E. Ficheur, o. c
En revanche, ainsi que l’a écrit E. Ficheur dans sa notice de la carte géologique, « la situation des assises perméables du Pliocène ancien et récent, mollasse, sables, grès, calcaires gréseux, cailloutis, poudingues, au-dessus des argiles sahéliennes, présente les conditions les plus favorables à l’existence d’une nappe aquifère, rencontrée partout dans des puits et alimentant de nombreuses sources au contact des argiles. Le versant oriental du Sahel est ainsi privilégié par suite de la continuité et de l’épaisseur du Pliocène ». C’est dans ces formations que les Turcs ont trouvé les eaux de leurs aqueducs. Sous la mollasse éminemment perméable qui atteint près de cent mètres d'épaisseur sur les hauteurs de Mustapha, ils ont recueilli les eaux de la belle source du Harmma ; dans les mêmes conditions stratigraphiques, mais à un niveau supérieur, l’Aïn- Zeboudja, sur le plateau de Ben Aknoun, au Sud-Ouest d'El Biar, est devenu la tête de leur plus long aqueduc alimenté en chemin par des surgescences nombreuses comme celles d'Hydra ; les sources du Telemly, à Mustapha supérieur, sont explicables par les mêmes causes ; enfin celle même qui a fourni son eau à l’aqueduc de Birtraria a son origine dans une zône où voisinent la mollasse, les marnes sahéliennes et les schistes anciens.
La région la plus riche en eau de tout le site d’Alger est certainement celle du Sud-Est. Les eaux infiltrées dans la mollasse forment une nappe qui alimente non seulement les sources du versant Nord-Est, tout le long de l’escarpement, mais encore au Sud le ravin de l’Oued Kniss, où se trouve un thalweg souterrain. La plaine du Hamma elle-même est imbibée d’eau à une faible profondeur, riche en puits et en norias, et les sources qui coulent sous la masse des dépôts
recouvrant l’ancienne plateforme d’abrasion reparaissent même en pleine mer où elles sont connues depuis longtemps des pêcheurs.
Quelles que soient les ressources en eau du Sahel, elles sont cependant limitées et insuffisantes pour l'alimentation d’une grande ville moderne ; l’expérience a montré de plus qu'elles étaient particulièrement irrégulières, du moins dans la région voisine du plateau d'El Biar. Les recherches effectuées, entre 1832 et 1875, pour faire jaillir des eaux artésiennes n’ont donné aucun résultat intéressant !. En outre la pollution fréquente constitue un danger permanent pour la santé des usagers. Il n’en est plus de même, si l’on recourt à une autre réserve d’eau, celle des eaux artésiennes de la Mitidja.
Les alluvions quaternaires de cette plaine renferment sous les limons récents des nappes de graviers et de conglomérats perméables relevées sur ses bords septentrional et méridional, du côté du Sahel ou de l’Atlas, qui constituent un premier réservoir à une faible profondeur. Soit par le seul effet de la saturation du sous-sol, soit à la rencontre, au pied du Sahel, des marnes imperméables dites « de Maison-Carrée ?, les eaux remontent à la surface et forment des suintements dont l'abondance varie suivant les saisons et les années : ainsi s’expliquent les anciens marécages aujourd’hui presque entièrement drainés de la région de Baraki, de Baba-Ali, de Birtouta, dans la vallée inférieure de l’Harrach.
Sous les dépôts quaternaires, les formations du Pliocène et du Miocène dessinent une large cuvette synclinale entre
4. M. Dalloni, o. c., p. 20. Sur 22 sondages, 4 seulement ont donné des « eaux jaillissantes », avec un débit d’ailleurs insignifiant. 2. Voir la carte géologique et la notice.
l'Atlas et le Sahel 1. Des alternances de bancs marneux imperméables et de grès, de sables, de graviers et de poudingues éminemment aquifères constituent, à des niveaux divers ?, des nappes artésiennes parfaitement caractérisées. Dans les marnes de Maison-Carrée sont même intercalées des lentilles de graviers et de conglomérats imbibées d’eau. On retrouve en profondeur le contact, si précieux pour l’hydrologie, de la mollasse de Mustapha et des marnes argileuses sahéliennes. Des sources abondantes jaillissent dans le lit des oueds qui s’enflent subitement sur leurs parcours, l'Oued Baba Ali par exemple, ou dans « de véritables gouffres ? », comme le lac Gimbert . Les sondages ont révélé la richesse en eau de toute cette région de la Mitidja et les analyses chimiques et bactériologiques ont établi la bonne qualité des eaux, quand elles ne sont pas contaminées par les pollutions superficielles. Le bassin inférieur de l’Harrach n’est d’ailleurs pas le seul réservoir dont puisse disposer la grande ville voisine ; car plus à l'Ouest, celui du Mazafran en reproduit les conditions hydrologiques 5.
Il resterait enfin d’autres réserves, mais plus éloignées, que nous nous contentons pour le moment de signaler, celles des montagnes de l’Atlas Mitidjien, du bassin supérieur de l’Harrach et des deux rivières qui le constituent, l'Oued Akra et l’Oued Mokta f.
1. M. Dalloni, o. ce. Voir la coupe théorique que donne l’auteur (p. 23).
2. À Baraki, les niveaux aquifères les plus abondants ont été rencontrés à 45 m., à 61, à 116 et à 134. (Dalloni, o. c., p. 30).
3, M. Dalloni, o. c., p. 31.
4, Sur la rive G. de l’O. Smar, affluent de l’Harrach, en amont de Maison- Carrée.