Gramaye (o. c., II, X
3. Paul Masson (0. c., p. 362-377). La Correspondance des consuls d’ Alger, publiée par de Grammont, est pleine de récriminations contre la modicité de leurs émoluments et insuffisance du « cottimo », droit perçu sur les navires français commerçant à Alger, qui ne leur rapporte rien.
à dire, en 1738, qu’il est difficile de donner des précisions sur le commerce d'Alger. Il ajoute, ce qui est fort contestable, que «les Anglais ont acheté le monopole exclusif de ce commerce » 1. H cite d’ailleurs une foule de produits importés par eux, en tête desquels figurent, sans la moindre réticence, la poudre à canon, les armes à feu et la pierre à fusil. Viennent ensuite les bois de construction, toutes sortes d'appareils pour la marine, les draps, les étoffes d’or et d’argent, le coton, les toiles, les épices, l’étain, le fer, le plomb, les produits tinctoriaux.
Le commerce avec l'Espagne, pays dépourvu d’industrie, se réduisit, comme marchandises, à quelques importations de vins, d’eaux de vie, de sel, (d’Iviça) de patates, et consista surtout en introduction plus ou moins clandestine de monnaies, réaux et pistoles, qui enrichissaient les changeurs ?. Gênes envoya, du moins au xvi® siècle et au commencement du xvrre, des étoffes de luxe, ses soieries, ses velours, ses damas ; Venise, ses glaces, ses verreries, ses brocarts et probablement des faïences 5. Les Hollandais apportèrent des faïences de Delft, encore visibles sur les murs de quelques anciens palais d'Alger, comme d’ailleurs aussi celles d’Italie {. Beaucoup de produits
4. Dr Shaw (0. c., p. 208). Ce soi-disant monopole est simplement l’échange de bons procédés auquel nous avons fait allusion plus haut. Voir à ce sujet Laugier de Tassy (0: c., XXIX).
2. Haëdo. Top. XXIV. Gramaye (0. c., II, X) «in quibus maximum est Jucrum ». Les seuls produits fabriqués que cite Haëdo sont des « haïks » rouges et des bonnets tissés et teints sans doute par des Maures d'Espagne, des essences odorantes distillées par eux.
3. Haëdo cite en outre les draps, la chaudronnerie, originaire peut-être d’Allemagne, les coffres, le savon blanc.
4. Dans le vestibule de l’ancien palais de Mustapha-Pacha, où se trouve aujourd’hui la Bibliothèque Nationale. L'hôtel de la Division, ancienne
européens ou orientaux ne venaient pas directement de leurs pays d’origine, mais transitaient par les ports de la Méditerranée.
L'Orient, par Constantinople, Smyrne et Alexandrie, expédiait des toiles de coton d’Anatolie, des soieries de Brousse, des « foutas » de Salonique, des ceintures, des caftans, des poignards damasquinés, des tapis, des ustensiles de cuivre, des narghilés, des faïences et des poteries décorées de Rhodes, d'Alexandrie et de Tripoli, et même des porcelaines de Chine et du Japon, tous objets affectionnés des reïs, dont les uns servaient à la parure de leurs personnes ou de celles de leurs femmes, tandis que les autres constituaient le luxe principal de leurs demeures !. Par la voie du Levant arrivaient aussi le café et le riz.
Les pays Barbaresques ne figurent, dans les énumérations des auteurs ?, que pour quelques produits alimentaires, quelques
maison de la laine (Dar-es-soûf) a conservé aussi sur ses murs des revêtements de faïences d’Italie d’une fort belle exécution.
1. On trouve des faïences de Rhodes et même de Perse dans quelques villas des environs d’Alger ayant appartenu à des Tures. (Guiauchain, Alger. Alger, 1905, p. 66-77). La vaisselle de Chine et du Japon n’était pas rare dans les maisons riches (idem, p. 102-103). Les marbres d’origine italienne, colonnes, encadrements de portes, vasques, abondent à Alger ; ils venaient de Carrare par Gênes ou Livourne.
2. Haëdo et Gramaye par exemple qui citent les tissus, les épices et les dattes de Djerba, les huiles et les savons de Tunis, d’où venaient également des « chechias » renommées, le corail de Tabarca, les peaux de chèvre et les lainages grossiers de Constantine, les viandes conservées et le beurre salé de Bône, les raisins secs et les figues de Cherchell, les burnous de Tlemcen, le miel, le savon minéral et le sucre de Fez et du Sous. Tunis expédiait aussi des panneaux décoratifs de faïence inspirés par l’Italie et des carrelages dont le Maroc approvisionnait également Alger. Voir aussi G. T. Raynal. Hist. phil. o. c., II, p. 130 et Abbé Poiret. Voyage en Barbarie. 2 vol. Paris,
étoffes, quelques vêtements, quélques peaux. On est surpris de n’y point voir mentionnés, par exemple, les produits des industries délicates du Maroc, à l’exception des joailleries expédiées par Fez, dont une petite partie était réexpédiée vers l'Orient ou vers les ports de l’Afrique du Nord.
Tout ce commerce, s’il fut jamais bien prospère, déclina grandement lorsque la capitale des corsaires s’appauvrit et se dépeupla. « Le commerce d’Alger est à présent réduit à si peu de chose, écrit en 1725 Laugier de Tassy, qu’à peine mérite-t-1l qu’on en parle ? ». Il en donne d’ailleurs les raisons. « Il vient très peu de marchandises à Alger, quoi qu'il en faille toujours. Les droits onéreux %, l’incertitude des paiements,
1789. — I. p. 121, sur les relations de Collo avec Alger (Mémoire de Hugues, agent de la Compagnie française à Collo). Des bateaux de très faible tonnage, véritables barques, les « sandales », assuraient un petit commerce de cabotage et lé transport du beurre salé, de l’huile, des noix, des figues sèches, chargeant à Alger des étoffes et du sel destiné à saler les cuirs. Ailleurs, comme à Azeftoun, sur la côte Kabyle, ils prenaient du charbon de bois, d’où le nom de « mers-el-feham », le « port du charbon » donné à ce petit mouillage. Ce trafic côtier représentait sans doute un faible tonnage, mais il était certainement actif. En 1838, après une interruption due à l’état de guerre, Alger fut fréquenté par 390 sandales provenant de Cherchell, Ténès, Collo, Djidjelli ; on estimait les marchandises importées à 1.174.577 francs (Tab. de la sit. 1838, p. 179).
1. Les « caravaniers » trouvaient en effet quelquefois du chargement pour Tetuan, Tunis, Tripoli, Alexandrie, Smyrne et Constantinople.