Alger port de pêche
Aux fonctions du port d'Alger que nous venons d’étudier s’en ajoute une autre qui paraît devoir prendre de plus en plus d'importance. Alger est un port de pêche, le plus important de la colonie par le tonnage de sa flotte, par l'effectif des équipages, par le chiffre de la production, par celui de l’exportation !. Il est aussi à l’heure actuelle le mieux outillé.
Marseille Rouen Marseille Rouen HO 50 0 250.935t 277.902t 19207 518.566t 79.130t HOUSE 249.826 337.954 HOT 195736 82.405 HOUR 231.688 337.802 1228 205.473 98.465 HITUERE 275.928 380.526 1923255 216.387 152.396 OA" 319.964 326.158 LODANS 221.630 205970 11912 367.126 396.192 1925560" 237.622 229.802 HO Re 311.984 22007 10920 287.318 304.510
Les exportations par Marseille ont toujours été très supérieures à celles effectuées par Rouen.
1. Il en était ainsi avant la guerre. En 1913 (Dir. des Douanes de l’ Algérie. Doc. stat. Notices particulières des ports, 1913) Alger armait 19 vapeurs et 256 voiliers, de 1.767 tonneaux avec un équipage de 2.310 hommes, Oran armait 7 vapeurs et 143 voiliers, soit 546 tonneaux, Philippeville-Stora, 1 vapeur et 169 voiliers, soit 447 tonneaux avec 734 hommes d'équipage, Bône, 160 voiliers de 520 tonneaux avec 443 hommes. Les produits de la pêche étaient de 1.607.000 kilogs pour Alger et de 1.072.293 kilogs pour Oran, les deux ports étant les premiers. Alger avait exporté 25.863 quintaux de poisson, Oran, 5.259 quintaux, Philippeville, 9.097 quintaux et Bône, 3.586 quintaux. En 1927, il a été débarqué à Alger, 4.316.879 kilogs de poisson, à Oran, 3.751.252 kilogs, à Philippeville, 1.454.924 kilogs et à Bône, 934.663 kilogs. (Exposé de la sit., 0. c., 1928, p. 304 et Exposé des travaux. Chambre de commerce, Oran, 1927, p. 797).
EEUPORT 713
Les conditions naturelles offertes à l’industrie de la pêche t ne sont pas meilleures sur le littoral voisin de notre port que sur celui de l’Algérie en général. On sait que les deux défauts principaux de ses côtes, à ce point de vue particulier, sont : d’abord leur orientation Ouest-Est qui les expose directement aux vents les plus fréquents et les plus redoutables, ceux du Nord-Ouest et du Nord-Est et l’absence de ces petits havres bien abrités qui offrent aux pêcheurs des refuges sûrs en cas de mauvais temps ; en second lieu l’étroitesse de la plateforme littorale et la forte déclivité des fonds qui restreignent le domaine des espèces sédentaires recherchées pour la consommation et le champ d'exploitation de la pêche côtière, la seule pratiquée par la population maritime. Sur les 350 kilomètres de développement que présente le littoral du quartier d'Alger (syndicats de Tenès, Cherchell, Castiglione, Alger et Dellys), la ligne des profondeurs de 100 brasses (182 mètres), qui marque approximativement la limite de la faune sédentaire du « poisson blanc », et de la zône accessible aux filets traînants des barques de pêche non munies d’un outillage perfectionné, se maintient à peu près parailèle au dessin général de la côte et à une faible distance, deux à trois milles ?. Aucune comparaison n’est donc possible avec les conditions qui se trouvent réalisées sur nos côtes de l’Atlantique, de la Manche et de la mer du
4. Dr C. Viguier. Sur les conditions de la pêche en Algérie. Paris, 1906, p. 1-34.
2. Idem. Voir le tableau des p. 27-28 et les planches 1v et v. Les distances extrêmes sont : en face de Tipaza (13 k.), de Maison-Carrée dans la baie d’Alger (9 k. 5) ; par ailleurs, par le travers du cap Caxine on trouve 460 mètres à 3 k. 6, de la Pointe Pescade, 300 mètres à 2 k. 6, du cap Matifou, 390 mètres à 3 k. 9, du cap Bengut, 320 mètres à 1 k. 6, du cap Tedlès, 550 mètres à 3 kilomètres.
