‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 260 sur 465 · Arch. M., 9 mai 1913, 7 et 24 mai · texte numérisé non relu

Arch. M., 9 mai 1913, 7 et 24 mai

des grands collecteurs sont indispensables, enfin que les travaux en cours pour l'agrandissement du port et la stabilisation de la nappe d’eau appellent plus que jamais une solution qui en écarte les eaux usagées et les immondices de la ville.

20 La CIRCULATION.

Les conditions de la circulation se sont révélées, depuis quelques années surtout, des plus défectueuses. Le meilleur témoignage de tous les regrets qu'inspire l’exemple du passé est assurément le nouveau plan d’extension et d’embellissement d'Alger. De vastes espaces vont être livrés à la construction ; ils ne seront plus, comme jadis à Mustapha, abandonnés aux caprices des constructeurs.

Ainsi on peut être assuré dès à présent que les terrains du Champ de manœuvre seront pourvus d’une voirie largement conçue ; aucune rue n’aura moins de 12 mètres d'ouverture ; on y trouvera des avenues de 20 et 45 mètres et une grande place ovale. Quant aux 69 hectares des fortifications, dont la livraison est l’objet de négociations en cours, leur utilisation sera poursuivie avec la préoccupation de satisfaire à la fois à l'hygiène, à l’agrément, à l’esthétique et aux besoins de la circulation : 22 hectares seulement, moins du tiers, seront

1. Ponts et Chaussées. Année 1925. Port d'Alger. Alger, 1926, p. 8. Les apports de l’égout de ceinture dans l’arrière-port de l’Agha atteignent plusieurs milliers de mètres cubes. « La présence de ces égouts crée une difficulté sérieuse pour l’avenir. La construction des grands égouts collecteurs projetée par la Ville d'Alger est seule de nature à modifier cette inquiétante situation. »

réservés pour les constructions, un boulevard de 60 mètres de largeur, que la déclivité du sol oblige à sectionner en paliers, formera la ceinture, le « ring » de l’ancienne commune, tandis qu’une route en lacets de 16 mètres d'ouverture assurera des communications directes entre la porte du Sahel et la rue d’Isly.

Cette dernière disposition répond à un des besoins les plus pressants de l’Alger contemporain. On est heureusement revenu des vues mesquines et parcimonieuses qui ont présidé à l'établissement de la voirie pendant plus de cinquante ans. L’accroissement de la population, l’extension de la ville en longueur et en hauteur, la prospérité de son commerce, sa force d'attraction multipliée par les progrès de l’industrie des transports et par l’amélioration du réseau routier, ont eu pour effet de créer un malase dont elle souffre de plus «en plus : la circulation y devient chaque jour plus difficile, et dans certaines régions, la congestion et l'insécurité ne sont guère évitées qu'au prix d’une réglementation compliquée, incommode et parfois peu efficace.

Il y a tout d’abord un quartier qui est resté inaccessible aux voitures, celui de la Casbah. Dans le trapèze défini par les boulevards Gambetta, de la Victoire et Valée, les rues Randon et Marengo, sur une cinquantaine de rues qu’on y compte, pas une n’atteint la largeur de 4 mètres, la plupart n’ont que 2 à 3 mètres et sont coupées d’escalierst. Entre les rues Randon et Marengo d’une part et les rues Bab-Azoun, Bab-el-Oued et les quais, sur 42 voies, 6 atteignent ou dépas-

4. La rue de l’Altas a 4 m. ‘60 de largeur, celle du Sahara, 1 m. 30. Tous ces chiffres sont tirés de l'Annuaire igénéral de l’Algérie, le Bottin de la colo-

nie.

sent la largeur de 9 mètres ; il y en a 17 qui peuvent être comparées aux rues de la Casbah. Et ainsi, dans toute la vieille ville de 1830, sur 150 rues et boulevards, le roulage ne peut en utiliser que 40. C’est là l’héritage du passé ; n'oublions pas que jusqu’en 1865, il n’y eut pour la desservir que quatre rues vraiment carrossables et n’aboutissant pas à des impasses, les rues Bab-Azoun, Bab-el-Oued, de Chartres et de la Marine ; les transports de marchandises devaient être faits dans la plus grande partie de la ville au moyen de bêtes de somme ou à dos d’hommet.

Les quartiers construits entre les vieux murs turcs et les fortifications françaises du Sud, l’ancien faubourg Bab- Azoun et le quartier d’Isly, sont assurément mieux partagés. Mais entre 1840 et 1860, on a continué à ouvrir de véritables ruelles, voire même des boyaux, comme les rues de Tanger (6 mètres), du Carrefour (5 mètres), du Hamma (5 mètres), du Coq (4 mètres), des Tanneurs (3 m. 65), de la Poudrière (5 mètres). Il en est qui sont partiellement ou sur toute leur longueur de véritables escaliers ?. Au-dessus des rues d’Isly et de Mogador, entre le boulevard Laferrière et la rue Rovigo, aucun véhicule ne peut avoir un accès direct à la partie haute de la ville. Du moins, indépendamment des rues d’Isly et de Constantine, les plus anciennes voies ouvertes à 16 mètres, les rues tracées postérieurement à 1870 ont une largeur de 8 à 10 mètres.

1. Edm. et Jules de Goncourt, en 1849 (0. c., p. 271), E. Feydeau, en 1860 (o. c., p. 222-223) s'amusent du mode de transport adopté par les Biskris pour les fardeaux lourds qu’ils suspendent par des cordes à une perche supportée par les épaules de deux ou quatre portefaix.

2. Rues d’Aumale, de J’Abreuvoir, Perrégaux, Blanchard, de l’Echelle.

Il en a été de même pour le quartier neuf de l’Esplanade Bab-el-Oued. A Bab-el-Oued, il n’y a guère qu’une douzaine de rues anciennes dont la largeur n’atteigne pas 8 mètres. Mais à Mustapha, jusqu’à l’époque où la cession des terrains militaires a provoqué la création de quartiers neufs, on n’a guère donné aux rues qu’une ouverture de 8 mètres au maximum. Seules ont fait exception les voies qui étaient dès l’origine des routes, telles que la rue Michelet (20 et 16 mètres). le boulevard Baudin (20 mètres), la rue Sadi-Carnot (20 mètres), la rue de Lyon (16 mètres), et quelques raccords comme la rue Richelieu (17 mètres) et la rue Charras (12 mètres). Même après cette date, l’absence de plan d’ensemble et de réglementation rigoureuse a permis jusqu’à ces derniers temps aux lotisseurs et aux constructeurs de faire des économies de terrains qui ont réduit des rues, mal tracées d’ailleurs, à des proportions ridicules de 5 à 6 mètres de largeur t.

Telles sont les conditions, trop souvent défectueuses, de la circulation intérieure, entre les voies que l’on peut appeler les artères maîtresses d'Alger. Ces artères elles-mêmes ne suflisent plus à remplir sans encombre la triple fonction qui leur est dévolue, circulation des piétons, transport des voyageurs, transport des marchandises. La traction automobile s’est énormément développée dans les vingt dernières années à Alger et dans la zône d’attraction de la capitale. Aujourd’hui des services réguliers — il y en a au moins cinquante — la relient directement à tous les points du Sahel et de la Mitidja, à Cherchell, Médéa, Aïn-Bessem, Aumale, Bou Sâäda, Dellys,

Tizi-Ouzou, Azazga, Dra-el-Mizan. Le nombre des voitures

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