‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 16 sur 465 · À. Lieussou, 0. c., p · texte numérisé non relu

À. Lieussou, 0. c., p

plus de deux à trois mètres de fond, et exception faite pour la Roche Al-Djefna et la Roche sans nom, partout ailleurs, à une encâblure à peine du rivage, les navires pouvaient compter sur dix mètres d’eau. Aujourd’hui, sans qu’on ait eu à exécuter le moindre draguage, l’entrée du port se trouve par vingt-deux mètres de fond, et, jusque dans la baie de l’Agha, où la profondeur diminue régulièrement près de terre, on trouve huit mètres à deux encâblures du littoral. Un pareil avantage n’a pris sa valeur que du jour où les ingénieurs modernes ont été invités à l’utiliser pour la construction d’une véritable port.

De ce port dépendrait en grande partie le développement futur d’Alger ; il en était la raison d’être principale. N'est-ce pas en effet ce contact de la position forte et du brise-lames naturel des îles qui a fait Alger ? Et cette double circonstance ne devait-elle pas contribuer à maintenir la ville près de la vieille darse des corsaires, tant que la sécurité de la terre et de la mer ne seraient pas assurées par l’extension de la fortification, par l’emprise des terre-pleins et la protection des jetées ? Mais, le jour où la cité, étouffant dans ses murs, chercha de l’air et de l’espace, il se trouva que son développement naturel, comme celui de son port, était orienté vers la directon du Sud, et tous les deux s’accompagnèrent ainsi dans leur marche progressive.

Le massif de la Bouzaréa, qui culmine à 407 mètres, à faible distance de la mer (1100 mètres de St-Eugène à vol d’oiseau) est découpé en éventail par une série de ravins profonds, dont la terminaison à la mer, au Nord et au Nord-Est, dessine de petites anses dominées par des falaises de dix à vingt mètres de hauteur. Depuis la double pointe, dont la plus orientale est dénommée Pointe Pescade, et la

petite crique intermédiaire de Mers-ed-Debban (Port aux Mouches), assez bien abritée sauf du côté du Nord, jusqu'aux îlots de l’Amirauté, la côte est particulièrement dangereuse, en raison des écueils et des hauts fonds rocheux qui accidentent la plateforme d’abrasion marine jusqu’à cinq cents mètres du rivage 1. On ne pouvait envisager l’extension du port naturel d'Alger de ce côté qu’au prix d’énormes travaux qui n'auraient du reste pas amélioré les mauvaises conditions d’accès. On devait au contraire concevoir tout naturellement la recherche d’un abri sous la protection de jetées, dans la direction de la baie de l’Agha, où le parallélisme régulier des courbes bathymétriques témoigne de la bonne qualité des fonds.

Par ailleurs, sur le continent, au Nord-Ouest de la petite plaine de Bab-el-Oued, entre elle et le cap Caxine, la courbe de niveau de 20 mètres ne s’écarte sensiblement de la côte qu’en deux points : au-dessus de l’anse de Pointe Pescade, où elle englobe une sorte de petit plateau, et entre le Fort des Anglais et la Pointe des Consuls, où, sur une longueur de 1500 mètres environ et sur une profondeur moyenne de 300 mètres est ménagé un espace d’une déclivité relativement faible. Ce gradin bossué par les dépôts d’alluvions, qui borde ainsi le pied du massif, a été reconnu comme étant une plateforme d’abrasion relevée et recouverte par des cônes de déjection très aplatis?. Au prix de nivellements importants, on a réussi à y installer la petite ville de St-Eugène ; ce n’était pas en tous cas un site naturel comparable à la plaine côtière de Mustapha inférieur et du Hamma.

1. Instructions nautiques, o. c., p. 187-189. 2. Général de Lamothe, o. c., p. 81.

La direction du Sud, du Sud-Ouest ou du Sud-Est est d’autre part celle des routes de l’intérieur. Il est à peine besoin de le montrer. Le fait est de première importance ; ici, comme pour tant d’agglomérations urbaines, l'influence et l’attraction de la route ne pouvaient manquer de s’exercer, surtout lorsqu’après avoir longtemps somnolé, le pays se réveillerait à la vie économique. Alger relié de plus en plus solidement, grâce à notre occupation, à un hinterland de plus plus étendu, ne pouvait se tourner que d’un seul côté pour s'orienter et se développer dans le sens des routes naturelles. C’est la direction du Sud que prenaient, avant 1830, le chemin de Blida, nœud des routes de Médéa-Laghouat ou d'Oran, et le chemin de Constantine !. La structure de la côte interdisait toute communication facile du côté de l’Ouest, et même, sinon pour un faible parcours, du côté de l'Est ; on sait au prix

1. La carte des environs d’Alger dressée en 1808 par le Chef de Bataillon du Génie Boutin (Reconnaissance des villes, forts et batteries d'Alger. Cartes et dessins publiés par Gabriel Esquer. Paris, 1927. Planche I) porte le tracé du « chemin praticable aux voitures » qu’il fait partir de la porte Bab-Azoun en direction du Sud par l’Agha et le café de Birmandreis et qu’il mentionne comme conduisant à Bélééda (Blida) puis à Tittery (Médéa) et Constantine. L’Aperçu historique, statistique et topographique sur l'Etat d'Alger, rédigé à l’usage du corps expéditionnaire de 1830, indique comme itinéraire sur Constantine un chemin longeant le rivage pendant une demi-lieue, puis s’en écartant. De toutes manières, les Turcs se rendant à Blida ne prenaient pas la direction d'El Biar pour obliquer ensuite vers le Sud. Ce fut cependant le trajet de la première route construite après notre occupation : la Carte rouère du Territoire d’ Alger publiée en 1838 par le Ministère de la Guerre dans le Tableau de la situation des Etablissements français dans l’ Algérie désigne comme route de 17e classe la route de Fort l'Empereur, Déli-Ibrahim, Douera, Boufarik où celle de Birmandreis la rejoint, comme route de 2€ classe. Mais celle-ci a repris le premier rang comme route d'Alger à Laghouat sur la Carte

du Territoire d'Alger de 1864.

de quels travaux ont été construites les corniches algériennes. La plaine de la Mitidja sollicitait naturellement les voies de communication ; le chemin le plus court pour l’atteimdre en traversant le Sahel par Birmandreis et Birkadem, le vieux chemin antérieur à notre établissement, après avoir été un moment découronné par la route d’El-Biar-Douera, a repris ses anciens droits : la ville nouvelle d'Alger s’est installée à cheval sur cette route et sur celle de Constantine.

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