Idem., Mustapha, 27 août 1871 et du 21 janvier
pentes inabordables pour les voitures, des rues coupées à pic et menacées d’éboulement. On dut aller au plus pressé et multiplier les petits travaux de détail. Cependant on projeta de faire un plan d'ensemble d’alignement et de nivellement ! ; malheureusement tout travail de ce genre présupposait la confection d’un bon levé topographique, et ce fut la cause de tous les retards, et finalement de l’ajournement indéfini de l’œuvre la plus urgente. Du moins, on termina le percement du chemin du Telemly, héritage de l’ancienne commune d'Alger.
Dès 1863 ?, le Conseil municipal avait eu à se prononcer sur un projet de promenade suivant l’aqueduc du Telemly, du chemin du Sacré-Cœur, à proximité de la « Campagne du Gouverneur »°, jusqu’à la route Rovigo, près de la Porte
1. Idem., 21 janvier 1875. Il n'existait alors, comme plan officiel, qu’un plan au 1 /5.000 du service topographique, qui était loin d’être à jour. En 1878, le Conseil décida de traiter avec le géomètre Pariselle pour l’établissement du plan général de la commune (13 mai et 15 juin 1878). Le plan exécuté par lui fut reconnu défectueux (25 novembre 1879). En 1886 il n’avait pas encore été rectifié (5 février); un nouveau plan fut dressé en 1889 par M. Marest (4 juin 1889) et accepté par la Municipalité (22 janvier 1890) ; on reconnut cependant qu’il était imparfait et le paiement donna lieu à un procès (30 janvier 1893). Une nouvelle convention fut alors passée avec le géomètre Bourgarel (20 mai et 25 juin 1895) dont le travail fut refusé par les experts vérificateurs (18 janvier 1897). Enfin, le 26 avril 1897, le Conseil approuvait un traité avec le géomètre Brunel qui s’engageait à dresser à l’échelle de 1/200 le plan des 100 hectares représentant la partie agglomérée de la commune. Ce plan, adopté le 25 avril 1898, a été la base définitive du plan cadastral actuel.
2. Arch. M., 17 août 1863. Il existait un petit chemin étroit de 3 mètres, le long de l’aqueduc, qui n’était même pas encore classé comme chemin vicinal,
3. C’est ainsi qu’on appelait alors le Palais d'été. Bugeaud avait été le premier à habiter l’ancien pavillon du domaine de Mustapha-Pacha déjà un
Neuve. On ne pouvait certes imaginer un plus beau site pour une route appelée à cheminer en lacets à flanc de coteau et à contourner des ravins qui disparaissaient alors dans la végétation la plus variée et la plus touffue : magnifique corniche suspendue à plus de 100 mètres au-dessus du niveau de la mer, et d’où la vue embrasserait les plus beaux horizons de la baie. Le projet donnait au chemin la largeur de 12 mètres ; on la réduisit malheureusement dans la suite à 7, par mesure d'économie !. On laissa ainsi échapper l’occasion d'ouvrir une belle voie qui aurait pu devenir plus tard une partie importante et la plus attrayante d’un véritable boulevard de ceinture.
« Les étrangers se plaignent de manquer de promenades et de jardins, déclarait, en 1867, l’auteur d’un plan du nouveau chemin » ?. Il y avait déjà plusieurs années que le climat d'Alger, le charme du site et le goût de l’exotisme oriental attiraient des visiteurs et des hiverneurs. On se préoccupait, dès 1845, de les y retenir, et cette considération ne fut pas oubliée dans les délibérations de la Commission des alignements ÿ. Nous avons vu qu’elle fut également invoquée pour peu aménagé par Valée en 1837. Le Duc d’Aumale en fit sa résidence préférée en 1846. Randon y multiplia les travaux, Pélissier et Mac-Mahon en firent définitivement leur palais d’été (Ed. Dalles, 0. c.)
