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23 centiares dont elle a dès à présent la libre disposition 1. Pour le moment rien n’est changé à l’affectation des quartiers militaires avoisinants ; mais des négociations sont en cours pour la cession de 69 hectares de la zône des fortifications, dont les espaces réservés à la construction en couvriraient 22. Ce serait un gain total de 28 hectares à bâtir (avec les terrains du Champ de manœuvre), ce qui, au taux moyen du peuplement actuel, représenterait le logement de près de 9.000 habitants, soit l’accroissement de trois années.
C’est peu assurément, et ce ne sera pas suflisant pour arrêter l’ascension de la ville sur les pentes des hauteurs qui encadrent Mustapha et Bab-el-Oued. Inévitablement, à l’intérieur de l’Alger actuel, tous les espaces encore vides, toutes les maisons basses sont appelés à être transformés en immeubles bâtis, en maisons neuves ou surélevées. Ce travail est déjà commencé. Il est tout aussi certain que tous les terrains de la périphérie qui ne sont pas encore allotis finiront par l’être et que les constructions, groupées d’ailleurs d’une manière plus ou moins dense, atteindront partout les limites du territoire communal. Il en est déjà ainsi du côté de St-Eugène ; on pourrait en dire autant de Birmandreïs et de Hussein-Dey, où la soudure est moins complète. Quelques lotissements sufliront pour assurer celle d'Alger et d’El-Biar. Du côté de Bouzaréa, quelques escarpements et des carrières empêcheront toujours les constructions d’atteindre sur toute sa longueur la limite de cette commune. Seul Kouba n’est encore rattaché que par un fil ténu à la partie agglomérée
1. Idem, 20 décembre 1923, 21 novembre et 26 décembre 1924, 26 février, 25 juin et 17 septembre 1926.
d'Alger ; mais déjà des lotissements ont été faits sur le versant Nord du ravin de l’Oued Kniss! (ravin de la Femme Sauvage) et si des communications rapides sont assurées par un funiculaire entre la plaine du Hamma et la ligne des crétes ?, le peuplement de cette région ne manquera pas d’être assuré. Qu’une grande ville telle qu’Alger arrive ainsi à faire corps avec d’autres agglomérations jadis indépendantes, le fait est trop fréquent pour qu'il y ait lieu de s’en étonner ; mais ce qui le rend ici moins banal qu'ailleurs, c’est la topographie accidentée de ce site, qui paraissait imposer des limites naturelles au développement de la ville en profondeur et la condamner à s’étirer longuement au pied d’une couronne de hauteurs verdoyantes. La verdure en a été fortement entamée et les crêtes sont déjà franchies.
Pour la première fois, en 1925, on voit figurer dans la table des matières du Bulletin municipal de la Ville d’ Alger, la rubrique € urbanisme »#. C’est un bien petit fait, auquel il paraitrait puéril de s’arrêter, si derrière ce mot on n’entrevoyait pas tout un programme d'idées et de préoccupations, moins nouvelles sans doute qu’on le dit trop souvent, mais assurément mieux coordonnées, on peut dire même « codifiées »#.
1. Arch. M., 2 et 22 octobre 1923 (propriété Lasry, lotissement des Cheminots du P. L. M. et propriété Scotti-Patillon) — du 21 mars 1924 (propriété Desnues) — du 30 juillet 1925 (clos Salembier. Société foncière d’Algérie) — du 17 septembre 1926 (propriété Métayer-Même société).
2. Idem. Un projet Bonessio de funiculaire entre la rue de Lyon et le chemin Henri Rivière, présenté le 21 mars 1919, a déjà reçu le 18 avril et le 7 octobre un avis favorable, confirmé le 22 octobre 1923.
3. Bulletin municipal de la Ville d'Alger. Année 1925 (5 juin).
À. Les lois principales sont celles du 15 février 1902 sur la protection de la santé publique, du 21 avril 1906 sur les sites et monuments naturels de
La loi du 14 mars 1919, rendue applicable à l’Algérie en vertu du décret du 5 janvier 1922, a prescrit la confection par les Municipalités d’un plan « d'aménagement, d’extension et d’embellissement » de leurs villes. Celle d’Alger a été une des premuères à entreprendre ce travail délicat, et il en est sorti un projet qui n’attend plus que l'approbation des pouvoirs publics. En présence d’une œuvre de ce genre, il faut se défendre à la fois et du scepticisme et de l’enthousiasme ; l’un et l’autre procéderaient d’une erreur fondamentale sur l’objet et la valeur pratique de ces plans.
