 75-78 du même ouvrage. C’est dans la partie basse du domaine que fut installé le « camp des Chasseurs », quartier de cavalerie actuel,
d’autres troupes, notamment la cavalerie. L’occupation d’une partie de ce dernier emplacement s’est prolongé jusqu’à nos jours et a gêné sensiblement le développement de la ville de Mustapha. Les états-majors, les officiers de troupe et les services s'étaient en outre emparés, dans l’enceinte même, de plusieurs palais ? et de maisons particulières ; dans la Djenina, ancienne demeure des Deys, s’installèrent la Manutention et le Campement. Cette prise de possession n'allait d’ailleurs pas sans soulever les protestations de la population indigène, surtout des Maures. Car outre les biens du Beylik, auquel se substituait naturellement le gouvernement des vainqueurs, il y avait, parmi les immeubles occupés, des édifices religieux ?, mosquées, oratoires ou zaoulas, des maisons dont les anciens maîtres, par crainte de la confiscation, avaient affecté les revenus à des fondations pieuses et charitables, comme celle des biens « de la Mecque et de Médine », à des corporations, à des œuvres d’utilité publique telles que les fontaines et les aqueducs, d’autres enfin dont les propriétaires, présents ou absents, se trouvaient frustrés de toute redevance locative : véritable spoliation, que les vainqueurs reconnurent eux-
4. Idem, p. 11-15 et 47-57. Notons le palais de Hassan-Pacha qui devint le Palais d’hiver du Gouverneur Général et l’hôtel de l’État-major, le Darel-Hamra, palais de Hussein-Dey, qui fut définitivement affecté à la Direction du Génie (rue Philippe actuelle) le 19 décembre 1831, les trois palais de Mustapha-Pacha qui devinrent l'hôtel de l’Intendance, puis de la Division, la Bibliothèque Nationale (rue Maupas actuelle) et l’hôtel du Génie (rue des Lotophages).
2. J. F. Aumerat. La propriété urbaine à Alger. Alger, 1898 ; étude intéressante sur les biens du Beylik (5.000 immeubles sur 8.000), du Beït-el-Mal (successions vacantes et confiscations), des corporations, de la Mecque et
de Médine (secours aux pélerins).
mêmes dans la suite, mais ne réussirent pas à réparer complètement. En 1832, le Génie, invité à se prononcer sur les attributions définitives au domaiue militaire de la Place d’Alger, retenait 8 mosquées, 14 casernes et leurs dépendances, 130 maisons et boutiques, 2 bâtiments transformés en hôpitaux, sans parler de la Casbah, des anciens palais des Deys, des écuries du Dey, de l’ancienne Fonderie, d’un magasin à poudre, de deux hôpitaux extérieurs 1, des forts, des batteries et ouvrages, et de quelques maisons de campagne immédiatement voisines de la ville ?. Quelques-uns de ces immeubles furent rendus dans la suite à leurs propriétaires ? ; beaucoup d’ailleurs étaient en fort mauvais état et le Génie était impuissant, faute de crédits, à en assurer l’entretien. La partie haute de la ville était menacée de devenir un champ de ruines, par suite de la fragilité des constructions et de leur solidarité qui les faisait écrouler par grappes 4, et plus encore peut-être par suite des dégradations dont se rendaient coupables les militaires et les civils 5. Il faut
1. Dont le Jardin du Dey affecté au service médical en 1832, (Voir H. Klein, o. c., p. 80-84).
2. Arch. G. À., art, 6, par. 4, sect. 1. « État des casernes, hôpitaux, magasins et maisons occupés par les services de l’armée d'occupation d’Afrique à Alger et dépendances, 1832, et « Procès-verbal établissant les répartitions susceptibles de composer le domaine militaire dans la place d'Alger ». 4er août
3. Idem, art. 6, par. 4, sect. 7. « État n° 3 du 6 septembre 1832.
4. L'arrêté du lieutenant-général Voirol du 8 mai 1833 mentionne le fait : « Les maisons se servent mutuellement d’appui et la chute d’une seule entraîne infailliblement celle de plusieurs autres ». (Moniteur Algérien, du 9 mai 1833).
