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3. Arch. M. Vœux du Conseil du 17 mars et du 28 juin 1907, du 17 avril
Alger était donc en plein travail de transformation lorsque la guerre est venue détourner les esprits et les capitaux vers d’autres directions. Nous avons dit quels en furent les effets ; il nous reste à montrer comment, après la crise qui arrêta les progrès de la construction et fit ajourner les projets d'urbanisme les plus divers, l’œuvre interrompue a été reprise, sur des bases parfois nouvelles. Et d’abord reportons-nous aux résultats des deux recensements de 1921 et de 1926, deux dates il est vrai encore bien proches de l’époque troublée, pas assez cependant pour interdire toute conclusion {.
Or la comparaison de ces deux dénombrements donne lieu à une première constatation. Pour une augmentation totale de la population de 19.265 habitants, la population éparse — entendons par là celle qui est en dehors des quartiers denses et fortement agglomérés, mais qui n’en est pas moins en bordure de rues nouvellement ouvertes et de chemins prêts à devenir des rues — figure pour 5.594 unités. Si l’on ne tient compte que de la population européenne, en regard d’un gain de 7.248 habitants pour la fraction agglomérée, on en compte un de 4.415 pour la fraction éparse. Et si l’on défalque les trois premiers arrondissements, le cœur du vieil Alger parfaitement dense, l’écart diminue tellement que la proportion est renversée : un gain de 3.265 unités d’un côté, de 4.415 de
et du 20 juin 1908, du 4 février 1910, du 17 juillet 1918, du 2 mai 1919, du 6 août 1920. Le 30 juillet 1923 seulement a paru le décret érigeant Alger en station climatique et créant dans cette ville une Chambre d’industrie climatique.
1. Tous les chiffres mentionnés ci-dessous sont empruntés aux tableaux récapitulatifs qui accompagent la « Liste nominative des habitants de la commune d’Alger ». (Dénombrements de 1921 et de 1926).
l’autre. C’est bien ce que confirment les chiffres du recensement des maisons. Le nombre des habitations éparses — disons de la périphérie — a augmenté de 688, pour une différence totale de 1.122, et parmi les 434 autres, la grande majorité est éloignée du centre et touche à la zône de la périphérie.
Qu'il en soit ainsi dans une commune urbaine en pleine voie de croissance ou dont les progrès reprennent après un temps d'arrêt, le fait en soi n’a rien que de naturel. Il est clair que dans la région agglomérée de la ville, en dehors des surfaces occupées par quelques établissements industriels et leurs dépendances, les espaces libres pour la construction ont été singulièrement réduits depuis une quarantaine d’années. Évidemment aussi la pénurie des logements, même modestes, conséquence de la crise qui a affecté l’industrie du bâtiment, et laugmentation considérable du prix des appartements ont éloigné du centre et des quartiers neufs tous ceux qui ne pouvaient s’accommoder des taudis malsains et de leurs promiscuités, ou dont les ressources ne pouvaient supporter la charge des nouveaux loyers. Les sociétés d’habitations à bon marché sont venues à leur aide et les prix moins élevés des terrains de la périphérie ont permis de construire et de louer à meilleur compte. Mais ce qui a par dessus tout rendu possible cette multiplication des maisons dites « éparses », c’est le lotissement, soit par les propriétaires eux-mêmes, soit par des acheteurs, groupement d'œuvres sociales ou spéculateurs, des villas et propriétés qui formaient, sur les hauteurs dominant Mustapha et Bab-el-Oued la ceinture verte du site d'Alger. La chose ne date pas d’ailleurs des tout dernières années ; cette transformation des parcs et des villas en quartiers bâtis était déjà entreprise en 1914 : témoin le morcellement du parc Gatliff,
à Mustapha Supérieur !. Mais le but était tout différent ; 1l s’agissait généralement de construire de grandes et belles maisons de rapport. Tout autre est l’œuvre poursuivie depuis la guerre. Tout en souscrivant aux idées humanitaires qui ont présidé à quelques-unes de ces créations, on a le droit de regretter qu’on n’ait pas cherché ou trouvé le moyen de les accorder avec quelque souci du goût et de l’esthétique. Les lois et les décrets récents sur l’agrandissement et l’embellissement des villes sont intervenus heureusement, trop tard quelquefois, pour imposer au moins aux lotisseurs et aux bâtisseurs l’observation des mesures essentielles d'hygiène et de sécurité. Déjà, quelques années avant 1914, on pouvait observer une ascension progressive des constructions sur les pentes de Mustapha, entre la ligne des fortifications et le ravin des Sept sources qui descend de la falaise de Saint-Raphaël sur l’Agha par le quartier du Pâté et de l’ancienne usine à gaz. Les premières cartes topographiques des environs d’Alger portent lPindication, entre ces limites, de sept ravins que l’on pouvait encore distinguer parfaitement en 1900? : le chemin du Telemly, établi à flanc de coteau au niveau de 80-90 mètres coupait les uns et contournait le tête des autres. Les thalwegs profonds disparaissaient sous la végétation touffue des oliviers sauvages, des lentisques, des broussailles où s’accrochaient
1. Ce morcellement a d’ailleurs été fait sous condition de ne construire que des villas, On pourrait citer les terrains du Sacré-Cœur sur lesquels s’est élevé un nouveau quartier (Société Altairac) (Arch. M., 3 juillet 1925) on doit regretter encore plus le lotissement du magnifique pare de l'Hôtel Oriental (ancienne Station Sanitaire Landowski).
