‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 65 sur 465 · Père Dan (0. c., p · texte numérisé non relu

Père Dan (0. c., p

2. Paul Masson (0, c., p. 155-156). Les Juifs « Francs » étaient sous la protection des consuls, du consul de France en particulier, ils jouaient le rôle de « censaux » courtiers et agents de change, comme dans les échelles du Maroc, avant l’établissement de notre protectorat. Voir Bloch (0. c., p. 115) au début du x1x® siècle. Joseph Bacri était censal d’Espagne, faisant des avances au consul et avait des correspondants à Madrid. En 1795, le roi d’Espagne accordait aux frères Bacri une gratification, à titre de récompense pour leurs services ; en 1804, lorsque Marie-Louise de Parme devint reine d’Etrurie, 1ls firent recommander par le roi d'Espagne à la nouvelle souveraine leur frère Salomon, négociant à Livourne.

3. Haddey, 0. c. donne des listes de chargements, copiées dans les manifestes conservés aux archives du Consulat de France. On y voit figurer du sucre, du café, du cacao, de la cannelle, de la muscade, de la girofle, des bois des Indes, des peaux de tigres, tous produits qui ne pouvaient être originaires de la Régence ni même de l’Afrique. Pour le transport, les Juifs nolisaient des bateaux portant le pavillon d’une puissance protégée par les traités conclus avec le beylik ; ainsi s’explique le grand nombre de « polacres », de « pinques », de « tartanes », de « barques » armées sur nos côtes, commandées par des capitaines français, inscrites à Marseille, à Toulon, à Frontignan, à Martigues, à Cassis, à la Ciotat, à Sixfours, à Saint Tropez. Ce sont d’ailleurs de petits bateaux de 40, 50, 60 tonneaux ; de temps à autre seulement

400 0/,. À la fin du xvu® siècle, les marchands chrétiens en faisaient aussi des cargaisons pour les Antilles. Les bateaux capturés, quand ils n’étaient pas réarmés par les corsaires pour leurs entreprises, où quand ils n’étaient pas démolis, étaient vendus à des Juifs ou à des Européens, parmi lesquels on voit figurer avec quelque surprise des personnages officiels, des consuls anglais, des vice-consuls, des chanceliers, des interprètes Français !. Les lingots d’or et d'argent et les monnaies étaient, comme de juste, le butin le plus apprécié ; les Juifs en faisaient le change avec des bénéfices considé-

rables ?.

En dehors de ce commerce interlope, qui dura jusqu'aux

figure quelque brick de 150 tonneaux. Seuls les Busnach, les Bacri, les Bouchara achètent et font naviguer des bâtiments d’une jauge supérieure ; on en voit mentionner un de 350 tonneaux en 1797. Les chargeurs sont d’ailleurs nombreux pour un tonnage souvent minime. Il paraît bien s’être fait, à l’occasion de ce commerce, un trafic de passeports destiné à protéger des bâtiments non couverts par les traités (Mémoire du consul de Kercy, 0. c., p. 99). Les opérations commerciales sont faites parfois sous des noms d’emprunt, « pour certaines raisons de négoce », disent les actes d’enregistrement. Benjamin Zacuto est en relation avec Livourne sous le nom de Alexandre et Philibert Léon. Les frères Molkou s'appellent communément en 1723 Angelo et Manuel Enriquès.

1. Albert Devoulx. Le registre des prises maritimes, o. c. passim. En 1675 et 1676, le consul anglais figure comme acheteur. Voir surtout, du même auteur, le Relevé des principaux Français qui ont résidé à Alger de 1686 à 1830. Revue Africaine, XVI. En 1748, un certain Dengallière, commerçant et chancelier, expédie à Marseille deux chargements de morue, provenant d’un navire français pris par les Algériens. Un autre Marseillais, Paul, fait un envoi du même genre provenant d’une prise opérée sur un bateau de Saint-Malo.

2. Gramaye (0. c., IT, IX), parle de deux changeurs Juifs d'Alger, qu’il pourrait nommer, et qui ont acquis ainsi une fortune de 180.000 ducats, Le ducat valait 11 à 12 francs.

derniers temps de la Régence, le trafic d’exportation eut toujours pour objets principaux les cuirs, la cire et la laine 1. Les deux premiers articles, les plus lucratifs, furent de bonne heure accaparés par les souverains d'Alger qui les écoulaient par l’intermédiaire des Juifs ou en vendaient le monopole à une maison de commerce étrangère ?. L’exportation des denrées alimentaires, surtout des grains et des huiles, n’était

autorisée qu’exceptionnellement, par crainte de la famine ;

les Anglais eurent cependant le privilège d’en acheter, en échange des armes, de la poudre et des munitions de guerre, que, dès la fin du xvi® siècle, la « Compagnie des vingt vaisseaux » introduisait en Barbarie 5. Les Hollandais, fournisseurs de la marine algérienne, bénéficièrent dans la suite de la même faveur. Outre ces produits, Alger exportait aussi des raisins secs (passerille), des figues, de l’alpiste, des dattes #,

1. Laugier de Tassy (0. c., p. 87-88) qui a servi souvent de source aux auteurs postérieurs.

2. Venture de Paradis (0. c., p. 17) cite pour les cuirs (la Maison Française » qui expédie annuellement sur Marseille 20 à 25.000 peaux et 300 à 400 quintaux de cire.

3. Paul Masson (0. c., p. 1397). En 1738, Shaw affirme que les exportations de Barbarie se bornent à du blé, et qu'avant la prise d'Oran par les Espa- .gnols (1732), il en sortait 7.000 à 8.000 tonneaux. En 1725, Laugier de Tassy écrit d’autre part que le consul anglais est à Alger «le seul marchand de sa nation ». Il fournit le gouvernement algérien de munitions de guerre et d’appareils servant à la navigation et reçoit en échange de l'huile, du blé, et autres marchandises dont l’exportation n’est permise qu’à lui. Ces denrées étaient destinées à l’approvisionnement de Gibraltar. (G. T. Raynal, o. c., p. 132). Ce dernier auteur signale que «les Espagnols obtiennent maintenant (1788) un peu de grains qu’ils pourraient sans beaucoup de peine obtenir de leur propre sol ».

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