4. Arch. M., 19 août 1867 et 27 mars 1869. On approuva d’abord la largeur de 8 mètres ; puis la commission des alignements estima que dans les parties les plus escarpées, on la réduirait à 6, pour éviter des expropriations coûteuses. Et cependant, plusieurs propriétaires faisaient l’abandon gratuit de parcelles de leurs terrains. Enfin on s’arrêta à la largeur uniforme de 7 mètres. Le tracé définitif intra muros fut approuvé le 4 septembre 1869,
2. Idem., 19 août 1867. Il s’agit du conducteur des Ponts et Chaussées Belgodère.
3. Arch. G. G. N? 6. — Rapport du secrétaire général Président de la com-
CMOCONSRRUCMON DEMEA /NILLE 9393
hâter la construction d’un théâtre monumental. Dans son projet de construction de la rue de la Lyre, J. de Redon se chargeait de construire deux grands hôtels avec cours et plusieurs bazars indigènes ?. Il en fut question, en 1858, dans le Mémoire présenté au Prince Napoléon par le Maire d’Alger, sur les besoins de la ville %. En 1859, on trouve dans les archives du Gouvernement général un projet Marquand d’un hôtel américain pour les étrangers; l’auteur demandait
mission des alignements à M. le Directeur de l’Intérieur et des Travaux publics, 22 septembre 1845. « Dans un pays, disait-il, qui grâce à son climat doit devenir le rendez-vous des étrangers de toutes les nations, il faut faire beaucoup pour l’ornement et l’embellissement des villes, et les considérations qui ont pour base l’avantage que le pays peut retirer de ces créations ne sont pas les moins puissantes à invoquer ». Déjà dans la séance du Conseil d’administration du 3 juillet 1844, le rapporteur parlait d'Alger comme « d’une ville populeuse qui, disait-il, sera incessamment fréquentée par un grand nombre d'étrangers. et qui deviendra en peu d’années une des plus intéressantes et des plus animées de la Méditerranée ». (Arch. Nat. F80 810).
4. Voir p. 295 et Arch. M., 7 août 1849. « Beaucoup de personnes, disait le rapporteur, attirées par la douceur de notre climat, viennent passer la mauvaise saison à Alger ».
2. Arch. M., 4 avril 1857, « Lorsqu'il arrive des étrangers, écrivait-il, 1ls ne peuvent séjourner une saison dans la ville, parce qu’il n’y a pas d’habitations en suflisante quantité ».
3. Idem., 20 août 1858. Le mémoire commence en effet par des considérations sur le climat. Il faut donner aux hiverneurs attirés par le ciel d'Alger ce que la ville ne possède pas encore, « des commodités de la vie, des distractions et des jouissances de l'esprit ». Et c’est sur cette idée que se termine également le mémoire : « Si ces vœux étaient exaucés, la cité changerait rapidement d'aspect. la construction de la rue Napoléon (rue de la Lyre) spécialement nous donnerait les moyens de fonder des hôtels, d'organiser des habitations meublées avec toutes les commodités et le confort qu’on trouve généralement aujourd’hui dans les principales villes d'Europe, et Alger ne tarderait pas à se placer sous ce rapport sur la même ligne que Bade, Genève, Nice et Florence ».
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7.385 mètres carrés sur les terrains réservés en bordure de la rue du Rempart pour le Palais Impérial dont la construction devenait inutile 1. On songeait donc sérieusement, vers 1860, à organiser l’hivernage à Alger, et d’autre part les étrangers se plaignaient de ne pas y trouver des ressources suffisantes pour un séjour prolongé ?. En 1868, la situation n'avait pas changé ?, et la clientèle de ce genre d'industrie
4. Arch. G. G. N? 26. Projet Marquand d’un hôtel monumental pour les étrangers, 10 février 1859. Dossier transmis par le Préfet à la Direction de l'Intérieur. Le projet, daté du 15 septembre 1858 prévoit un hôtel avec une écurie et remise, ce qui n'existe pas encore à Alger dans les établissements de ce genre. Un appartement sera réservé à S. À. [. le Prince Napoléon. Alger aura son « hôtel des Princes » ou son « hôtel de Rivoli ». Le Domaine s’y opposa, invoquant les réserves prévues et l'estimation trop basse des terrains (60 à 70 francs le mètre) qu’il relevait à 150 francs. L’ingénieur des Ponts et Chaussées et l’architecte Guiauchain escomptaient que la construction du boulevard de l’Impératrice en ferait monter le prix à 200 francs au minimum. La Commission des alignements se prononçait pour la construction d’une Préfecture sur une partie des terrains, dont le reste serait livré à l’industrie privée. Le projet fut finalement classé. Deux plans sont adjoints au dossier ; ils sont intéressants pour faire connaître l’état des lieux avoisinants à cette époque et les projets d’établissements publics.
