‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 341 sur 465 · Voir p · texte numérisé non relu

Voir p

« Ce môle, écrivait plus tard Lieussou, dont la courbure représente en quelque sorte l’importance croissante de la question d'Algérie, est un monument qui redira aux siècles futurs les incertitudes qui ont présidé à notre établissement dans le Nord de l’Afrique : ». L’amiral Mouchez, dans ses « Instructions nautiques », n’a pas été moins sévère ?.

Cependant, en 1845, alors que la jetée Sud n’était pas encore commencée, l’ingénieur hydrographe Lieussou ÿ, encouragé par le contre-amiral Rigodit 4, reprenait avec insistance l’idée d’un port militaire de refuge et de réparation, d’un arsenal maritime qui serait «la sanction de notre conquête ». Il avouait d’ailleurs que ce serait une chimère de vouloir créer à Alger un établissement comparable à Cherbourg 5 et que le port devait avoir une double destination, commerciale et militaire. Pour donner satisfaction à tous les intérêts, il amphfiait le plan de Bernard en dessinant au Sud une digue coudée, enracinée au

4. A. Lieussou. Etude sur les ports de l’ Algérie. Paris, 1857, p. 87.

2. Instructions nautiques sur les côtes de l’ Algérie par M. le contre-amiral Mouchez. Paris, 1879, p. 22.

3. Arch. centrales de la Marine. E. n° 739. Mémoires de M. Lieussou, ingénieur hydrographe. Ils comprennent une note du 17 mars 1845 « sur les améliorations dont le projet approuvé en 1841 paraît susceptible ». (Il s’agit du projet Bernard dont le plan est adjoint au mémoire) — et toute une série de plans.

4. Dans son rapport d'inspection du littoral d'Algérie, cet officier général, commandant supérieur de la Marine en Algérie, affirmait sa foi dans le développement commercial du port d'Alger. « I] n’est pas douteux que le commerce maritime ne soit appelé à se développer sur une grande échelle ». Il signalait des commandes importantes faites en France et l’arrivée d’un navire de Rouen chargé de tissus (Arch. centr. de la Marine. E. n° 50, 25 décembre 1844).

5. À. Lieussou, o. c., p. 104-119 et p. 92. Il parle d’un port de guerre de deuxième ordre formant «avec Toulon le contrepoids de Malte et de Gibraltar.»

LEt PORT 635

ras Tafourah même et poussée sur 500 mètres environ en direction du Sud-Est, puis de là vers le Nord-Nord-Est à la rencontre de la jetée Nord dont la terminaison en serait séparée par une passe de 350 mètres. Ainsi serait réalisée une nappe de 60 hectares. Ce qui montre bien que Lieussou accordait la prééminence au port mihtaire, c’est qu’il rejetait le commerce dans la partie Nord et lui réservait comme perspective d’extension ce port dont nous avons parlé plus haut !, qu’il faudrait créer de toutes pièces, dans les plus mauvaises conditions, au Nord de la jetée Kheïr-ed-din, conception trop audacieuse pour n’être pas vouée au tombeau des cartons. La Commission nautique ? qui songeait avant tout aux intérêts du commerce, et faisait preuve, malgré la crise de 1846, d’une foi plus profonde dans les destinées économiques de la colonie et de son principal port, rejeta fort justement cette proposition. Elle lutta avec la Commission mixte et le Conseil de l’Amirauté pour obtenir le cantonnement de la marine militaire dans la partie Nord dé la nappe d’eau, le commerce devant suivre la ville qui se développait manifestement vers le Sud ; mais elle fut vaincue, et cette fois on voulut voir grand. L’entente cordiale avec l'Angleterre avait vécu; la situation politique de l’Europe

Page 1