‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 228 sur 465 · PLANCHE IX · texte numérisé non relu

PLANCHE IX

MusTapHa (Norp-OuEsr).

Vue prise du boulevard Maréchal Galliéni. A gauche terrains à allotir. Les constructions montent à l’assaut du plateau d’El Biar, maisons de rapport et villas. À droite sur la crête cité Fournier. Au-dessous, grands immeubles neufs du Tclemly.

MusrapxA (Sup-EsT).

Au premier plan, Champ de manœuvre désaffecté, constructions provisoires. Au fond, maisons de rapport, villas et jardins ; notez l’ascension des constructions vers le col de la Redoute, très visible sur la crête.

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de Hussein-Dey. Là s’exerçait son ingéniosité et son goût du grand et du beau. Il y entrevoyait pour l’avenir un superbe parc de 9 hectares à la place du Champ de manœuvre, avec un Palais de l'Agriculture, des Arènes, une Salle des fêtes et un Stade pour les sports, un boulevard central de plus de 3 kilomètres, large de 70 mètres, des artères parallèles de 18 mètres, des places ovales de 126 mètres sur 90, des ronds-points de 80 mètres de diamètre ; au centre du quartier un dégagement circulaire de 700 mètres et une avenue transversale large de 30 mètres, d’autres de 18 mètres et des rues de 10, 16 et 20 mètres. Le Jardin d’'Essai en devenait le grand jardin publie. Deux Lycées, un grand marché d’approvisionnement et des groupes scolaires étaient également prévus. Ce plan fut adopté par le Conseil municipal le 19 avril 1912. Mais il n’avait guère de chances d’être réalisé : le prix élevé des terrains, le luxe de la voirie suffisaient pour effrayer les moins timides, à défaut d’une autre considération qui, à cette époque, évoquait des souvenirs trop récents, nous voulons parler de la perspective de négociations ardues avec l’autorité militaire pour la cession du Champ de manœuvre et le transfert de l’Arsenal.

Cependant, à la veille de la guerre, l'extension inespérée prise par le ville d'Alger n’avait pas seulement compliqué la solution de graves problèmes d’édilité, tels que l’alimentation en eau, la réfection du réseau des égoûts, la création de nouveaux marchés, de nouveaux établissements scolaires ; le spectacle des quartiers neufs qui donnaient à la ville un cachet de grande cité moderne stimulait le goût du public et de ses élus pour le confort et l’agrément qui, dans les questions d’urbanisme, sont étroitement liés à celle de l'hygiène. Le grand projet de Redon, modifié d’ailleurs et simplifié, reparaissaït à

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deux reprises, en 1910 d’abord, puis en 1913, à propos du quartier de la Préfecture, signalé une fois de plus comme étant un foyer d'infection. La convention signée par la Ville le 20 octobre 1910 était enfin approuvée par un décret du 13 janvier 14914. Des délais successifs furent accordés à l’auteur, sans que la société qui devait assurer l’exécution du plan ait jamais pu être constituée : les événements de la guerre et la crise financière consécutive sufliraient à l’expliquer.

C’est à la vieille ville que se rapportait également un autre

4. La question, en réalité, n’avait jamais été enterrée. En 1904, le plan modifié avait été de nouveau approuvé par le Conseil. (Arch. M., 18 mars) et une convention fut même signée le 22 mars. Le Ministre de l’Intérieur renvoya le projet comme défectueux (3 juin 1905). Le Conseil, malgré l’avis de la commission d’enquête (25 juillet) refusa de renouveler les délais accordés à l’auteur (6 et 17 octobre). Mais le 5 août 1910, une partie du Conseil, élue sur un programme où figurait l’exécution du projet de Redon, remit la question à l’ordre du jour ; un nouveau projet de convention fut adopté (14 octobre et 30 novembre). Il y manquait l’approbation des pouvoirs publies. Le Conseil revenait à la charge, le 8 août 1913, visant surtout la transformation du quartier de la Préfecture. Le Maire répondait aux critiques du Conseil d’État, que l’expropriation de 480 immeubles, pour ce quartier seul, effrayait et rendait défavorable. Il citait entre autres opinions celle du Gouverneur Général Jonnart (Lettre au Ministre de l’Intérieur du 30 août 1905), selon qui le projet répondait « à un réel besoin » et constituait pour la commune « une opération séduisante », celle du Gouverneur Lutaud demandant (Lettre au Directeur de la Section de l’Algérie au Ministre de l’Intérieur, 29 juillet 1913) de hâter l’approbation du « beau projet de Redon », celle du Ministre de l’Intérieur lui-même (28 novembre 1911) regrettant les retards dont il n’était pas responsable. Le Conseil renouvela ses décisions antérieures et approuva de nouveau la convention du 20 octobre 1910 ainsi que l’avenant du 6 décembre. Le décret du 13 janvier 1914 approuva enfin ce traité (23 janvier 1914). Des délais furent plusieurs fois renouvelés. Ainsi fut définitivement ajourné un projet au sujet duquel on pouvait constater que les formalités administratives avaient duré de 1901 à 14914.

projet, celui de MM. Andrieu et Bonessio !, projet de moindre envergure, qui reçut en 1913 l'approbation du Conseil municipal, sans être d’ailleurs suivi d’aucun effet. Il s’agissait cette fois de s’attaquer aux premières œuvres de la conquête, au quartier de Bab-Azoun et de Chartres, conformément à un plan partiel d’alignement homologué dès 1903. Or on estimait, à la veille de la guerre, que le terrain, dans la rue Bab-Azoun, valait 1.200 francs le mètre.

