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aux Kabyles du soin de ravitailler leur capitale, qui se trouvait parfois menacée de la disette et littéralement bloquée par les tribus. Si quelques produits du pays réussissaient à sortir par le port d'Alger, c'était grâce aux Juifs et aux rares maisons européennes établies à Alger. Du reste, les gouvernants n’avaient même pas pris la peine de le relier à l’intérieur par des routes convenablement entretenues : au début du xix® siècle, celle de Blida était la seule qui fût praticable au charroi ; toutes les autres n’étaient que de mauvais sentiers. Alger restait ainsi enfermé dans le cadre naturel Le plus étroit, tel que nous l’avons décrit au commencement de cette étude, sans que pût jouer aucune des circonstances qui devaient concourir plus tard à en faire un centre économique.
L’Alger des Français a pris la succession de celui des Turcs comme capitale politique et administrative, sans que l’on puisse d’ailleurs établir la moindre analogie entre les liens qui unissent le gouvernement de notre colonie à celui de la Métropole et le lien de suzeraineté purement nominale qui rattachait si mal la Régence à la Sublime Porte. Siège du Gouvernement général de l'Algérie et des Délégations financières, Alger est aussi le centre de tous les services administratifs et Judiciaires.
C’est incontestablement aussi la capitale militaire; le commandement de la x1x° région s'étend au Sud jusqu'aux limites du Sahara Soudanais ; Alger est d’autre part le centre de la défense des côtes de l’Afrique du Nord. Certes, en tant que place et que port de guerre, malgré l’importance de sa garnison, Alger ne réalise pas la conception qui prévalut pendant plus de vingt ans lorsqu’au lendemain de l’occupation, on songeait à en faire un Toulon africain. Nous avons
montré combien cette fausse destination, explicable en son temps, fut préjudiciable aux intérêts urbains ; elle le fut certainement beaucoup moins au port, qui en tira le bénéfice d’une superficie considérable pour l’époque.
Cette conception d'Alger comme une ville essentiellement militaire a dû céder devant une autre, parce que la colonisation, la mise en valeur de l’arrière-pays, l'exécution des grands travaux publics lui ont donné une signification nouvelle et en ont fait ce qui jamais n’avait été réalisé avant notre occupation : une grande place de commerce, une porte de sortie pour les produits d’une vaste région. À ce point de vue, Alger est bien, non seulement une capitale régionale, mais aussi la capitale économique de l'Algérie. Sa position géographique n’a pas été une circonstance secondaire, parmi celles qui ont contribué à lui conférer ce rôle. Après la conquête et la pacification du Tell, l'ouverture des routes et la construction des voies ferrées en ont fait un centre d’attraction et de rayonnement, en relation avec des régions de ressources variées : 1l n’est pas un produit du sol ou du sous-sol de lAIgérie qui ne soit ou n’ait été représenté parmi les marchandises amenées de l’Ouest, du Sud ou de l'Est sur les quais de son port ; nous avons vu par ailleurs qu’Alger est un vaste entrepôt distributeur des produits importés. Assurément il y a, pour le commerce algérien, d’autres capitales régionales. Oran en est une, qui a même l’ambition de dépasser Alger ; son port est arrivé à conquérir le premier rang par le tonnage de jauge ; dans son hinterland se révèlent des ressources plus variées que celles de l’hinterland algérois, et du côté du Maroc les horizons ouverts au commerce oranais apparaissent plus étendus que ceux de l’Ouest algérois, borné par les fron-
tières commerciales de l’Oranie que se disputent les deux places rivales. Mais, du côté de l'Est et malgré l’existence de deux centres, le marché de Constantine et le port de Bône, les affaires d'Alger débordent hors des limites de la colonie et son rayon d’action s’étend jusqu’à Tunis même.
Par le chiffre de sa population, par le groupement humain dont l’agglomération dépasse les limites de la commune, Alger justifie pleinement son titre de capitale, au sens absolu et relatif du terme. Des 45 hectares qui suflisaient, en 1830, à contenir sa population de 30.000 habitants, la superficie couverte de constructions denses est passée à environ 1.500 où sont abrités plus de 270.000. Et ce n’est pas seulement par cette supériorité numérique qu'Alger se révèle la ville la mieux qualifiée pour être le premier centre du peuplement algérien, mais par la composition même de sa population et par le dosage des éléments dont elle est formée : c’est là en effet que les éléments d’origine européenne sont distribués selon les proportions les plus voisines de celles qui les représentent dans le peuplement de la colonie entière, dont elle est ainsi une image fidèle ; quant aux Indigènes, ils n’y sont ni en majorité comme à Constantine, n1 en très faible minorité comme à Oran. Le premier de ces deux faits est évidemment la conséquence d’une position centrale par rapport à l'Espagne, à la France, à l'Italie et à Malte. Alger est en outre la ville la plus tentaculaire de l’Algérie ; on a vu combien forte est sa puissance d'attraction sur les populations indigènes, bien au-delà des limites du département. Enfin, c’est la véritable capitale du
1. Dans l’exercice 1926-27, les effets sur Tunis escomptés à Alger ou reçus à l’encaissement par la Banque de l’Algérie ont représenté la valeur de