2. Ils sont parfaitement visibles sur le Plan du port d'Alger et de ses environs levé en 1869 et publié au Dépôt des cartes et plans de la Marine en 1875. La topographie a été faite d’après les cartes de l’État-Major.
les guirlandes des phyllarias; c'était, avec les échappées sur le panorama de la baie d'Alger, un des charmes de cette promenade pittoresque. Or le travail de comblement qui jadis avait permis de créer, à l’intérieur de la ville, entre les anciens et les nouveaux murs de l’enceinte, les quartiers inférieurs et supérieurs d’Isly, s’est poursuivi à Mustapha de bas en haut ; en plusieurs points du Telemly, aux Sept Merveilles et à la Robertsau par exemple, des esplanades ont remplacé les anciens lacets de la route, des propriétés qu’elle longeait ont été alloties, des constructions se glissent le long des ravins nivelés et en garnissent les versants !. Le temps est proche où l’ancien chemin sera transformé en une rue tortueuse, trop étroite d’ailleurs, bordée de maisons de rapport. L’objectif de cette escalade est la ligne Saint-Raphaël-Fortl’'Empereur-port: du Sahel. Trois pointes sont déjà nettement dessinées. L’une, au-dessus du village d’Isly, à droite et à gauche du chemin Pouyanne, jusqu'aux terrains militaires du champ de tir et du Fort l'Empereur, une autre sur le flanc Nord du ravin de la Robertsau, la troisième, qui est la première en date, constitue le quartier dominé par la falaise de Saint- Raphaël, auquel a donné naissance l’ouverture du chemin Laperlier. Le percement par le service départemental de la belle route qui unit Mustapha à El-Biar, le boulevard Maréchal Gallieni, ne pourra que précipiter le lotissement des jardins, des parcs, des terrains improductifs dont la sombre verdure est la couronne de Mustapha. La création continue de nouveaux chemins favorise trop évidemment cette œuvre qui attriste
4. C’est le cas de la cité Fournier sur le versant Nord de l’ancien ravin de
la Robertsau.
les vieux Algérois. Déjà le boulevard Gallieni a été franchi en un point; les « cités » se multiplient, les villas à bon marché couvertes en tuiles encerelent petit à petit la villa mauresque abandonnée par ses maîtres pour l'appartement moderne de la ville; Alger est fortement menacé de perdre « son aile verte ».
Les pentes qui dominent le Champ de manœuvre ont été, elles aussi, attaquées par les constructeurs. Il y avait là un chemin plutôt abrupt emprunté de longue date pour les communications directes entre Mustapha Inférieur, lAgha et Birmandreis où il rejoignait la nouvelle route de Blida- Laghouat. Sur les anciens plans, on voit encore le ravin qu’il remontait jusqu’au col qui sépare la position de la Redoute de la croupe du Bois de Boulogne?. Aujourd’hui les maisons — on pourrait dire de beaucoup « les maisonnettes » — s’étagent depuis le bas quartier de Belcourt et dessinent par leur groupement un triangle dont le sommet est sur le chemin des Crêtes, c’est-à-dire au col même ; et par delà, sur le versant Sud-Est, des lotissements ont tout récemment donné naissance à une agglomération nouvelle qui dépasse les limites de la commune d’Alger et préparé pour un avenir prochain la soudure avec le village même de Birmandreïs. Une large tache de verdure subsiste encore au-dessus de l’ancien quartier Julienne et du parc Stephane, entre la rue de Zââtcha et le chemin de Gascogne. Là se trouvent, dans la partie Ouest, quelques-unes des plus belles villas, véritables monuments
1. Le lotissement de l’ancienne propriété Ali-Chérif a permis la construction d’une cité des cheminots des C. F. A. et du P. L. M.