Nord. Mais par contre on ne saurait nier que d’autres conditions physiques, entre autres la température et la luminosité, favorisent le séjour et la multiplication des espèces errantes offertes à la pêche de surface du « poisson bleu », dont la sardine, l’allache et l’anchois sont les représentants les plus connus et les plus recherchés !. On a pu dire sans exagération que la sardine est ici un animal permanent dans les eaux superficielles ?.
Ces conditions imposaient une exploitation rationnelle de la mer, fondée sur des études scientifiques sagement réglementée, poursuivie, dans des limites de surface et de profondeur judicieusement établies, avec des moyens, bateaux et engins, et un personnel susceptibles d’assurer le maximum de rendement compatible avec la conservation des ressources. Or il n’en a rien été pendant trop longtemps.
Les études entreprises dans un but pratique n’ont vraiment commencé que vers 1890, avec la création de la station zoologique d'Alger, annexe des Écoles Supérieures à laquelle est venue s’ajouter, en 1922, la station d’aquiculture et de pêche de Castiglione 5. L’Algérie a pris une part de plus en plus active au mouvement de rénovation qui entraînait la Métropole, et ce n’est certes pas un événement sans importance pour elle
1. Sur la faune des eaux algériennes, voir A. Gruvel. Les pêches maritimes en Algérie. Paris, 1926, ch. III, p. 39-48.
2. Dr J. P. Bounhiol. La contribution maritime à la production économique de l’Algérie. Alger, 1921, p. 9-10. Un témoignage concordant, d’origine moins scientifique, émane d’un Syndic préposé de Cherchell qui, en réponse à un questionnaire, écrivait en 1908 : « La sardine semble être devenue sédentaire. » (Communiqué par M. l’Administrateur de l’Inscription Maritime Cangardel).
3. L’Exposé de la situation générale de l'Algérie, publié annuellement donne depuis cette date un bref résumé des travaux de cette station.
que la tenue à Alger, en avril 1927, du Xe Congrès national des Pêches et Industries maritimes organisé par la Société d’enseignement professionnel et technique des pêches !. Sans études approfondies, la réglementation ne pouvait guère être qu'incertaine et capricieuse. Elle fut longtemps absente ?, Elle s’imposait cependant dès ie début de notre occupation d'autant plus que la population se livrant à la pêche était en majeure partie une population étrangère — italienne à Alger # — le plus souvent sans attaches avec le pays, ignorante, routi nière 4, et uniquement préoccupée de tirer immédiatement aux frais minimum le maximum de profit. Elle a amené avec elle son matériel de balancelles et de barques provenant de Gênes, de Naples ou de Mahon, les barques étant faites pour une
1. Bulletin trimestriel de l'Enseignement professionnel et technique des Pêches maritimes, octobre-décembre 1927. Orléans, 1927. De nombreux rapports ont été présentés par des personnalités du monde scientifique et maritime de la colomie.
2. Il n’y en eut aucune jusqu’au décret du 22 septembre 1852 rendant applicable en Algérie le décret du 9 janvier sur la pêche côtière en France. On ne tint d’ailleurs nul compte des conditions spéciales de la colonie, ni du climat, ni de la nature des fonds, ni des engins en usage, ni des habitudes locales. (G. Pénissat. La navigation maritime et la pêche côtière en Algérie. Alger, 1889, p. 32-33). Le décret du 5 mai 1888 corrigea cette erreur en remettant au contre-amiral commandant la Marine en Algérie, sauf approbation ministérielle, le soin de prendre par des arrêtés spéciaux, toutes les mesures utiles. Ce pouvoir appartient aujourd’hui au Gouverneur Général.
8. Il y eut au début des Espagnols et des Maltais. Voir p. 580. Il existe dans le syndicat de Castiglione, à Bou-Aroun, un centre de pêche qui est plus espagnol qu’italien d’origine.
