Haëdo, Top., ch. XL
plantés d’orangers et de grenadiers, où ils vont passer lété avec leurs familles !, malgré les miasmes de cette plaine marécageuse. Les ouvriers agricoles et les bergers, qui furent de plus en plus des Kabyles, lorsque la main d'œuvre des esclaves chrétiens devint plus rare ?, habitaient dans des gourbis analogues à ceux qui les abritent encore aujourd’hui #. Il est probable que, si jamais la Mitidja a été vraiment bien cultivée, ce dont il y a de fortes raisons de douter, l’abandon des travaux de draînage, par « l’insouciance des habitants », la nature marécageuse de toutes les parties où les eaux des nappes artésiennes remontent à la surface‘, contribuèrent à en restreindre le peuplement et l’occupation agricole. Il s’y ajouta enfin l'insécurité, qui paraît avoir été croissante au xvine siècle 5, et les incursions des Kabyles et des tribus de l'Atlas Mitidyien 5. Cet état de choses explique qu’Alger ait pu souffrir de la disette, au voisinage d’une aussi belle réserve de récoltes. En 1580, Haëdo écrivait déjà au sujet de cette admirable plaine : « Si cette terre appartenait aux chrétiens et qu'ils la travaillassent de leurs mains, il n’y aurait
1. Laugier de Tassy, 0. c., ch. XV. — Voir aussi Desfontaines. Fragments d'un voyage dans les Régences de Tunis et d'Alger, fait de 1783 à 1786. publié par Dureau de la Malle, Paris, 1838, t. II, p. 138-139.