D’autres questions, qui certes n'étaient pas nouvelles, revenaient sur le tapis, et au premier rang celle du domaine militaire. Si l’on ne réclamait plus, pour le moment, le dérasement complet des fortifications, du moins on demandait, sans succès du reste, l’abolition des servitudes qui arrêtaient le développement des constructions dans la région comprise entre le chemin du Telemly et la partie supérieure du quartier Laferrière ?. Mais par dessus tout, le maintien des bâtiments de

1. Arch. M., 27 juin 1913. Ce plan était présenté comme la reprise, pour une exécution définitive, d’un plan d’alignement partiel voté par le Conseil et homologué par un arrêté préfectoral du 2 décembre 1903. On y avait prévu l’élargissement à 14 m. au lieu de 8 entre les arcades, de la rue Bab-Azoun, celui de la rue de Chartres à 10 au lieu de 6, des rues transversales à 6 et 7,50, le redressement de la rue Bab-Azoun, dans sa section Nord et l’agrandissement de la place de la République, côté Nord-Ouest. MM. Andrieu et Bonessio n’apportaient que quelques modifications pour les rues transversales. Le projet fut adopté ; un projet de convention fut également accepté (13 février 1914). La guerre fit ajourner la question.

2. Idem, 30 mars 1906, 22 novembre 1907 où l’on apprend que le Ministre de la Guerre refuse la suppression totale de ces servitudes. Le vœu est renouvelé le 27 novembre 1908, il provoque le décret du 8 février 1909 qui a autorisé la constitution d’un polygone exceptionnel dans cette région de la zône militaire. Une extension de ce polygone ayant été demandée le 29 décembre 1913, l’autorité militaire répondit, le 13 janvier 1914, que l’on ne pouvait y faire droit « sans compromettre la défense d’Alger.

l'administration militaire au cœur de la ville neuve, en bordure de la rue de Constantine et de la plus belle voie d'Alger, le boulevard Carnot :, la présence d’une véritable ville militaire au milieu même de Mustapha, avec un arsenal, un spacieux champ de manœuvre de 17 hectares, deux quartiers de cavalerie et un pare à fourrages ?, apparaissaient désormais, non seulement comme un défi à l’esthétique, mais encore comme une entrave au développement naturel de la ville. Si, en 1906, les services de la Guerre consentaient à se démunir des terrains occupés par les magasins du Campement, il n’en fut pas de même pour ceux de la Manutention ni pour ceux de Mustapha.

Les efforts de nos édiles pour doter la ville de squares et de jardins furent couronnés de plus de succès. Alger a longtemps manqué de cette parure, dont les urbanistes modernes font avec raison une nécessité, au même titre que les voies larges et les espaces libres des places publiques. Entre les murs de l’ancienne ville, il n’exista, jusqu’en 1880, que le jardin Marengo *, dans une situation d’ailleurs un peu excentrique, et,

1. Le déplacement de la Manutention et des magasins du Campement avait été demandé dès 1902 (Arch. M., 13 février). Le Ministre de la Guerre abandonna les terrains du Campement le 30 janvier 1906 : on songea alors à édifier sur cet emplacement un nouvel Hôtel de Ville (30 décembre 1904 et 10 mars 1906). Quant à la Manutention, des négociations poursuivies de 1907 à 1909 (14 mars, 21 mai, 28 juin 1907, 22 octobre 1909) n’aboutirent pas, le Génie n’acceptant pas les emplacements proposés pour le transfert.

2. Le Conseil, reprenant les vœux et les démarches de celui de Mustapha, entama des négociations en 1908 (30 octobre) pour l’acquisition de tout ce quartier militaire. Elles se poursuivirent sans résultat (31 décembre 1909). On considérait en 1912 (19 avril) qu’il serait très difficile, sinon impossible d’obtenir satisfaction.

3. H. Klein, o. c., suite, p. 44-45. Sur la demande du commandant Loche, ornithologiste distingué, oublié des Algérois aujourd’hui, on y créa en 1861

à partir de cette date seulement, le square Bresson !. Mustapha ne disposa jusqu’en 1904 que du parc d’Isly ?, médiocre plantation d’eucalyptus, sans perspectives, sans charme et sans gaieté. [l existait cependant un admirable jardin, le Jardin d’Essai, mais dont la situation, à l’extrémité Sud-Est de la commune, en interdisait la fréquentation aux habitants d'Alger. Créé en 1832 pour être un jardin « d’essai ou de naturalisation », sur une superficie de 5 hectares #, accru bientôt d’une pépinière de 24, exploité méthodiquement depuis 1838 sous la savante direction de Hardy, il s’était peu à peu agrandi et embelli de superbes allées de platanes, de palmiers, de ficus, de bambous, de chamaerops, de lataniers, et d’un jardin anglais couvert de plantes et d’arbres exotiques qui reproduisaient les aspects de la végétation tropicale. Sa surface qui était en 1862 de 40 hectares avait doublé en 1874, par suite de l’adjonction de nouveaux terrains dans la partie basse et sur les pentes des coteaux qui le dominent. En 1867, le Gouvernement de la colonie, trouvant trop onéreux les frais de l’entretien, avait été heureux de le concéder à la

un jardin zoologique (Arch. M., 16 août). Un membre du Conseil parle de l’étonnement des voyageurs débarqués à Alger de n’y voir ni lions ni panthères. En 1864 (3 décembre) ce fut le tour du jardin botanique {proposition Bourlier). L’un et l’autre dépérirent, faute d’argent et de soins.

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