2. En 1857, un anglais venu à Alger, le Rev.E.W.L. Davies (Algiers in 1857 London, 1858) vante les charmes de la ville, en admire la propreté (Il logeait dans la rue d'Orléans), parle de Mustapha et de ses villas, mais signale qu’il n’y a pas de confortable pour des Anglais. Feydeau, écrivant en 1860 que l'Administration «veut qu’Alger devienne une ville de luxe et de plaisir », (0. c., p. 265) demande que dans le Conseil des Bâtiments civils on introduise un artiste (p. 270), que l’on attire des capitaux et que l’on fasse oublier aux étrangers les 52 heures de la traversée en leur offrant « une ville confortable » (p. 271). Ch. Dubois (Alger en 1861, Alger) signale lui aussi le manque de logements agréables et à prix modérés pour les étrangers.
3. Ch. Desprez (Alger naguère, etc., o. c., p. 20-21) constate que les étrangers ne fréquentent guère Alger parce que l’on « en est encore aux quatre ou cinq hôtels qui suflirent à ses débuts ». Voir aussi, du même auteur L'hiver à Alger,
PAACONSRROGMONNDESTAZVILLE 350
était encore peu nombreuse. Il faut attendre les environs de 1880 pour constater que l’hivernage a pris quelque développement '. Les Anglais viennent de plus en plus; on en compte annuellement 1.500 dont un millier réside d’octobre à mai?. Depuis 1871, date de la séparation d’Alger et de Mustapha, une rivalité règne entre les deux communes pour se les disputer. Bien que les coteaux de Mustapha soient plus désignés par la nature pour être la résidence de prédilection des hiverneurs, on constate avec étonnement que le premier projet de casino vise les terrains domaniaux dominant le boulevard du Centaure ?. Le Conseil municipal d’Alger s’émeut
Alger, 1863, 4e éd., 1873). Les hôteliers et les loueurs de meublés veulent régler leurs prix sur ceux de Nice, sans en offrir le confortable, Piesse, dans son Guide de 1862 (0. c.) ne fait aucune mention d’un hivernage important. Victor Bérard, (0. c.) parle seulement de nombreuses chambres meublées aménagées par des particuliers, dans les derniers temps, pour les louer aux étrangers « qui ont commencé à venir passer l'hiver en Afrique » (p. 149).
1. Louis Piesse note pour la première fois, dans son Guide de 1879, que la ville offre aux étrangers des hôtels confortables et des villas plus nombreuses. Ch. Jourdan (0. c., p. 164-155) nous donne quelques détails sur la vie des Anglais à Alger. Ils y forment une colonie très fermée, y louent chaque année 60 grandes calèches à deux chevaux, y acquièrent des propriétés de plaisance, recherchent les constructions de style mauresque et menacent d’accaparer les plus belles villas.
2. Édouard Dalles (0. e.) Leur hôtel préféré est la « Villa Orientale » à Mustapha.