2. Voir la Carte du Territoire d'Alger dressée au Dépôt de la Guerre Paris, 1834, complétée en 1864, à l’échelle de 1 : 50.000, p.
historiques, dont s’honorent les coteaux de Mustapha. Cette tache subsistera-t-elle longtemps ? Il est permis d’en douter 1; car de même que le boulevard Bru et le chemin des Crêtes ont été les paliers qui ont facilité la construction et provoqué l'ascension des pentes pourvues progressivement de nouveaux chemins intermédiaires, c’est-à-dire de futures rues, de même le prolongement vers Belcourt du boulevard Maréchal Galliéni à travers de vastes terrains improductifs ne manquera pas de susciter des lotissements, et cette voie, dont l’exécution est imminente, est appelée à être l’artère centrale d’un nouveau quartier ?. Il y a là pour la construction des réserves trop alléchantes pour qu’elles ne soient pas l’objet d’une utilisation prochaine.
Au Sud-Est de cette région, dans celle qui domine le cimetière musulman du Hamma et le quartier du même nom, la topographie se prêtait moins bien à un développement étendu. La déclivité du terrain était en effet beaucoup plus «-centuée, et les crêtes étaient constituées par une véritable falaise de grès surmontant les pentes d’un sol argileux, glissant, dont les profondeurs sont riches en sources. Elles n’en ont pas moins été aménagées en gradins prêts à recevoir des constructions. Le dessin en est tracé par des chemins qui ont même parfois reçu par avance le nom de boulevards. Ainsi sort de terre un quartier nouveau, celui de l’Orangerie, adossé
1. Signalons toutefois que la « Commission départementale pour la protection des sites » qui a réussi déjà à faire classer une partie des crêtes de Mustapha, se préoccupe d’assurer la conservation de quelques-unes de ces villas.
2. Arch. M., 7 décembre 1923. Ce boulevard aura 1860 m. de longueur et 18 de largeur.
au mur vertical de la falaise que couronnent la villa Sesini et celle des Arcades. Des accidents récents ont déjà averti les architectes et les entrepreneurs qu'ils devaient compter ici avec une nature de sol sujette aux glissements et aux éboulements, et bien faite pour commander les mesures de prudence les plus rigoureuses ; elle ne paraît pas toutefois les décourager.
Dans la région basse de la petite plaine côtière, 1l reste encore à Belcourt trois vastes terrains qui attendent leur lotissement ; au Hamma, il y a encore d’assez nombreux espaces plus réduits qui sont certainement destinés à recevoir des constructions. Enfin, au-delà du Jardin d’Essai, entre les Platanes et la limite de la commune, des lotissements ont été déjà opérés !. L’agglomération du Ruisseau est appelée à être réunie, dans un avenir proche, par des rues entièrement construites à la route nationale n° 5, celle de Hussem-Dey, de Maison-Carrée, c’est-à-dire de Constantine.
À Bab-el-Oued, la comparaison des recensements de 1911, 1921 et 1926 montre que la population a augmenté régulièrement ; mais dans la dernière période quinquennale, le gain est dû pour près de moitié à la population dite « éparse » qui a occupé à peu près la totalité des 172 nouvelles maisons édifiées depuis 1921. Ici aussi a été poursuivie la même œuvre de lotissement que nous avons constatée à Mustapha. Le développement de la petite ville qui a succédé à l’ancien faubourg clairsemé obéit à deux mouvements distincts. D'une part, elle remonte la vallée de l’oued M'Kacel, en direc-
1. Arch. M., 22 octobre 1923 et 19 octobre 1926. En bordure de la rue
Polignac, la Banque d'Algérie a fait construire une cité-jardin.