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CHAPITRE

Xi’autorité civile est seule susceptible de cette conciliations

Ce n’est pas l’autorité militaire qui pourra jamais se plier à ces tempéramens administratifs; la tâche est déjà assez difficile pour l’autorité civile. Nos prédications contre l’indifférence en matière de religion , comme dit l’abbé de Lamennais, ont-elles pour objet de réchauffer le zèle éteint, le christianisme mourant? Pas le moins du monde, nous ne savons pas si cette disposition d’esprit est un bien ou un mal , lorsque nous avons sous les yeux les exemples fournis par l’histoire, des maux dont la religion a été la cause.

Ce n’est donc point un vœu de piété que nous émettons ici, .c’est un fait que nous constatons, et nous en examinons les conséquences sous le point de vue politique et colonisateur.

Suit-il de là, qu’il fallût rendre à notre religion son éclat et sa chaleur perdus? Fallait-il créer un évêque à Alger et y constituer le clergé. Nous regrettons qu’un semblable projet soit devenu une réalité. Nous y voyons le germe peut-être des plus grands malheurs : la tolérance de notre clergé ne nous est pas assez connue pour lui rendre sa puissance et son action sur des populations nouvelles qu’il voudra catéchiser et convertir : nous ne pouvons nous défendre d’une certaine crainte contre le zèle de nos missionnaires et les exaltations ultramontaines des envoyés de la cour de Rome ; ce serait une effroyable chose que de déchaîner sur ces contrées incivilisées encore les tempêtes religieuses; elles ont déjà dévasté assez de pays dans noire vieille Europe sans leur livrer encore ces peuplades libres et heureuses dans leur indépendance et leurs antiques croyances.

C’est pourtant ce qui peut arriver, si nous avons le malheur de relever résolument les autels abattus du christianisme , si nous voulons lui rendre sa puissance et sa splendeur. Deux religions, dont l’une a la possession, l’autre la prétention de détrôner sa rivale, ne pourraient pas vivre sur la même terre:

la guerre s’allumerait, guerre à mort; guerre de fanatisme au sein de laquelle périraient tousdes beaux rêves de colonisation. Repoussons donc comme une calamité la propagande religieuse dans le nord de l’Afrique. Ne proclamons pas un athéisme qui a toujours quelque chose de répulsif, et qui compromettrait notre autorité morale sur l’esprit des indigènes ; mais n’engageons pas nos destinées politiques dans une question religieuse; laissons au temps et à une sage tolérance la mission délicate de tout concilier. Ne nous faisons pas dévots pour les Arabes, si nous ne le sommes pas, mais respectons leurs croyances et conservons à celles qui nous restent leur dignité extérieure.

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