3. Arch. M., 11 décembre 1880. Le conseil prend en considération la proposition de M. Caraman et décide de renouveler sa demande de concession des terrains domaniaux qu’elle concerne. Deux ans après, il rejetait un autre projet (Desjardins) qui visait les terrains de l’Institut sanitaire du D' Landowski, parce que la situation de ce casino assurerait à Mustapha seul tous les profits (12 juillet 1882). Le rapporteur estimait d’ailleurs qu'il serait impossible de trouver annuellement parmi les étrangers 1.500 abonnés. Ajoutons d'autre part que, du moins jusqu’à 1880, la Municipalité de Mustapha, absor-
enfin, un peu tard d’ailleurs, du danger qu’il y aurait à détruire ce qui reste de cachet oriental dans l’ancienne ville des Turcs déjà si mutilée 1. On y reconnaît pour la première fois publiquement que « c’est l’orientalisme qui attire les touristes à Alger ». Quant au rôle que la ville et ses environs pouvaient jouer comme station sanitaire, il semble bien que l'enthousiasme des premiers temps se soit refroidi en 1880. Les médecins militaires ont été les premiers à vanter les qualités curatives du climat pour les affections des organes respiratoires ?; mais pour diverses raisons, aucune tentative
bée évidemment par des préoccupations plus urgentes, ne paraît pas avoir songé à prendre l'initiative de quelque création susceptible d’attirer les hiverneurs ; la seule trace qu’on en trouve dans les registres des délibérations du Conseil est la location d’un terrain destiné à un skating-rink (11 février 1879),
4. Voir p. 307, note 4. Les préoccupations de ce genre sont si rares dans l’histoire officielle d’Alger qu’il faut les noter. Si le Conseil a en effet appuyé en 1861 (voir p. 324, note 1) la protestation de Berbrügger au sujet de la destruction projetée de l’ancienne Bibliothèque-Musée, il n’a rien fait pour sauver la Djenina, et nous avons vu (p. 334, note 4) comment il traitait les derniers vestiges du vieux palais. Les pouvoirs publics ne se sont pas davantage émus, sauf pour des raisons d'économie ou d'humanité de la disparition progressive des quartiers indigènes. On apprécie d’autant plus les réserves faites en 1843 par le Ministre Soult à propos de l’Évêché (voir p. 332, note 5).
2. Les principaux travaux sur cette question sont ceux de : Dr Mitchell, Alger, son climat et sa valeur curative, trad. Bertherand. Alger-Paris, 1857, — Victor Collardot. Aperçu sur le climat d'Alger, Montpellier, 1858. — Dr Pietra Santa. Le climat d'Alger dans les affections chroniques de la poitrine, Paris, 1860. — Dr Maurin, La saison d'hiver en Algérie, Paris, 1873 — Le Dr E. Landowski créa en 1879 à Mustapha la « Station sanitaire » qui a laissé son nom dans la toponymie d’Alger. L'entreprise échoua et l’établissement fut converti en hôtel. — Dr Edward Landowski. L'Algérie au point de vue climatothérapique, Paris, 1878, du même auteur : Contribution à l’étude du climat algérien avec une notice sur l’Institut sanitaire algérien, Paris, 14879.
pour faire vivre un sanatorium n’a été couronnée du succès qu’ils en attendaient.
On ne saurait terminer cette histoire du développement d'Alger, de 1846 à 1880, sans parler des divers projets qu’ont inspiré la constatation des erreurs du passé et le désir d’y remédier pour l’avenir. Parmi les auteurs, les uns se sont proposé de créer de toutes pièces une ville nouvelle à côté de l’ancienne, les autres ont cherché à refaire partiellement l’œuvre défectueuse des premiers temps de l'occupation. Ceux-e1 ont d’ailleurs obéi à la volonté bien arrêtée chez les édiles d’Alger, rivaux de ceux de Mustapha depuis 1871, de maintenir le centre de la vie urbaine là où l’avaient placé leurs devanciers.
Au lendemain même de 1830, il s'était trouvé des esprits avisés pour préconiser l’installation de la population européenne en dehors et à côté de la ville indigène ? ; 1l était dificile que l’on ne songeât pas au site de Mustapha. L’extension du périmètre des fortifications ne suflit pas à décongestionner la cité bâtarde qui étouffait dans les limites de l’enceinte turque, d’autant que les espaces libres offerts à l’industrie privée étaient restreints par l’accaparement de l’administration militaire et que la topographie en était particulièrement réfractaire au nivellement et à l’établissement de quartiers normalement accessibles. On devait donc fatalement s’apercevoir des difficultés que rencontrerait l’exécution inté grale du programme de 1846 et de l'insuffisance des remèdes que les commissions et les conseils s’obstinaient à chercher au siège même de la congestion.