‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 226 sur 465 · NS · texte numérisé non relu

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Bab-el-Oued profita amplement du mouvement qui attirait les capitaux vers l’industrie du bâtiment. Tout un quartier nouveau surgit entre les carrières ouvertes au dessous d’El- Kettar et l’avenue de la Bouzaréa, avec 20 rues qui se sont garnies de vastes immeubles abritant plus de 5.000 habitants. La partie de l’ancien faubourg voisine de la mer, occupée depuis longtemps par des établissements industriels, est restée plus réfractaire à la construction des maisons de rapport.

Du côté de Mustapha où, au voisinage immédiat des anciens fossés, subsistaient encore en 1900 le parc d’Isly ? et de nombreux terrains parsemés de hangars et de constructions légères, l'abolition des servitudes a favorisé la création de deux quartiers qui ont soudé la commune réannexée à la ville-mère. L’un, entre la route de Constantine (boulevard Baudin), la rue Charras et la rue d’Isly prolongée, l’autre entre la rue Michelet, le palais de l’Université et la zône militaire (rue Berthézène). Ils abritent une population de plus de 4.500 habitants. Plus loin, vers le Sud, sur les pentes des coteaux, entre la rue Michelet, la chemin du Telemly et le Village d’Isly, des rues coupées d’escaliers montaient à l’assaut, tandis que de plus en plus, au-delà du Plateau Saulière, des immeubles neufs bordaient de chaque côté l’ancienne route de Mustapha Supérieur. Ce quartier étagé, dont l’artère médiane est le boulevard Saint- Saëns (ancien boulevard Bon Accueil) comptait déjà, à la veille de la guerre plus de 4.000 habitants. Vers le Sud-Est, les quartiers de Belcourt et du Hamma, assis sur la plaine côtière, entre le Champ de manœuvre et le Jardin d’Essai, se couvraient de

4. Il fut question en 1894 (Arch. M., 6 avril. Projet Seigle-Goujon-Mélé) d’y installer un casino. Le Génie refusa d'abandonner cette zône de servi-

tudes.

constructions, là où, en 1896, il subsistait encore des jardins maraîchers, derniers vestiges de l’industrie qui avait enrichi les Mahonnais, dès les premiers temps de l’occupation. Des rues privées se créaient, dont les propriétaires demandaient ensuite le classement et la prise en charge par la Ville. Des entrepôts et des établissements industriels occupaient de vastes terrains dont l’étendue tendait à se réduire et dont la valeur ne cessait de croître ; la spéculation s’y intéressait. Dans la région plus accidentée qui domine celle-c1 au Sud et au Sud-Ouest de la rue de Lyon, les pentes des coteaux étaient peu à peu envahies par des maisons d'habitation et les propriétés se morcelaient par le lotissement. Entre le chemin de Fontaine Bleue et le cimetière musulman du Hamma, l’ancien Quartier Julienne devenait un groupe dense, des rues bordées de villas et de jardins coupaient l’ancien pare de Bois-la-Reine, et le petit îlot indigène du Hamma, dont la population recevait de nouveaux apports, participait lui aussi au développement de la construction t.

Malheureusement aucun plan arrêté et sagement combiné n'avait présidé à cette œuvre. Le dommage était d'autant plus regrettable qu'il s'agissait d’une région particulièrement intéressante du site algérois, puisqu'elle avait sur les autres, à l’exception de Bab-el-Oued lavantage d'offrir de grandes surfaces planes ou faciles à aplanir et au moins jusqu’à la courbe de niveau de 50 mètres des pentes peu déclives. Le projet d’un plan d’ensemble d’alignement et de nivellement, caressé, dès les premiers jours de l'émancipation, par le Conseil

4. Voir le Plan d'Alger-Agha-Mustapha publié par Adolphe Jourdan.

Alger. 1895. On peut le comparer au Plan du Service géographique de l’armée au 1 : 20.000. 1921.

municipal de Mustapha, n'avait été suivi d'aucune réalisation. Obligée de pourvoir, avec des ressources insuffisantes, aux besoins les plus urgents, menacée sans cesse de la réannexion, la Municipalité reculait devant les dépenses et les emprunts ; et pendant ce temps on voyait les maisons s’élever sans ordre, au hasard des lotissements, beaucoup de voies rester « à l’état de pistes non entretenues » sans être classées, d'énormes constructions se regarder face à face, à 7 ou 8 mètres à peine de distance et les immeubles épouser les caprices du terrain. Les égouts « insuffisants et défectueux », étaient souvent « l’œuvre des particuliers qui les avaient cédés à la Commune t ». Cet état de choses légué à la Ville d'Alger en 1904 ne pouvait être corrigé par le seul effet d’un décret de réannexion. En 1913, on était obligé de reconnaître que toute une partie de la jeune cité de Mustapha, en pleine voie de croissance, avait été tellement gâchée qu’elle se prêtait tout juste à quelques arrangements : c'était précisément la région comprise entre la rue de Lyon, le chemin des Arcades et celui de Fontaine-Bleue. En 1921, 15 kilomètres de rues se trouvaient encore dans la situation que nous venons de décrire.

C’est à peine si l’on rencontre, en parcourant les procèsverbaux du Conseil municipal de Mustapha, entre 1896 et 1904, quelques classements de rues et celui du boulevard Thiers ? ; par contre, on signale en 1902 $ que 52 rues manquent de trottoirs. Un seul projet intéressant, qui d’ailleurs n’a pas abouti, celui d’un boulevard intermédiaire entre le boulevard Bru et

1. Maurice Meris. La réforme municipale. Paris, 1921, p. 24-25. — Arch. M., 19 avril 1912. Rapport de Redon sur le plan d’alignement de Mustapha. 2. Arch. M. M., 25 avril et 24 sept. 1898.

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