‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 342 sur 465 · Voir p · texte numérisé non relu

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2. Cette commission avait été constituée en 1843 pour dresser des projets pour les ports secondaires d'Algérie. Les marins en formaient la majorité : un capitaine de corvette président, deux officiers de marine, le directeur du port, un ingénieur hydrographe (Lieussou) ; en outre elle comprenait l’ingénieur des Ponts et Chaussées du port et le chef du Génie.

3. La Commission mixte permanente avait un caractère plus militaire par sa composition : le commandant supérieur de la Marine, ceux de l’Artillerie et du Génie, l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées et l'ingénieur des Travaux hydrauliques du port.

inquiétait le monde militaire. L'idée d’un avant-port fut donc reprise par Bernard, adoptée par le Ministre de la Guerre dont dépendait le Gouvernement général de l'Algérie, et après bien des discussions, on s’arrêta à un programme grandiose.

Il prévoyait d’abord une rade de 600 hectares couverte au Nord-Est par un brise-lames et une jetée de 1.300 mètres ; une deuxième, enracinée au droit du Jardin d’Essai formerait sur 1.200 mètres la couverture de cette immense nappe d’eau du côté du Sud-Est et laisserait entre elle et celle du Nord une ouverture de 1.200 mètres. Quant au port proprement dit, c'était, avec les 90 hectares, une image un peu agrandie de celui de Lieussou. La Commission nautique aurait voulu que l’ouverture en fût exclusivement au Sud ; c’était l’idée de Delassaux, ce fut la solution proposée plus tard pour remédier au ressac. Mais à cette époque, les exigences de la marine à voile, qui s’en serait mal accommodée, prévalaient encore sur toutes les autres. Le 26 août 1848, une loi reconnaissait enfin d'utilité publique !: un programme d’ensemble dont l’ordre de priorité fut également arrêté : 1° construction simultanée de la jetée Nord jusqu’à la distance de 700 mètres, des quais Bab-Azoun et du môle Al Djefna ; 2° rampe de communication entre les quais et la ville ; 3° dérasement de la Roche sans nom ; 49 jetée du Sud, prolongée d’abord autant qu’il serait nécessaire pour entreprendre les travaux de l’ar-

1. Le projet avait été adopté le 13 avril 1847 par le Conseil de l’Amirauté et le 1€T juillet par le Conseil général des Ponts et Chaussées. Ce fut la Commission mixte qui triompha en la circonstance. Sur l’ordre de priorité des travaux, le Conseil de l’Amirauté d'accord avec les deux commissions d'Alger et avec Bugeaud l’emporte sur celui des Ponts et Chaussées qui, avec Bernard et Béguin, voulaient faire d’abord la rade.

senal maritime, puis jusqu’à son musoir ; 5° deuxième rampe de communication ; 6° ouvrages de la rade.

Les décisions sanctionnées par la loi de 1848 font époque dans l’histoire du port d’Alger. Si les projets n’ont pas été complètement réalisés, si les préoccupations d’ordre militaire ont, pendant plusieurs années encore, détourné les esprits de l’objectif qui aurait dû être le principal, du moins la marine marchande a obtenu des satisfactions appréciables et a conquis de proche en proche et sur l’eau et sur la terre la part qu'on lui refusait. À vrai dire, si depuis 1830, le tonnage de la navigation commerciale s’était singulièrement accru, passant de 20.810 tonneaux à 317.089 en 18481, il ne représentait pas toutefois le dixième de ce qu’il devait être, lorsque, 45 ans plus tard, on projeta les travaux d’un arrière-port

1. Voir les Tabl. de la sit., v. c. On y relève les chiffres suivants de 1830 à 1848 :

Tonnage

Nombre de navires Tonnage de jauge

(Entrées et sorties) de jauge

Nombre de navires

133027: 338 20.810 1844... 3.603 393.759 1835.... 2.090 136.240 1845.... &.086 400.337 Sbtepoe 3.186 164.959 1846.... 4.524 484.270 1840.... 3.560 380.781 1847... 3.568 353.970 1841... 4.102 422.625 LETTRES 3.132 317.089 1842.... 4.092 407.660

Les statistiques des Douanes que l’on trouvera dans les mêmes documents, bien qu’elles soient établies d’après un barême des valeurs remontant à 1826, accusent la même montée subite en 1840 et la même descente en 1847.

