Ces denrées sont mentionnées par Gramaye (L. c
des plumes d’autruche !, quelques tissus indigènes « bouracans » de laine grossière et ceintures de soie fabriquées dans la ville même et destinées à Tunis ou à l’Anatolie, des bonnets ou calottes de laine (chechias) vers le Levant, du vermillon vers Tunis et l'Égypte ; notons aussi le tabac des environs d'Alger « très-bon et très-doux à fumer », expédié sur Tunis et Tripoli et quelques articles originaires de l’Orient et transitant à destination du Maroc ?.
À vrai dire, tout ce commerce d'exportation était de fort médiocre importance. Les articles sont nombreux, le tonnage est très-faible : en 1789, il représentait à peine le chargement d’une quinzaine de bateaux ÿ. Marseille, Livourne et Gênes s’en partageaient la plus grande partie. Le gouvernement de la Régence ne faisait rien pour en faciliter le développement. Au fur et à mesure que les bénéfices de la course diminuaient, les souverains avaient multiplié les monopoles, accaparé les principaux produits, le blé, l’orge, l'huile, la laine, les cuirs, la cire, le sel, revendus avec des bénéfices de 50 à 60 0/, 4. De là sans doute l’influence croissante acquise par les Juifs auprès du beylik dont ils étaient les intendants, les monnayeurs,
1. Venture de Paradis (0. c., p. 38). signale que cet article a pris une certaine importance depuis 25 ans (1774 par conséquent). Il arrive par le Mzab, où les Maures et les Juifs vont le chercher pour l’expédier à Livourne. Selon Shaler, l’origine en était Ghadamès où les Mozabites entretenaient des relations commerciales.
2. Idem, p. 15, 17 et suivantes et G. T. Raynal, (0. c., p. 130-132).
3. D’après Venture de Paradis qui compte annuellement cinq ou six bâtiments chargeant des cuirs, le même nombre pour la laine (7 à 8.000 quintaux), un pour l’huile, deux pour les autres marchandises.
4. W. Shaler (0. c., p. 102) « Par ce système du monopole et par la prohi-
bition mise sur l’exportation des produits indigènes, le gouvernement a ruiné le commerce et presque anéanti l’agriculture dans le royaume ».
les comptables, les courtiers, les interprètes 1 ; de là la réaction sanglante qui amena le 28 juin 1805 le massacre de quarante-deux membres de la communauté, parmi lesquels Nephtali Busnacb, le plus riche et le plus puissant, apostrophé et assassiné par un Jamissaire comme étant « le roi d’Alger 2.»
Les entraves qui paralysaient le commerce et en supprimaient la liberté, en le monopolisant au profit de quelquesuns, se compliquaient de l’abus des prohibitions de sortie, instituées bien moins pour sauvegarder le ravitaillement de la Régence que pour exploiter le revenu des licences d’exportation. Il faut y ajouter, sans parler des frais et des risques de la navigation, les droits de sortie, et surtout les mille vexations * auxquelles l’avidité et la mendicité croissante des fonctionnaires du beylik, depuis l’oukil-el-Khardj 4 jus-
1. G. T. Raynal, (0. c., p. 138-146) en réalité Peuchet qui cite lui-même Pananti (0. c.). Les Juifs étaient les fermiers des monopoles. Haddey (0. c.) donne des détails nombreux et précis sur les fonctions officielles qu’ils exerçaient.
2. Voir Bloch et Haddey (0. c.). Cet événement fut suivi d’un exode de quelques familles. 100 personnes s’embarquèrent le 1€T juillet pour Tunis sur un bâtiment français ; le 10 juillet 200 partirent pour Livourne. On peut invoquer ce fait pour expliquer la diminution que l’on trouve entre le chiffre donné par Venture de Paradis (7.000 juifs à Alger) et ceux de Shaler ou de Rozet, en 1826 et en 1830 (5.000) ; au demeurant, on ne saurait raisonner sur ces estimations sans doute toujours discutables.
3. Sur les droits d’ancrage, de douane, sur les pourboires et en général sur toutes les charges pesant sur la navigation, voir Elie de la Primaudaie (o. c., p. 189-192) et sur les chicanes et les vexations le Mémoire du consul de Kercy (p. 97-104).
&. C’était le Ministre de la Marine de la Régence, qui présidait notamment le conseil des reïs, véritable tribunal des prises. Notre consul général Dubois- Thainville dans un mémoire sur Alger (Boutin, o. c., p. 131) qualifie cette
qu’au dernier chaouch, au dernier portefaix du port, exposaient les capitaines venant trafiquer à Alger. On comprend que le commerce européen ne se trouvait guère encouragé à fréquenter cette échelle. Les Juifs, mieux informés, plus souples et plus habitués à ce genre d’opérations étrangères à nos usages qui constitue le négoce des pays orientaux, étaient des concurrents redoutables. Ils en atteignaient la source même, en commanditant la course !, ils en gardaient les débouchés par l’achat des prises, ils accaparaient les transports en nolisant des bâtiments, ils entretenaient dans les ports de la Méditerranée, à Marseille même, des agents qui pouvaient à l’occasion servir d’espions et renseigner les corsaires sur les mouvements de la navigation ? ; le domaine de leur négoce s'était singulièrement étendu au commencement du x1Ix® siècle 5.
On est presque étonné de voir que le commerce marseillais ait pu résister, à Alger, à une pareille concurrence et à de pareilles épreuves. De 1776 à 1787, il est vrai en des années particulièrement tranquilles, notre port a reçu d’Alger pour
assemblée : « Là se déploient toutes les ressources de la chicane, de la violence et de la mauvaise foi ».
1. Haddey (0. c.). En 1720, un d’eux est intéressé dans l’armement de la « Caravelle d’or » commandée par le reïs Chérif. [ls ont des esclaves à eux. Il existait même sous leur surveillance et leur responsabilité un bagne spécial à Livourne où les Algériens pouvaient mettre en dépôt ceux pour le rachat desquels ils traitaient avec les familles (d’Aranda).
2. Laugier de Tassy (0. c., XXIX) cite un certain Soliman (Salomon), Juif Livournais, fermier de la cire, espion, grand-maïître du marché des esclaves, trafiquant en piastres algériennes et européennes.
3. Au xvurrt siècle, ils étaient déjà en relations avec la Communauté d’Amsterdam. En 1798, Bacri charge pour New-York sur un navire dont il est propriétaire. (Haddey).
6.269.250 livres de marchandises, soit une moyenne annuelle de 522.400 ; en 1786, le maximum a été atteint, avec 1.222.320 livres 1. Ce n’est pas le nombre des Français résidant dans la capitale de la Régence ait jamais été considérable ?. Des ordonnances royales obligeaient les marchands français désireux de s’établir dans les échelles de Barbarie, comme d’ailleurs dans celles du Levant, à se soumettre à l’examen de la Chambre de commerce de Marseille qui disposait du droit d’autoriser ou de refuser ; en outre elles leur interdisaient un séjour prolongé au-delà de dix années, pour les empêcher de contracter des habitudes qui les y auraient retenus et pour proportionner le nombre des trafiquants à l'importance du trafic, dans l'intérêt même des concurrents 5%. Certes ces mesures nous paraissent témoigner de conceptions étroites, mais elles semblent parfois avoir été inspirées par le désir de faire obstacle aux commerces louches en honneur à Alger. En tous cas, pendant