‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 135 sur 465 · Voir p · texte numérisé non relu

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6. Cette route en lacets, qui avec la rampe Rovigo encerclait Alger, fut un des premiers travaux du Génie, un des plus rapides et des plus remarquables.

C’est aujourd’hui la rampe Valée.

les spéculateurs dans une direction qui les aurait éloignés du port et des principaux établissements de la ville militaire. Quelques industries, peu importantes d’ailleurs, s’installèrent à Bab-el-Oued dès les premières années ; c’est ainsi que des moulins à eau et à vapeur y furent établis en 1834 et en 18381. Mais les guinguettes y étaient plus nombreuses que les usines 2. Bien que le Ministre écrivit en 18433 que ce quartier était appelé € à devenir l’un des plus populeux et des plus actifs de la banlieue d’Alger », au Gouvernement Général, on le traitait de (quartier désert », où la création d’un arsenal pourrait « porter la vie » sur des emplacements (sans valeur 4 », et lé colonel Charon, dans la Commission des alignements de 1845, déclarait que la partie de la ville vers Bab-el-Oued était Ç un quartier un peu mort et que Jamais le commerce ne s’y porterait 5 ».

4. Moniteur Algérien, 12 sept. 1834. Arrêté du 19 août concédant au sieur Marin pour 99 ans, 23 hect. 44 ares sur les deux rives de l’oued, pour construire quatre moulins à eau. Cette concession fut achetée en 1838 par M. Lichtenstein qui y fit fonctionner deux moulins à vapeur. On croyait alors en haut lieu qu’il se créerait de ce côté de la banlieue un faubourg industriel important. (Arch. G. G., V. À. 25. Exposé d’un projet d’alignement du 10 juin 1837 où on parle de la concentration des établissements industriels à Bab-el-Oued.

2. A. Pignel, o. c., p. 6. « Du côté du Jardin du Dey, vous trouverez l’Hermitage, la Chaumière, l'Elysée, le Cirque, outre vingt guinguettes et des tirs au pistolet ».

3. Arch. G. G., N? 6. Faubourgs Bab-Azoun et Bab-el-Oued. Lettre au Directeur de l'Intérieur, 2 juin 1843. I] comptait pour en activer le développement sur la colonisation de « la plaine de Staoueli » et de la côte, d’Alger à Sidi-Ferrucb.

4, Idem. Le Secrétaire général du Gouverneur Général au Directeur de l'Intérieur, 22 avril 1843.

5, Idem. — Le Ministre au Gouverneur Général, 28 mars 1845. Voir aussi p. 180. Le chef du Génie constatait qu’il n’y avait pas de tendance à bâtir de

ce côté,

On notait cependant, à cette époque, une certaine activité dans la construction ! ; 25 maisons neuves y surgissaient en deux ans, et de nombreuses baraques abritaient une population flottante d'ouvriers, étrangers pour la plupart, attirés par les travaux civils et militaires, notamment par ceux des fortifications. Enfin des particuliers s’offraient à y créer une cité, qui fut réellement le noyau autour duquel se forma dans la suite l’agglomération importante de Bab-el-Oued ; ce fut la Cité Bugeaud.

Une pétition était adressée au Gouverneur Général, le 15 juillet 1844, par un Allemand, M. Lichtenstein et son fondé de pouvoirs. M. Vialar ?. Le premier, propriétaire dans le faubourg de 24 hectares et de deux moulins à vapeur, dont un venait d’être incendié, proposait d'abandonner gratuitement à l’État 75 ares de terrain provenant d’un ancien cimetière juif, pourvu qu’on y créât un établissement public. En outre, il s’engageait à fonder tout un quartier, entre l’hôpital du Dey et les moulins de l’Oued, avec cinq rues longitudinales orientées Ouest-Est et cinq transversales perpendiculaires, des places, une mairie,

4. Tabl. de la sit., o. c., 1844-45, p. 252. « Ce quartier, bien que placé dans de moins bonnes conditions que celui de Bab-Azoun, attire néanmoins des capitaux et des habitants ».

2. Arch. G. G., N°? 3. — Cité Bugeaud. Le dossier renferme trois plans : 19 Plan du service des Ponts et Chaussées, 12 août 1844. — 29 Plan du nouveau quartier Bab-el-Oued. Modifications du tracé présenté par MM. Lichtenstein et Vialar, propriétaires de terrains au faubourg Bab-el-oued, 14 déc. 1844. Vu et approuvé par l'architecte chef de service Guiauchain. Éch. de 0,001 pour 1 mètre, — 39 Plan projet du nouveau faubourg Bab-el-Oued, cité Bugeaud, situé entre l'hôpital du Dey et les moulins de l’oued, présenté à M. de comte Guyot, Directeur de l’Intérieur, par MM. Lichtenstein et Vialars (sic) propriétaires, 3 janv. 1845.