Si l’on prend Alger comme exemple, il est trop évident que l’on ne peut songer à réparer toutes les erreurs commises, depuis un siècle, dans la construction d’une ville dont les organes ont dû trop souvent s’adapter tant bien que mal à des fonctions insoupçonnées des premiers bâtisseurs. La valeur acquise par les terrains et le coût des expropriations interdisent les grands bouleversements ; or si l’on excepte les quartiers neufs construits en bordure du boulevard Carnot et ceux qui ont occupé les terrains cédés en 1896 par l’autorité militaire, quelle est la région de la ville qui n’appellerait pas des remaniements profonds, si l’on voulait qu’elle répondît aux règles formulées par les urbanistes contemporains sur la largeur des voies, la proportion des espaces libres et des superficies bâties et sur bien d’autres objets ? Combien de villes, à l'exception de celles qui sont nées d’hier, peuvent se vanter de remplir intégralement toutes ces conditions ? Il y a donc des parties du plan prévu par la loi de 1919, celles valeur artistique ; du 13 juillet 1911 sur les perspectives monumentales ;
du 6 novembre 1918 sur les expropriations et la plus-value. Celle du 14 mars 1919 a été complétée par les lois du 17 juillet 1921 et du 19 juillet 1924.
qui dessinent le réaménagement des villes, dont l’exécution sera assurément, ou très longue ou même irréalisable sans des concours financiers que l’on ne peut escompter sans s’exposer à des déceptions. Est-ce à dire que cette partie du plan soit condamnée à n’être qu’une belle image, une vision de rêve ? Il n’en est pas tout-à-fait ainsi. Par exemple, le plan préparé par le Service des travaux communaux d’Alger ?, qui prévoit la conservation de la Casbah, en raison de son cachet oriental, modifie profondément toute la région comprise entre les rues Randon et Marengo d’une part, les rues Bab-Azoun, de la Marine et le boulevard Amuiral-Pierre de l’autre. On y voit tracées des voies larges de 12 à 14 mètres ; un tiers de la superficie est occupé par des rues, des places et des squares. Peut-être aurait-on pu, 1l y a cinquante ans, réaliser cette œuvre de grande envergure ; à l’heure actuelle, et sans doute pour longtemps, sinon pour toujours, les ressources financières manqueront et la réfection d’ensemble ne pourra être exécutée. Mais 1l est permis d’envisager des améliorations partielles pour lesquelles un programme arrêté d'avance servira de directive. L'ouverture d’une seule voie nouvelle, spacieuse et bien construite peut après tout encourager les capitaux et provoquer plus rapidement qu’on ne le croirait, une transformation plus étendue d’un quartier ; la chose n’est pas du domaine des rêves, elle n’est pas négligeable.
Plus utiles assurément apparaissent les parties du plan
1. Ce plan a été présenté devant la Commission municipale d’extension, et d’embellissement de la Ville d’Alger, dont fait partie l’auteur. M. Poulain, chef du Service des travaux communaux, a bien voulu nous communiquer par ailleurs de nombreux renseignements que nous avons utilisés ici.
qui définissent le tracé des quartiers à créer sur des terrains encore vierges de constructions et sur les lotissements de la périphérie ; car 1l s’agit dans les deux cas de réalisations immédiates ou toutes proches. Il apparaît évident qu’un plan d'ensemble offre bien plus que tous les projets partiels d’alignement et de nivellement ces garanties de prévoyance et de coordination dont le défaut a donné à notre ville un caractère désordonné et incohérent. Par ailleurs les directives qui linspirent permettent de mettre un frein à la fantaisie des lotisseurs, de leur imposer des alignements et des servitudes d’espaces libres, au lieu d’avoir à subir les conséquences de leur mépris des intérêts généraux et à recourir pour les réparer à de coûteuses expropriations. Ainsi seront désormais évitées les fautes qui ont gâché tous les quartiers dominant la rue de Lyon à Mustapha !.
Parvenus au terme de cette histoire de la construction d’Alger, dont nous avons essayé de marquer les étapes et de raconter dans le détail les vicissitudes, il nous est permis de la considérer d’un œil plus sûr, de discerner les causes majeures qui ont retardé ou accéléré la croissance de la ville, d’en expliquer la configuration et le dessin actuels et de faire le départ entre les faits d’ordre naturel et ceux qui sont l’œuvre de l’homme.
Et tout d’abord, que l’ancien Alger antérieur à la conquête
1. Arch. M., 16 juin 1922. A cette date on comptait sur le territoire de la commune 440 rues privées représentant 23* 500, dont 112, bordées d’immeubles, n'étaient pas encore en état de viabilité. Sur ce chiffre, Mustapha figurait pour 90. Dans la séance du 45 juim 1923, on signalait que certaines de ces rues non classées dataient de 30 ans.