5. Arch. G. A., art. 1, n° 11. « Mémoire sur la place d’Alger par le chef de Bataillon du Génie Collus, 1830. « Les maisons se détruisent avec une effroyable rapidité ; cette destruction est surtout remarquable dans la partie haute de
reconnaître d’ailleurs que la tendance de l’armée à multiplier les occupations fut heureusement réfrénée en quelques circonstances par l’autorité militaire elle-même 1. On ne peut nier en tous cas qu'il ÿ ait eu de graves abus, même en tenant compte des nécessités : ils sont dénoncés, sans aucune réticence, dans les rapports de la Commission d'Afrique de 18332. I1 fallut attendre plusieurs années pour que les immeubles inutiles fussent remis au Domaine : de 1837 à 1847, 70 environs furent
la ville, dans les maisons que les habitants ont évacuées pour laisser la place aux troupes qui avec raison ont été réparties le long des remparts qui descendent de la Casbah vers Bab-Azoun et Bab-el-Oued » (note marginale). Un arrêté du 26 novembre 1831 signale les dévastations journalières opérées par les « colons » dans les maisons avoisinant les batteries 9, 10 et 11.
1. C’est ainsi que le maréchal de camp inspecteur du Génie Montfort empêcha la transformation en magasins de la mosquée de la Pêcherie et de ses dépendances (Arch. G. À., art. 6, par. 4, sect. 7.
2. Procès-verbaux et rapports de la Commission nommée par le Roi le 7 juillet 1833, Paris, juin 1834. Rapports sur les travaux publics par le général Montfort (11 janv. 1834) p. 326-327. Dans la banlieue immédiate, l’occupation s’est opérée « presque sans règle et sans surveillance ». Par ailleurs on n’a pas réalisé les réductions prescrites en 1833 par le Ministre. L’auteur blâme l’abus du logement en nature de quantité d’officiers et d'employés assimilés, la destruction ou l’état de ruine de 10 mosquées ou marabouts, l’occupation de 62 autres par les services civils et militaires. — Le réquisitoire le plus sévère contre les abus commis par l’autorité militaire est certainement celui du Baron Pichon (Alger sous la domination française, son état présent et son avenir, Paris, 1833, ch. IV, p. 245-255). L'auteur cite un état d’après lequel 273 immeubles auraient été oceupés et dénonce ce chiffre comme inférieur à la réalité. Voir aussi dans les Pièces justificatives (n° 32, p. 421) la « Lettre de l’Intendant civil au Président du Conseil. Alger, 11 mai 1832.» Le Baron Pichon signale «un houra (sic) continuel sur les mosquées ». Le Génie déclare, d’après Jui, que « la défense exigerait qu’il n’y eût plus de mosquées sur le bord de la mer ». En attendant, la commission du casernement (Pièce n° 33) demande à occuper encore d’autres édifices religieux, dont la mosquée de la Pêcherie. — Les délibérations du Conseil d'administration de la Régence sur les limites
ainsi restitués, pour être du reste la plupart démolis !. Le domaine militaire de la Place restait en tous cas considérable : dès 1832 ?, toute l’ancienne ville des Turcs était enveloppée, en tant que place forte, par une large zône dont les limites extérieures correspondent à l’enceinte de 1840 ; la Casbah était en outre reliée au Fort l'Empereur par une vaste étendue de terrains militaires affectés de servitudes.
Il fallait à une ville occupée par l’armée des voies de circulation commodes et un emplacement dégagé de constructions qui pût servir de lieu de rassemblement ; à ces besoins ont répondu les premiers travaux de voirie exécutés par les Français dans l’Alger des Turcs. La topographie naturelle du site avait, de longue date , commandé la distribution des artères maîtresses, la rue des Souks traversant la cité du Nord au Sud et la rue transversale conduisant à la porte de la Marine. Mais leur étroitesse et le défaut complet d’alignement des constructions, maisons, boutiques et mosquées, rendaient la cireulation très difficile pour les bêtes de somme, impossible pour un attelage. L’intendant en chef Denmée signalait, le 11 juillet
du domaine militaire furent marquées par une protestation de l’Intendant civil Genty de Bussy qui s’insurgea contre la part excessive que l’armée s'était attribuée et réclama des logements pour les fonctionnaires civils (Arch. du G. À, art. 6, par. 2, sect. 2-3-4).
1. Arch. du G. A., art. 6, par. 4, sect. 13. « État des immeubles rendus de 1837 à 1847 à l'Administration du Domaine comme inutiles au service militaire ou démolis pour cause d’utilité ou de sûreté publique ». Deux mosquées furent transformées en églises : la mosquée extérieure de la Casbah devenue en 1339 l’église Sainte-Croix et la mosquée Sidi Ali Bitchenine baptisée Notre- Dame des Victoires en 1849. Quelques maisons furent encore désaffectées de 1849 à 1850 (art. 6, par. 4, sect. 18).