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Idem, 29 mars

le projet d'Eug. de Redon dut la faveur avec laquelle il fut accueilli par opinion publique d’Alger et par les assemblées élues. Ce plan d’agrandissement et d’embellissement a tenu une telle place dans l’histoire contemporaine de la ville qu’il mérite qu’on s’y arrête : les discussions, les enquêtes, les démarches, les négociations, les décisions qu’il a provoquées n’ont pas été sans eflet. Il est incontestable qu’elles ont précipité la solution de deux questions, celle du déclassement partiel des fortifications et celle de l’utilisation des terrains militaires.

Le projet de Redon, tel qu’il fut présenté pour la première fois, en 1884 1, aux deux Municipalités d'Alger et de Mustapha, pouvait être interprété, dans un examen rapide, comme une tentative de conciliation de leurs intérêts. Disons de suite en effet qu’une partie du plan, le « côté Bab-Azoun », réalisait la soudure plus étroite des deux villes et présupposait une entente, au moins sur la question économique. L'auteur se rendait bien compte que rien ne pourrait arrêter les progrès du port vers le Sud, puisqu'il imaginait, suivant une conception déjà ancienne, un quartier essentiellement maritime créé par une emprise sur la mer, et s’ouvrant sur un nouveau bassin défini par un môle de 7.200 mètres carrés. Il y plaçait les installations maritimes et terrestres des transports et du ravitaillement, la gare des chemins de fer, une gare maritime, des magasins généraux, de grandes halles. Le Fort Bab-Azoun disparaissait, le boulevard de la République était prolongé de 900 mètres environ vers l’Agha, avec sa direction initiale. Les

{. Arch. M., 16 juin 1884, 30 mars, 13 et 16 avril 1885. Arch. M. M.,

26 juin 1884. — Eugène de Redon. Projet de transformation, d'extension et d’embellissement de la ville d'Alger. Alger, 1884.

murs d'Alger étaient supposés abattus, la liaison des deux villes était assurée par de larges voies de raccord, artères principales d’un quartier de plus de 23 hectares dominant le premier : c’est le quartier Laferrière actuel. Remarquons en passant, le fait est significatif, qu’à l'exception de ceux qui devaient profiter de la proximité des gares et des quais, aucun des grands établissements publics d’une ville n’était installé dans cette région ni même dans son voisinage. On y voyait bien un palais des Beaux-Arts et des Expositions, des bâtiments affectés aux Services généraux de l’Algérie, un Jardin d’aeclimatation sur l'emplacement agrandi du square d’Isly ; mais tout ce qui aurait pu déplacer le centre de gravité de l’Alger proprement dit était soigneusement évité.

C’est du côté du Nord en effet que l’auteur dirigeait ses visées principales, vers le quartier de la Préfecture, vers Babel-Oued. La réfection du quartier de la Préfecture était la partie essentielle du programme, pour laquelle il réclamait d’ailleurs un droit de priorité. Calculant que sur 16.000 habitants, 8.000 constituaient une population exclusivement ouvrière et pauvre, il les délogeait pour les transporter dans des cités à construire sur la partie haute de Bab-el-Oued. Les taudis repoussants et les ruelles étroites du vieux quartier devaient céder la place à de larges percées et à des constructions luxueuses, susceptibles d’y attirer ou d’y ramener la bourgeoisie riche qui s’en éloignait. Une grande avenue centrale, de 381 mètres sur 25 de largeur, l’avenue de la Préfecture, prolongeait en direction le boulevard de la République. A l'entrée, tout à côté de la place du Gouvernement, la Bourse et le Tribunal de commerce sigmifiaient par leur situation la volonté de maintenir le centre des affaires là où il s'était établi

dès les premiers temps de l’occupation. La Préfecture, principal monument du quartier, était reconstruite en bordure de l’avenue, non loin de l'emplacement qu’elle occupait alors : c'était le vœu des habitants du quartier, appuyé par la Municipalité 1. Des bazars orientaux, des galeries vitrées, un grand hôtel retiendraient les étrangers à Alger et dans cette région particulière de la ville ; l’avenue même ne les conduisait-elle pas à un casino construit sur le bastion 23 (pointe Sidi-el-Kettani) que l’on raserait et qui serait triplé en superficie par une emprise sur la mer. La ligne brisée de la rue Bab-el-Oued donnait lieu à une bifurcation de deux voies dont l’une prolongeait sa direction première, de la place du Gouvernement jusqu’à l’avenue centrale, tandis que l’autre gagnait l’esplanade de Bab-el-Oued. Malheureusement l’aménagement du nouveau quartier conduisait l’auteur à déplacer la mosquée de la Pêcherie pour lui donner une nouvelle orientation et à démolir la Grande Mosquée qui serait reconstruite sur le flanc Nord de la Casbah ?.

Comme il fallait compter avec l’autorité militaire, propriétaire de plusieurs immeubles dans le quartier de la Préfecture et maîtresse des magnifiques terrains du Fort Neuf, de la caserne du Génie et de l’Arsenal d’artillerie, de Redon faisait entrer dans son projet la construction d’un quartier militaire, du

1. Arch. M., 14 avril 1893. Le Conseil se prononça alors pour le maintien de la Préfecture dans le quartier de la Marine, alors que l’on proposait déjà pour les nouveaux bâtiments les terrains entre le boulevard Carnot et la rue de Constantine sur lesquels ils ont été édifiés.