et celui que nous appellerons l’Alger de 1840 se soient installés ou maintenus sur l’éperon que le massif de la Bouzaréa projette vers l'Est, et dont le môle de l’Anurauté a reconstitué la pointe la plus avancée, c’est trop évidemment un fait d’ordre à la fois géographique et militaire. La ville des Turcs et de leurs devanciers était une position forte, à cheval entre deux ravins au-dessus d’un petit port naturel. La volonté des nouveaux maîtres d’en faire une place de guerre capable de résister aux attaques venues de la terre et de la mer, en même temps qu’un arsenal maritime, un Toulon africain, l’a fixée sur le même site. Elle s’y est étendue d’ailleurs, beaucoup plus vers le Sud que vers le Nord. Trois causes principales contribuaient à en orienter ainsi le développement. La première était d'ordre topographique et militaire ; 1l était difficile en effet, du côté du Nord, de dépasser la ligne de faîte qui réunit les plateaux du Fort l'Empereur et de la Casbah à la pointe Sidi-el-Kettani. Elle commande en effet le vallon de Birtraria, celui de l’oued M’Kacel et la petite plaine d’alluvions de Bab-el-Oued'. D’autre part, au Sud des anciens murs turcs, on ne devait pas être embarrassé pour trouver un point d'appui à la fortification nouvelle, les pentes fort accidentées étant coupées de ravins nombreux et profonds. Une seconde raison était avant tout d’ordre naturel et s’imposait, malgré quelques velléités, rares d’ailleurs, d’en infirmer la valeur. Le port ne pouvait trouver un abri sufisant des vents du Nord et du Nord-Ouest qu’à la condition
1. Il est à remarquer que le rempart turc ne l’atteignait qu’en un point, au sommet de la Casbah ; plus bas il restait en deçà, et la ville regardait en définitive le Sud-Est, direction de la ligne de plus grande pente sur le versant sud de l’éperon.
de s’étendre vers le Sud, vers le fond de la baie de l’Agha ; la ville devait l’accompagner dans cette direction, et sa fortification était conçue comme devant l’enclore. Enfin, circonstance qui est bien géographique, les principales voies de pénétration vers l’intérieur étaient comprises dans le secteur Sud-Ouest — Sud-Est, et c’est dans cette région que s'était formé déjà le faubourg le plus important, celui de l’Agha.
Si la conception d’Alger comme une ville essentiellement militaire n’avait pas prévalu jusque vers 1880, c’est par là qu'il aurait dû gagner, en se prolongeant par un ruban plus ou moins étroit, l'emplacement de Mustapha Inférieur, de Belcourt, du Harnma, le mieux fait pour lui assurer, audessous du niveau de 50 mètres, une topographie moins tourmentée. Mais nous avons vu que le plan d’alignement et de nivellement de 1846, qui eut des conséquences décisives, fut inspiré par des vues bien différentes. Enfermée entre ses murs, on décidait de l’y maintenir, quitte à la moderniser en éventrant la ville indigène, à l’embellir par un boulevard, conçu du reste comme un front de mer, au sens militaire du mot, et à restreindre son extension, paralysée dans la partie basse par l’occupation militaire, à la région la plus accidentée et la plus fortement déclive de son périmètre : d’où une œuvre hardie, mais pénible de comblement et de nivellement, d’édification d’une ville en escaliers, qui ne put être réalisée qu’en deux étapes, entre 1840 et 1860 jusqu’à la rue Mogador, entre 1870 et 1880 jusqu’à la zône militaire.
Pendant ce temps, Bab-el-Oued, où cependant n’existaient pas des difficultés du même ordre, se constituait péniblement autour du noyau de la cité Bugeaud. À Mustapha, l’emprise militaire qui contrariait l’occupation de quelques-uns des
meilleurs terrains, n’empêchait pas toutefois la création de quartiers nouveaux, encore clairsemés, entre le Jardin d’Essai et la partie inférieure de la route de Laghouat. Le village d’Isly et les coteaux de Mustapha Supérieur, par leur exposition à l’abri des vents d'Ouest, par leur topographie même dont les accidents étaient un élément de pittoresque, devenaient le site des villas et de la « ville d'hiver » enfouie dans sa verdure.
C’est un fait d'ordre économique, essentiellement humain, qui a contribué pour la plus grande part à donner à la capitale son extension actuelle; nous l’avons analysé suffisamment pour n'avoir pas à y revenir. Le développement de la colonisation, la mise en valeur intensive de tout l’arrière-pays dont le port d'Alger était le débouché natureï, la prospérité croissante de ce port, l’ouverture de nombreuses voies de communication, l’attraction qui a déterminé un «rush » de population immigrante, tous ces faits connexes ont eu décidément raison de la vieille conception militaire. Alger est resté une ancienne place de guerre démodée, mais il est devenu une place de commerce moderne et de première valeur. Il a fallu vaincre de longues et nombreuses résistances pour obtenir l’ouverture, dans la région inférieure de son enceinte fortifiée, des deux brèches qui lui permettraient d’opérer sa soudure avec ses anciens faubourgs de Bab-el-Oued et de Mustapha en pleine voie de croissance. Mais par ces brèches, la population a vite débordé de part et d’autre, avec une préférence naturelle pour le côté Sud. 1892 pour le port, 1896 pour la ville, ce sont les deux dates qui ont marqué le début de l’ère contemporaine, par extension des bassins et du mouvement vers PAgha, par la formation définitive de deux villes véritables adjointes à la ville-mère.
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