CHAPITRE III
Alger ne devait pas manquer des ressources indispensables à l’établissement d’une ville, et d’une grande ville. Les matériaux de construction, tout d’abord, ne lui faisaient pas défaut ?, Des calcaires cipolins du massif de la Bouzaréa on tire des moëllons excellents pour le gros œuvre des constructions. Ils affleurent en masses épaisses et stratifiées sur les deux versants du vallon de l’Oued M’ Kacel, principalement sur celui de l’Ouest ? ; on les trouve aussi sur le littoral, notamment aux environs immédiats de la Pointe Pescade. C’est la « pierre bleue » de Bab-el-Oued, bien connue des carriers et des maçons. Peu exploitée d’ailleurs à cet effet avant notre arrivée, elle a en revanche de longue date alimenté les fours à chaux du faubourg Nord d’Alger %, et depuis les premiers temps de l'occupation turque jusqu’à nos jours, les carrières de Pointe
1. Carte géologique : Alger bis o. c. Légende technique et notice.
2. Ces carrières ont donné leur nom au quartier espagnol de la « Cantera » ; sur le versant Est, le Génie en a exploité une.
3. Les indigènes, jouant sans doute sur le nom d’Alger l’appelaient jadis « Bled-ed-djir », le pays de la chaux.
Pescade ont fourni des matériaux pour la réparation des môles 1 ou la construction des jetées du port ?. Par ailleurs, dans la mollasse pliocène de Mustapha se trouvent des banes de calcaire grossier plus ou moins dur qui affleurent au Ruisseau notamment, dans le ravin de l’Oued Kniss, à Kouba et à El Biar : c’est la « pierre de tuf » des maçons, employée de tout temps pour le soubassement des constructions et débitée même en pierres de taille, dont le seul inconvénient est de s’effriter si elles n’ont pas suffisamment durci à l’air #.
Il ne manque pas non plus de terres à brique. Les marnes sahéliennes d'El Biar 4, les marnes pliocènes et les argiles alluvionnaires de la vallée inférieure de l’Harrach se sont prêtées admirablement à la fabrication des briques crues, des briques cuites et des tuiles. Les sables sont abondants sur les plages ou dans les carrières 5 ; les sables rouges plus ou moins argileux des formations pliocènes mélangés à la chaux grasse ont composé le ciment utilisé dans la construction des maisons du vieil Alger et des murs turcs de l’enceinte. Le plâtre est extrait dans les environs, à Rovigo, au Camp des Chênes (sur la ligne de Médéa), aux abords de Cherchell. Les bois de char-
pente étaient rares dans la banlieue ; mais on les trouvait en