Guiauchain, o. c., p. 71 et suivantes
cour intérieure (oust ed dar, le milieu de la maison) entourée de portiques à arcades ogivales outre passées, supportées par des colonnes !, Les pièces donnant sur cette cour, munies de portes élevées, sont toujours sensiblement plus longues que larges ? ; là se trouvent la salle de réception, la salle à manger, la chambre des provisions et dans un des angles la cuisine, quand elle n’est pas établie sur la terrasse. Le premier étage et le second, quand il y en a deux, reproduisent le plan du rez-de-chaussée : c’est là que se trouvent Îles appartements privés et le logement des femmes. On y accède par des escaliers aux marches courtes et hautes, généralement étroits. Les latrines sont dans un des angles. La couverture de la maison est formée par une terrasse (stah), surmontée souvent d’une petite construction où se trouve une chambre de repos. Cette partie de l’habitation, son belvédère, est un des endroits les plus fréquentés, surtout par les femmes qui y prennent le frais et peuvent même voisiner avec celles des habitations contiguës ; à l’époque de la canicule, on y couche la nuit. Beaucoup de vieilles maisons d’Alger possèdent un puits ou une citerne à, et même les deux à la fois ; dans les plus riches, le milieu de la
4. Dans les habitations des gens riches, ce sont des colonnes torses de marbre, d’origine italienne.
2. Guiauchain suppose que cette particularité tient aux longueurs réduites des rondins de thuya qui en forment le plafond. La nature et les formes du mobilier indigène, divans, coffres, étagères, tapis etc. sont d’ailleurs en parfaite harmonie avec ces dimensions, dont le rapport devient une absurdité pour un mobilier européen. On conçoit difficilement à priori une maison destinée à des « Roumis » qui serait faite exclusivement de couloirs larges et de cabinets exigus.
3. Une tradition voulait que les habitants eussent été obligés par le gouvernement turc à en aménager une dans chaque maison.
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cour est occupé par un bassin surmonté d’une vasque de marbre d’où jaillit un jet d’eau.
Toute la décoration est réservée pour l’intérieur de l’habitation. Les éléments principaux — elle varie d’ailleurs suivant la qualité des propriétaires — en sont les revêtements des murs en carreaux de faïence, les sculptures et les marquetteries des portes, les menuiseries découpées et tournées des balustrades, les lambris des plafonds de cèdre enluminés de peintures délicates, les plâtres incrustés au fer chaud et découpés en dentelles et en pendentifs. À l’extérieur, aucune recherche, sauf dans l’ornementation de la porte encadrée de marbres sculptés et abritée par un auvent portant une toiture de tuiles vertes. Les murs blancs ! et nus se dressent, sans autres ouvertures que de petites baies grillagées. Tout a donc été combiné pour faire de la maison le véritable refuge de l'intimité et pour l’isoler de la rue. Comme l’ont remarqué les étrangers, depuis Haëdo ?, elle n’a de vie extérieure que par sa terrasse ÿ.
Il n’entre pas dans notre sujet de décrire les monuments,
1. Laugier de Tassy (0. c., p. 180) affirme « qu’une loi oblige les Algériens de blanchir tous les ans leurs terrasses et leurs appartements ».
2. Haëdo. Top., ch. X. Il remarque que l’on pourrait parcourir toute la ville en passant d’une terrasse à l’autre, que les femmes se rendent ainsi visite par cette voie, empruntée d’ailleurs aussi par les voleurs. Rozet (0. c., p- 27) objecte qu’il y a de petits murs de séparation, des différences de niveau et qu'il est impossible de faire beaucoup de chemin.
3. Pour apprécier la différence qui sépare la maison indigène de la maison européenne, il suflirait de constater le peu de parti que les Européens ont tiré pour l’agrément du moins, des terrasses de leurs constructions. Dans la ville indigène, les terrasses sont restées des lieux de réunion ; dans celle des Européens, on en a fait des buanderies et l’on a superposé à la masse des maisons toute une autre ville de cabanes dont l’utilité pratique ne ne fait pas oublier la laideur.
de l’ancien Alger. Notons seulement en passant la pauvreté de ceite capitale, à ce point de vue particulier. On ne s’en étonne pas d’ailleurs en songeant à l’origine et aux préoccupations de ses maîtres !. Les monuments publics d’Alger se réduisaient aux monuments religieux, mosquées et marabouts ? et à quelques fontaines. Car ni les palais, même la maison «du Roi », la Djenina 3, ni les «casseries » ou casernes des Janissaires 4, ne pouvaient, du moins par leur aspect extérieur, Justfer cette dénomination.