4. À. Gruvel, o. c., p. 68-71. L’hostilité du petit pêcheur qui n’est pas toujours le plus intéressant a été longtemps un obstacle au développement du grand outillage et à la modernisation des procédés de pêche.
navigation timide et toute littorale !. D’Italie sont venus et viennent encore les « filets-bœufs » fabriqués à Torre del Greco (golfe de Naples) ou à Atrani (golfe de Salerne), les «tartanelles » et les « lamparos » de Naples, les «sennes » de Gênes ?. On signalait, dès 1861, les ravages commis dans la baie d’Alger et dans ses parages par les filets traînants des bateaux-bœufs italiens, dont les équipages, vivant en parasites sur les eaux algéroises, apportaient de leur pays d’origine, non seulement leur sel, mais leurs vivres et leur vin entreposé à la Douane * ; on les accusait d’avoir ruiné l’industrie de la pêche à la ligne «exercée autrefois par mille pêcheu:s Maures ».
À Alger, comme dans les autres ports de la colonie, il y a eu des changements importants depuis cette époque. Tout d’abord, une partie au moins de la population napolitaine a été
1. Idem, p. 74-77. Il en est encore ainsi, du moins pour les balancelles et les barques ; il est regrettable que l’on ne construise pas à Alger tout cet outillage. Les chalutiers à vapeur viennent d’Espagne ou de France. En 1925 sur 10 paires de chalutiers-bœufs armés à Alger, 7 avaient été construits à Vigo, 1 à la Seyne, et 2 à Marseille. (A. Gruvel, o. c., p. 109-110).
2. Dr C. Viguier, o. c., p. 29-46, où l’on trouvera une fidèle description des divers engins. Quelques filets, « sardinals » et « tramails » sont fabriqués à Alger, mais avec du fil de coton et de chanvre importé d’Italie.
3. Arch. M., 16 août 1861. Il s’agissait de répondre à une pétition de quatre capitaines italiens de balancelles protestant contre un arrêté du Gouverneur Général qui interdisait la pêche au bœuf. Ils déclaraient exercer cette industrie depuis 28 ans et avoir armé jusqu’à onze bateaux. Les affirmations de plusieurs membres du Conseil relatives à la pêche pratiquée par les Indigènes sont particulièrement intéressantes. S’il ne peut être question d’attribuer aux Indigènes de l’Algérie les exploits maritimes des corsaires, Levantins ou Européens renégats, il est possible par ailleurs qu’il ait existé en effet à Alger une petite population indigène de pêcheurs que l'invasion et la concurrence des Italiens a découragée et peu à peu éliminée. Il existe à l’heure actuelle un armateur indigène.
absorbée par la naturalisation, l’armement ayant été réservé en 1886 aux Français et la pêche même ayant été interdite aux bateaux étrangers dans les eaux territoriales de l’Algérie par la loi du 17 mars 18881. Les effets ont été immédiats : le nombre des pêcheurs d'Alger français ou naturalisés est monté, entre 1886 et 1888, de 513 à 882 ? ; depuis cette époque il a sensiblement augmenté. La population n’a d’ailleurs guère changé de caractère. En 1909, sur 2.829 inscrits du Syndicat d'Alger, du Mazafran au cap Djinet, on relevait 2.337 naturalisés ou fils de naturalisés, 250 Français d’origine et 242 Indigènes. Sur 89 marins levés pour la marine de l’État, 78 étaient d’origine étrangère, et dans ce nombre figuraient 65 illettrés. Aucun de tous ces marins ne put être pourvu d’un brevet de spécialité 5. On constatait d’ailleurs dès cette époque que les Français d’origine ne pêchaient pas, mais naviguaient au cabotage ou au bornage ; ils se désaffectionnaient de plus en plus du métier de marins. Quant aux Indigènes, ils faisaient de la petite pêche ou plus souvent du batelage dans le port même. On comprend dès lors la difficulté, l'intérêt, la nécessité qu’il peut y avoir à éduquer une population de ce genre, tant par l'instruction primaire que par l’instruction professionnelle : on ne l’a pas négligé, tout un programme est en cours d’exécution, mais ce sera une œuvre de longue haleine 4. Ce n’est là
4. H. Garrot. La colonisation maritime en Algérie. Alger, 1900, p. 50-51.