2. Les conseillers indigènes d’Alger firent entendre une protestation (Arch. M., 10 août 1885) contre cette partie du projet et rappelèrent qu’Alger, en 1830, avait 42 mosquées et qu’on avait déjà détruit quatre des plus grandes et des plus belles. Le Conseil prit acte, mais vota l’approbation du projet.

côté de Bab-el-Oued, en deçà des murs. Il déplaçait, il est vrai, PArsenal, mais 1l installait sur une partie de son emplacement le siège des principaux commandements de la Place. Il restait une superficie importante pour la création d’un nouveau quartier ; trois grandes artères parallèles à un boulevard en corniche, notamment une avenue Bab-el-Oued de 631 mètres, large de 25, ainsi que des rues perpendiculaires bien ouvertes et bien ventilées devaient en constituer le dessin général.

Ce qu’il y avait de plus neuf dans le projet, c'était certainement la partie qui concernait la faubourg de Bab-el-Oued. Il entrait dans la pensée de l’auteur de faire équilibre de ce côté au développement de la ville vers le Sud et de bien établir l’axe de la ville suivant la ligne Casbah-place du Gouvernement. S'il avait conçu, du côté du Sud, de Mustapha, un nouveau quartier, dont la partie inférieure serait toute commerciale, il voulait, du côté du Nord, faire rentrer le faubourg dans la “ville en le transformant par des corrections et des additions. Les murs disparaissaient, tout comme à Bab-Azoun. Le Génie trouverait une compensation dans l’aménagement d’un front de mer comportant un bastion central formidable. Au moyen d’une emprise sur l’eau, de la pointe Sidi-el-Kettani à celle de la Consolation, on augmenterait la surface plane de Babæl-Oued, on reconstruirait complètement le quartier, en le dotant d’un boulevard en corniche de 816 mètres sur 20, de six artères principales, orientées dans le même sens et coupées par des rues transversales bien aérées par le vent de la mer.

Au total, le projet portait sur une superficie de 86 hect. 76 ares, dont 26 hect. 95 a. 98 centiares étaient réservés à la voirie de 95 rues, alors que la partie de la ville à transformer -comprenait dans l’état actuel 55 hect. 18 a. 4 centiares dont

30 hect. 52 a. 85 centiares étaient occupés par l’autorité militaire. Celle-ci était sollicitée de céder 100 hectares sur les 151 qu’elle détenait alors dans la Place, par conséquent 69 hect. 47 a. 14 centiares en dehors des limites du plan : les bénéfices de l’entreprise étaient en partie fondées sur cette cession, pour laquelle 12 millions seraient offerts comme compensation. L’exécution de ce plan de grande envergure présupposait évidemment le déclassement plus ou moins intégral des fortifications. L'auteur, dont le projet avait été successivement adopté à l’unanimité par le Conseil de la villet, puis écarté, remua l’opinion , multiplia les démarches auprès des pouvoirs publics et du Ministère de la Guerre ? ; mais 1l dut, après la chute du Ministère Ferron, et devant la résistance du Génie à, modifier son projet pour l’adapter aux propositions qui avaient servi de bases pour la convention provisoire du 7 novembre bre 1887. Le Conseil municipal nouvellement élu objecta les difficultés insurmontables auxquelles on se heurterait, si l’on persistait à lier la question des fortifications à un projet que le Génie refusait d'examiner, et 1l vota le principe de l’achat et

1. Arch. M., 27 juillet, 3 et 10 août 1885. Dans cette dernière, le projet était accepté à l’unanimité. Puis, devant la résistance de l’autorité militaire, il était renvoyé à une nouvelle commission, le 31 mai 1886. Examiné les 5, 19, 20 juillet, soumis aux enquêtes du 27 août au 25 septembre, il était écarté le 16 novembre 1888 après de longues discussions (5, 12, 19 octobre et 2 novembre) comme préjudiciable au succès des négociations en cours avec le Génie et la Guerre.

2. Idem. La Municipalité était mise en demeure, dans des réunions publiques et par des pétitions, de poursuivre l’aboutissement du projet (19 octobre et 2 novembre 1888). Sur les démarches, voir 29 décembre 1888.

3. Idem. 5 mars 1888. Le Ministre de la Guerre interdit au Génie de participer à aucune conférence mixte relative au projet de Redon, afin de ne pas se lier sur la question des fortifications.

de l’utilisation directe des terrains militaires, sans l’intervention d’une société quelconque !. De Redon dut retirer son projet, pour le représenter en 1893, mais sans succès ?. La convention définitive du 27 novembre 1891 avait mis la ville en face de trois solutions : l’adoption d’un des plans présentés par des particuliers, l'exécution du plan des services communaux sans l'intermédiaire d’un groupement financier quelconque, par la vente directe des terrains allotis, ou la rétrocession de ces terrains à une société qui s’engagerait à construire dans un délai déterminé sur tout ou partie des terrains cédés à la ville, suivant le plan d’alignement arrêté par elle. La première fut écartée ? ; le seconde parut trop dangereuse pour le budget communal et susceptible d'amener, avec de longs retards, de fâcheux mécomptes. Ce fut la dernière qui prévalut #, lorsque la Société Peretmère, dite des « quartiers neufs de la Ville d'Alger », fut admise à signer avec la Municipalité le traité du 30 mai 1895, révisé sur la demande de l'Administration et de nouveau signé le 16 décembre 1896 5.

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