El Bekri, o. c. p
2. L'auteur, comme Ibn Hawkal, ne désigne qu’une île, « allongée de l’Est à l'Ouest ». Or, lorsqu’en 1530, Kheir-ed-din Barberousse entreprit de construire son port, il y avait, sur l’emplacement actuel de l’Amirauté, quatre îlots formant un groupe dont l’axe était Nord-Sud. Il est possible que ces deux auteurs ne parlent que de l’îlot principal, le plus méridional, qui projetait en effet un pédoncule vers l’ouest. Il est possible aussi que les îlots n’en aient formé qu’un seul au x° et au x1® siècle ; la présence dans leur voisinage de nombreux écueils, entre une île et le pied de la ville, celle de l’îlot AI Djafna plus au Sud, sufliraient à expliquer la dénomination du site « EI Djezaïr », au pluriel. La trace des quatre îlots était en tous cas suffisamment visible, à la fin du x vie siècle pour que M. de Vauvré, officier de l’escadre de Duquesne les ait dessinés dans leurs contours respectifs sur un plan adressé le 5 déc. 1681 au Ministre de la Marine (Arch. Serv. Hyd. Mar. Port ef. 106-6, n° 11), et que l’on trouvera reproduit dans Sander-Rang et Ferdinand Denis. Fondation de la Régence d'Alger. Paris. 1837, p. 359-365. Les marins fréquentant le mouillage devaient certainement désigner l’abri naturel par le singulier El ou al Djezira. La carte Pisane de la Bib. Nationale (1275-1300) porte cette dénomination sous la forme Algizera (B1b. Nat. Cartes. Ge B. 1118) que les Italiens ont dans la suite déformée, pour en faire Zizera ou Zizara, par exemple dans l’Atlas génois de Pietro Vesconte (1318) (Bib. Nat. Cartes. GeDD 687 et GeDD 2913).
les marins de l’Ifriqiya, de l'Espagne et d’autres pays »1. Edrisi, au xn® siècle (vers 1150) parle d’EI Djezaïr comme d’une ville « très peuplée, dont le commerce est florissant, les bazars très fréquentés, les fabriques bien achalandées », et de ses environs comme produisant beaucoup de beurre et de miel » exportés au loin » 2.
Il est permis de supposer, même en admettant ces témoignages, qu’elle avait déchu, lorsque le roi de Tlemcen Abou Hammou I l’annexa en 1313. Aboul Feda n’en dit pas un mot dans sa « Description du Maghreb », à la fin du xrrre siècle ?, bien qu’elle soit indiquée sur les Portulans, à cette époque et au commencement du x1v® (1318) 4, Sans doute les révoltes
1. El Bekri, comme d’ailleurs aussi Edrisi, fait sans doute allusion au commerce que Marseille, Gênes, Pise, Naples et la Sicile faisaient au x1e et au xr1° siècle avec le royaume des Zirides, dont les ports étaient les « échelles » de la navigation entre l'Égypte et l'Espagne. Mais Bougie (Badjaïa) fondée en 1068, capitale des Hammadites, éclipsait El Djezaïr, au témoignage même d’Edrisi ; elle figurait parmi les cinq ports ouverts en 1186 au commerce des Pisans par l’Almohade El Mansour (De Mas Latrie. Relations et commerce de l'Afrique Septentrionale ou Maghreb avec les nations chrétiennes au Moyen- Age. Paris. 1886, p. 94-95).
2. Edrisi. Géographie. Traduction Jaubert. Paris 1836, tome I, p. 235.
3. El Djezaïr n’est pas mentionné non plus en 1255 dans les statuts municipaux de Marseille, où il est question en revanche du commerce de ce dernier port avec Bougie (De Mas Latrie, o. c. p. 95).
4. Les plus anciens documents cartographiques connus sur lesquels figure une transcription européenne d’ « EI Djezaïr » sont : un portulan du xnre siècle conservé à Gênes, l’Atlas de Tammar Luxoro (ou Luxoros) et la carte Pisane de la Bib. Nationale que l’on date de la fin du siècle. Puis viennent dans la première moitié du xrve, l’Atlas de Pietro Vesconte (1318) et le Portulan d’Angelino Dulcert (1339) (Bib. Nat. cartes. GeB. 696). On trouvera la reproduction du premier et du quatrième dans A. E. Nordenskiold. Periplus an essay of the early history of charts and sailing directions. Translated from the swedish original by Francis À. Bathars. 2 vol. Stockholm. 1907, tome I,
contre les Almoravides ou les Hafsides, les sièges que dut soutenir la ville, l'insécurité consécutive aux guerres lui avaient été funestes. Du moins son port, s’il ne participait plus au commerce général de la Méditerranée, servait-il de refuge à la piraterie, que les musulmans n’étaient pas d’ailleurs seuls à pratiquer. Il compte, en 1300, parmi les places où le Prieur Général de la Merci, Raymond Albert, racheta des esclaves chrétiens t.
