CHAPITRE II
Alger ne peut assurément prétendre au titre de ville industrielle, si l’on entend par là une viile où l’industrie est un facteur essentiel de sa vie économique et où elle contribue pour une part très-importante, sinon pour la plus grande, au groupement de la population, à l’afflux des capitaux et au mouvement commercial. On peut estimer à environ 18.000 : le nombre des ouvriers employés dans les usines et ateliers divers de la capitale algérienne ; or, seule l’industrie des tabacs en rassemble plus de 1.000 ?, et par ailleurs, elle est aussi la seule
1. La documentation statistique que nous avons utilisée ici nous à été, pour la plus grande part, fournie par les inspecteurs du Travail, Me Gautier et M. Verne ; nous levr devons en outre des renseignements précieux sur le caractère et le mouvement des industries d'Alger. Grâce à leur obligeance, nous avons pu mettre à jour les chiffres fournis par la Statistique industrielle de l’ Algérie publiée par le Gouvernement général de l'Algérie (Alger, 1926). Voir aussi S. Laboubée, Notes sur l’industrie en Algérie, Alger, 1917, ouvrage édité sous le patronage des Chambres de commerce. Dans le chiffre de 18.000 ouvriers, nous ne comptons ni la main d'œuvre utilisée par les divers entrepreneurs, ni celle des boulangeries, pâtisseries, des ateliers de confection du vêtement civil, de la couture et de la mode.
2. En 1928, ces manufactures ont occupé 1.828 ouvriers des deux sexes.
qui figure dans les exportations du port pour un chiffre digne d’être mentionné. Il existe néanmoins à Alger et dans sa banlieue un grand nombre et une grande variété d’établissements et de petits ateliers ; leur multiplication est un fait contemporain trop étroitement lié à l’économie générale de la colonie pour qu’on puisse négliger d’en étudier les modalités et d’en rechercher les causes.
Et tout d’abord, si les données nous manquent pour faire l’histoire de l’industrie algéroise, du moins celles dont nous disposons suflisent pour établir quelques faits intéressants. Les vieilles industries indigènes de la ville, que nous avons mentionnées plus haut?, ont succombé comme il était inévitable, sous la concurrence des produits européens et par suite de leur impuissance à répondre aux besoins et aux goûts de la nouvelle population.
Il en a été ainsi de toutes celles qui se rattachaient à la construction et au bâtiment : fours à chaux, briqueteries, charpente, menuiserie, ferronnerie, serrurerie. Tous les ustensiles d’usage domestique que fabriquaient les potiers, les chaudronniers, les fondeurs, les batteurs de cuivre et les étameurs d’Alger ont cédé la place à la quincaillerie européenne ;
Les ateliers des compagnies de chemin de fer et de tramways sont bien mentionnés dans la statistique officielle de 1926 (0. c., p. xciv) comme en ayant employé 1.123 ; mais il s’agit ici surtout de réparations et non d’une industrie vraiment créatrice. Pour celle des tapis, le même document donne le chiffre de 1.408 ; mais dans ce nombre figure une proportion importante d’enfants indigènes qui ne sont que des apprenties.
1. 58.752.000 francs de tabacs fabriqués en 1927. (Doc. stat. Port d'Alger, 0. c., 1926, 27, p. 480-481). La valeur totale des exportations du port était de 1.554.434 Mf.