1. La richesse de certains palais ne doit pas faire oublier l’origine composite et le plus souvent exotique de leur décoration et de leur mobilier, C’est avec raison qu’on a pu écrire : « L’art de l’Alger turc est, dans une large mesure, un art d’écumeurs des mers » (G. Marçais. Histoire d'Algérie de S. Gsell, G. Marçais, G. Yver. Paris, 1927, p. 184). Lanfreducci (0. c., p. 539) déclare qu’il n’y a pas d’édifices ordonnés.. Les meilleures habitations de la ville sont celles des gouverneurs et deux ou trois mosquées.
2. Voir sur ce sujet. Albert Devoulx. Les édifices religieux d'Alger. Revue Africaine, tome VI-XIIT, du même : Notes historiques sur les mosquées d’Alger, Revue Africaine, IV-V et Etudes sur les époques romaine, arabe, turque, Revue Africaine, XX-XXI. Haëdo (Top. XXXIX) parle de 100 mosquées, grandes et petites, dont sept principales ; Laugier de Tassy, en 1725 (o. c., p. 178) signale 10 grandes mosquées et 50 petites ; ce sont les chiffres que donne Rozet, pour 1830 (o. c., p. 47). Ce mot de mosquées désigne d’ailleurs souvent des marabouts très modestes. En tous eas, aucune gravure ancienne n’évoque l’impression de monuments religieux aussi nombreux et importants qu’on l’a prétendu quelquefois. Exception faite de la Mosquée Nouvelle de la Pêcherie (Djäâma el Djedid), de la grande Mosquée (Djâma el Kebir) de la Ketchaoua convertie en cathédrale, de la Mosquée de Mezzomorto dont le minaret était le plus original, peut-être de la Mosquée Es-Sida et de la gracieuse Mosquée de Sidi Abd-er-Rahman, l'architecture religieuse d'Alger était particulièrement médiocre.
3. Laugier de Tassy (0. c., p. 212 et suivantes) en donne une description détaillée.
4. Rozet (0. c., p. 41-42) en compte neuf grandes et petites.
L’adduction de l’eau et la construction des fontaines avaient été, parmi les travaux d’édilité, l’objet principal, et souvent le seul de la solhicitude des souverains. L’accroissement de la population avait, dès les premiers temps de la domination turque, nécessité la solution urgente du grave problème de l'alimentation en eau. Par ailleurs, l’édification des fontaines s’accordait particulièrement avec ce goût que les peuples des pays chauds, les musulmans surtout, ont toujours eu pour ces petits monuments dispensateurs de la fraîcheur. À l’arrivée des Turcs, Alger ne disposait que d’une seule source, celle de la Marine !, de puits saumâtres et de l’eau des citernes ; les Européens s’accordaient pour déclarer que la ville pouvait être facilement assoiffée 2. Cette situation, particulièrement dangereuse en cas de siège, émut les premiers successeurs de Khew-ed-din. Le premier aqueduc, celui du Telemly, fut alimenté par des eaux captées à une demu-lieue au Sud d’Alger, sur les coteaux dominant la baie, et amenées par des conduites en poterie à ciel ouvert ou souterraines, jusqu’à la ville où elle entrait un peu au-dessous de la Porte-Neuve, pour se répartir entre six fontaines et la grande citerne du Bagne du Roi®.
1. Haëdo. Top., XXXIX. — La source de la Marine est celle dont parle El Bekri (0. c., p. 157). Lanfreducci et Bosio (0. c., p. 159) déclarent que les habitants « vivent à la journée en faisant provision d’eau au dehors » et qu’il n’y a dans Alger qu’une petite fontaine et quelques puits d’eau saumâtre. Leurs renseignements paraissent périmés, à la date où ils écrivent (1587).