une église, un presbytère et une école 1, Or à la même époque, on discutait vivement sur l’accaparement par les services de l’armée des meilleurs terrains du nouveau quartier de Bab- Azoun. Le Directeur des finances Blondel insistait auprès du Ministre ? pour que la proposition Lichtenstein fût acceptée, et suggérait de placer à Bab-el-Oued la Manutention, qui disposerait là de communications faciles, grâce aux travaux de routes exécutés par le Génie. D’autre part, la cité nouvelle offrivait un refuge à 75 « industriels » que l’incendie des baraques adossées à la Djenina venait de laisser sans locaux. Mais l'Administration civile, en général, se montrait hostile à l’acceptation du projet Lichtenstein. L'architecte en chef des Bâtiments civils, après avoir rectifié le plan proposé, pour le mettre en concordance avec le plan d'ensemble d’alignement du faubourg, contestait l’utilité de la création projetée, et conseillait en tous cas de laisser à la charge des propriétaires tous les travaux de nivellement, de voirie et d’égouts. Le comte Guyot, Directeur de l’Intérieur, déclarait devant le Conseil d’administration * que la formation de ce quartier « n’intéressait aucune-

1. Idem. Rapport de l’architecte chef de service des Bâtiments civils à M. le Directeur de l’Intérieur, 17 janv. 1845.

2. Idem. N? 6. — Faubourgs Bab-Azoun et Bab-el-Oued. Lettre de l’Inspecteur général Directeur des finances Blondel au Ministre, 20 juillet 1844. Il présente M. Lichtenstein comme étant consul de Prusse et de Bavière à Montpellier et « régent de la Banque de cette ville ». Négociant et riche capitaliste, il a succédé comme propriétaire à Bab-el-Oued à M. Marin, concessionnaire de terrains depuis 1834. Ces terrains ont pris une valeur inespérée et se vendraient actuellement un franc et deux francs de rente perpétuelle par mètre carré. Il a réussi à attirer des capitalistes de Montpellier et de Genève qui ont souscrit à la Banque pour 200.000 francs.

3. Arch. G. G., N° 6. — Rapport du comte Guyot au Conseil d’administration, 3 fév. 1845.

ment le service public » et qu’il ne s’agissait en la circonstance que « d’une spéculation privée, d’où, disait-il, il ne peut résulter au moins de longtemps un avantage appréciable pour le bien de la colonie ». Il ajoutait : « Les chemins et les rues du faubourg sont loin d’être garnis de maisons... ce n’est pas de ce côté que se porte la population nouvelle ». Le Conseil approuva cependant le plan rectifié, mais il se réserva sur la question des travaux de voirie. Le Ministre Soult fut moins timoré et se montra plus confiant dans l’avenir. Dans un esprit large il écrivait ! : « Sans doute, il y a une pensée de spéculation : mais qu'est-ce qui n’est pas, qu'est-ce qui ne peut pas être une telle pensée dans un pays qui se crée, dans une colonie où tout est encore à faire ? Ces Messieurs offrent de donner pour recevoir. Rien que de très légitime. Il faut seulement s'assurer d’un avantage qui vaille et rachète le sacrifice ». Il estimait que cette création aurait (une heureuse influence sur le développement de l’industrie dans la banlieue, entre la nouvelle enceinte et le Fort des Anglais Cet finalement 1l décidait, le 3 juillet et le 7 septembre 1845 ?, d'accepter la proposition de M. Lichtenstein, en ne prenant à la charge des finances que les frais du pavage, des conduites d’eau et des égoûts. Ce fut le point de départ des travaux qui aboutirent à la rectification et à la couverture du lit de Oued M’ Kacel, en bordure de la Cité: dénommée « Cité Bugeaud » et à l’amélioration de la route

1. Idem. Note en marge d’une lettre du Directeur de l'Intérieur au Ministre, 10 fév. 1845 — et Lettre du Ministre à M. le Maréchal d’Isly Gouverneur: Général 30 juin 1845.

2. Idem. Rapports des ingénieurs des Ponts et Chaussées sur les réclama-tions de MM. Lichtenstein et Vialar. Lettre du Ministre au Gouverneur Général. par intérim. 7 sept. 1845.

d'Alger à l’hôpital du Dey :. D’autres propriétaires de terrains s’engagèrent, moyennant la cession de quelques parcelles, à compléter la première de ces œuvres, en aval de la Cité Bugeaud. Le 24 mai 1848 ?, le Ministre donnait son approbation définitive. Un nouveau quartier allait s’élever, qui d’abord séparé des murs d'Alger par de nombreux terrains vagues, devait dans l’avenir se souder peu à peu à la ville. On peut dire sans exagération que Bab-el-Oued est né véritablement de linitiative d’un propriétaire, et d’un étranger, confiant dans l'avenir, qui ne recula pas devant des travaux considérables et des sacrifices importants 8.

S'il fallut, pour donner quelque essor au faubourg Bab-el- Oued, une intervention inespérée, 1l n’en fut pas de même de celui de l’Agha qui prit naissance dès les premiers jours de l’occupation, sur la route qui conduisait de Bab-Azoun au camp de Mustapha. Le voisinage de ce camp et du champ de manœuvre, le roulage important qui utilisait cette voie, attirèrent quantité de petits commerçants, parmi lesquels maiheureusement beaucoup de cabaretiers escomptant des bénéfices sérieux au pays de la soif. Le Tableau de la Situation constate,

4. Idem. Rapport du 18 juin 1846. Ces propriétaires construisirent à leurs frais un aqueduc voûté en plein cintre de 190 mètres de long et de 5 mètres d'ouverture, avec une vanne de chasse à l’amont. D’autres, MM. Cabanellas, Roche et Fléchey complétèrent ces travaux. La route fut rectifiée et un pont formé par une voûte de 30" sur laquelle elle fut installée, après des nivellements coûteux, remplaça l’ancien pont qui menaçait ruine.

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