Cependant, au xrv® siècle, alors qu’à la faveur des luttes entre les Mérinides de Fez, les Zayanides de Tlemcen et les Haïfsides de Tunis et de Bougie, la tribu arabe des Thaaliba, venue de la Mitidja, s’était rendue maîtresse de la ville, le commerce européen en avait repris le chemin, s’il l'avait jamais perdu. Les tarifs de Barcelone font, à cette époque, mention des laines et des peaux d’Alger La cire d’Alger
XVIII et VIII; celle des deux autres dans Jomard. Les monuments de la géographie. Paris (s. d.), pl. XI et IX. Voir aussi Charles de la Roncière. La découverte de l'Afrique au moyen-äge. Cartographes et explorateurs. 2 vol. Le Caire 1925. Au tome I, pl. IX figure le planisphère gênois de Giovanni di Carignano, daté de 1320 par l’auteur, où on lit Zizera sur l’emplacement d'El Djezair.
1. De Mas Latrie, o. c. p. 278. Cet ordre avait été fondé à Barcelone en 1218, à l’imitation de celui de la Trinité de la Rédemption ou des Mathurins, créé à Marseille par Jean de Matha.
2. M. F. Elie de la Primaudaie. Le commerce et la navigation de l’ Algérie avant la conquête française. Paris. 1861, p. 186-187. Le nom d’Alger que nous écrivons désormais sous cette forme française, était bien la forme sous laquelle les marins Catalans désignaient, dès le x1v® siècle au moins, le port d’El- Djezaïr, avec la prononciation Aldjère ou Alguér. Nous avons essayé ailleurs de démêler l’origine de notre transcription française (Revue Africaine n° 326- 327, 17 et 22 trimestres 1926. Alger. R. Lespès. L'origine du nom français d’« Alger » traduisant « El Djezaïr »). L’examen des anciens documents cartographiques nous a conduit à cette conclusion : c’est au xvi siècle seulement
se vendait aussi en pains dans les ports européens de la Méditerranée occidentale. Il s’était constitué dans cette ville, par le commerce, toute une bourgeoisie qui dirigeait une petite république municipale.
Au xv® siècle, il existe des relations suivies d'Alger avec l’Aragon et la Catalogne, avec la Toscane, où les Florentins, définitivement vainqueurs de Pise depuis 1407, prennent la succession de leurs rivaux, avec les ports de Livourne et de Porto-Pisano, avec Venise dont le commerce grandit au détriment de celui de Gênes, et certainement aussi avec les Maures d’Espagne. Les vaisseaux de Barcelone, de Collioure, de Canet, de Port-Vendres, apportent des draps en échange des cuirs et de l’huilet. Les galères des Florentins, naviguant par deux — précaution prise contre les pirates et imposée par les règlements de la Seigneurie ? — font le tour de la Méditerranée occidentale par Tunis, Bône, Collo, Bougie, Alger où elles séjournent trois jours, Oran et Barcelone. Celles de Venise, organisées en un convoi qui forme « la grande conserve de Barbarie », exécutent en été une tournée analogue et mouillent pendant quatre jours dans notre port. Elles lui que se sont individualisées et fixées pour les différents peuples européens, les transcriptions diverses du nom arabe. Les géographes et cartographes Catalans, les Juifs maiorquins tout particulièrement, ont eu une influence considérable dans l’adoption de la forme-type, dont les autres, notamment les françaises paraissent bien être dérivées. La transcription « Alger » figure sur la carte Catalane dite de Charles V (1375), dont l’auteur était le Juif majorquin Abraham Cresques, d’une famille de cartographes. Sur l'Atlas de Tammar Luxoro (xrri siècle) on lisait déjà Alguer. Au xv® siècle, la forme « Alger » était d’un usage courant chez les géographes catalans, et assurément parmi les navigateurs, leurs inspirateurs.