Import. Export. Total Import. Export. Total

F. F. Se F. F. F.

destiné à obvier à l'insuffisance du port construit selon le programme de 1848 1. Il était donc permis de croire, à cette dernière date, que toutes les emprises de la marine militaire ne porteraient pas ombrage à celle du commerce. Après une montée subite des chiffres, en 1840, et une période d’activité intense, par suite des opérations militaires de 1840 à 1847 et du rôle d'Alger comme base de ravitaillement, une chute subite venait de se produire, accentuée par la crise des affaires. Jusqu’alors en effet, le trafic lourd avait été alimenté essentiellement par l’importation des céréales, des fourrages, des bestiaux, des vins, du matériel destinés aux troupes, et aussi par les matériaux de construction, pierres, bois, tuiles, fers et aciers que réclamait l’industrie du bâtiment.

Pour faire face aux besoins nouveaux, des concessions avaient dû être faites au commerce ?. Avant 1844, il ne disposait que des pauvres quais de la darse plus ou moins restaurés. À l'Ouest du petit môle de la Santé, les terre-pleins étaient accaparés par les chantiers « du Nord et de la Bosa » où l’on fabriquait les blocs artificiels destinés aux Jjetées, En 1844, on fit avancer ceux-ci à 170 mètres plus au Sud pour faire place aux marchandises ; on se décida ensuite à livrer au commerce 335 mètres de quais, en 1847 et 1848. C’est pour lui également qu’on aménagea, en 1843, une rampe provisoire rejoignant le faubourg Bab-Azoun et la route de Constantine près du Dépôt des ouvriers (rue Waïsse actuelle) ; elle ne lui servit d’ailleurs qu’à partir de 1848. Une autre rampe accessible aux voitures fut établie entre la porte de France et le

1. En 1895 le tonnage était de 6.448.332 tonneaux ; en 1848, de 317.089. 2. Trèves, o. c., p. 542-543,

quai de l’Amirauté ; mais elle était continuellement encombrée par les chariots transportant les matériaux du port et par suite d’un maigre secours. Ainsi pendant 18 ans, les transports de marchandises entre la ville et le port s’étaient faits à dos d’homme ou à l’aide de quelques charrettes à bras. Les opérations de chargement et de débarquement étaient par suite fort longues et les bâtiments s’éternisaient dans le port, serrés les uns contre les autres. En 1855 encore, 50 bâtiments de commerce et les navires à vapeur de la station navale se trouvaient amarrés en pointe sur deux lignes entre la Pêcherie et le môle de la Santé 1.

20, De 1848 à 1892.

La période de 1848 à 1892 a été marquée par quatre faits principaux : 1° la construction du nouveau port que l’on pouvait considérer comme achevé en 1870 ; 2° malgré une série de crises qui ont affecté la vie maritime comme la vie économique générale de l’Algérie, l’accroissement considérable des exportations, dû aux progrès de la colonisation agricole ; 30 l’avènement d’une nouvelle fonction du port, la relâche et le charbonnage, conséquence de l’ouverture du Canal de Suez ; 40 enfin l’arrivée d’un nouvel élément important de trafic, par suite de l’extension prise dans l’arrièrepays par la culture de la vigne en vue de l’exportation. Ainsi se sont trouvées justifiées les appréhensions qui ont conduit les ingénieurs et la Chambre de commerce à élaborer un nouveau programme de travaux arrêté en 1892.

4. Arch. D. F., cart. 16, 1855-1858. Mémoire sur les projets pour 1855-56.

Le vaste projet de 1848 ne fut pas réalisé complètement. On n’exécuta que la jetée Nord, la jetée Sud, ouverte au milieu de sa branche orientale par une passe de 50 mètres, les quais et la tête du môle Al Djefna où fut installée une batterie. On y ajouta de 1860 à 1869 deux formes de radoub ?, on établit des cales de carénage dans l’ancienne darse et on en projeta au Sud du nouveau port. Quant à la rade couverte et à l’arsenal maritime, ils restèrent à l’état de projet.

Cependant le Comité des fortifications poursuivait depuis 18442 l’étude des défenses du front de mer et du port. Les mémoires du Service du Génie sur les projets de 1848 prévoyaient ces organisations. Le 21 mars 1850%, le Ministre approuvait le tracé de l’enceinte en arrière du port, traité décidément comme un port de guerre. Il fallut attendre le 12 juin 1855 pour que les projets d'organisation des musoirs fussent complètement sanctionnés {.

En cette même année 1855, le général du Génie de Chabaud-Latour adressait au Comité des fortifications un dossier et un mémoire relatifs aux « établissements à créer pour la marine militaire dans la partie Sud de la grande darse 5. »

1. La petite forme fut terminée en 1863 ; la grande fut mise en service le 26 avril 1869. Les trois cales de carénage du Sud ne furent établies qu’en

2. Arch. D. F., cart. 9. Projets de travaux à exécuter en 1845.

3. Idem, cart. 13. Le projet d'ensemble avait été arrêté dans les conférences mixtes le 13 février 1849. Le plan approuvé par le Ministre est dans le cart. 16.

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