SECTION
§ 1er. Examen de l'occupation militaire jusqu’à ce jour. — Quels sont les produits d’un pareil système?
Il faut le sentiment profond du devoir et l’espérance d’un service important à rendre à son pays , pour assumer la lourde tâche de juger, et avouons-le même d’avance, de blâmer une administration tout entière, dans son ensemble et dans ses détails , et non pas seulement pour un jour, pour une année, mais depuis sa naissance jusqu’à ce jour. ’
Est-ce discréditer l’autorité française dans l’esprit des indigènes ou des colons de tous les pays , qui seraient disposés à venir peupler notre colonie? Nous ne le pensons pas. Le plus mauvais système, c’est de taire te mai dans l’espérance qu’il échappera à la notoriété publique. Le silence, dans ce cas, favoriseses
progrès : C’est une plaie qui s’agrandit chaque jour, si l’on ne s’empresse d’y porter remède.
La vérité , au contraire , arrête le mal , cicatrise la blessure. La France, Dieu merci ! est assez grande et puissante, pour que sa gloire ne soit pas ternie par quelques fautes, qu’elle a intérêt à connaître , pour y porter une salutaire réparation.
L’Afrique conquise par nous en 1830 a été occupée militairement ; cela devait être. Le maréchal Clause!, revêtu du gouvernement général, s’occupa avec une sollicitude fort louable de quelques institutions indispensables au service judiciaire et administratif; mais, préoccupé des expéditions militaires, assez fréquentes à cette époque, toujours sur le qui vive, le fusil à l’épaule , il prenait nécessairement la plume d’une main mal assurée. Celte préoccupation guerroyante s’est continuée sous ses successeurs, et l’organisation civile, confiée à des mains qui manient d’habitude l’épée ou des plans militaires , a poussé de faibles racines sur un sol toujours mal affermi ; elle vit mal et dépérit au bruit du canon ; pour prospérer, il lui faut le calme et la sécurité.
De continuelles mutations dans le commandement, la manie des expéditions sans but et sans résultats, depuis l’origine jusques et y compris les promenades insensées du maréchal Valée , des fautes réitérées, rinsuffisance dans les moyens administratifs , l’ignorance de l’autorité métropolitaine, l’anarchie dans les
pouvoirs , tel est le triste spectacle auquel nous avons assisté.
L’occupation militaire est désastreuse 'sous un autre rapport : c’est qu’elle dévore nos millions sans rien rapporter,
§ 2. Effectif de l’armée. — Système des armées permanentes. — Dépenses.
L’effectif de l’armée est-il changé par les besoins d’Afrique? Le budget déclare qu’il n’en est pas augmenté , 'que le chiffre total de l’armée est le même, qu’on en distrait seulement le corps d’armée nécessaire à nos possessions, et qu’il n’y a réellement qu’un seul surcroît de dépenses : celles qui résultent de la différence du pied de paix au pied de guerre pour ce corps détaché.
Si nous ne voulions quenoùs donner raison à nousmêmes, nous nous emparerions de cette assertion, pour proclamer que l’Afrique ne coûte rien à la France. Mais comme l’intérêt de notre pays passe à nos yeux avant le chétif amoilr-propre d’un triomphe d’opinion personnelle, nous examinerons d’abord cette proposition, qui en vaut la peine : 1° Si elle est vraie , elle est désastreuse ; en fait, elle est inexacte. S’il était vrai que les troupes nécessaires à nos possessions d’Afrique n’augmentassent pas notre effectif militaire , rien ne prouverait mieux le vice d’un système, contre lequel nous ne saurions- nous élever
âvec trop d’énergie : le système des armées permanentes. S’il reposait en effet sur des bases telles, qu’en temps de paix il dût prendre pour terme d’appréciation les prévisions de guerre les plus vastes, on comprend quelle énorme charge pèserait dès-lors sur le budget normal par suite de ces calculs hypothétiques. Il y a dans ce système un vice profond , mais il en renferme encore d’autres d’un ordre plus général et plus grave, que nous examinerons en second lieu :
Le budget de la guerre forme la plaie dévorante de nos finances : On compte par mille hommes un million, et nous touchons le chiffre de 400, 000 hommes ! On se souvient qu’en 1834, la commission de la Chambre demandait par l’organe de son rapporteur, M. Passy, une réduction de 60,000 hommes, et que •les troubles de Lyon vinrent tout à propos pour fournir au maréchal Soult la restitution du cfiiffre primitif. Les motifs donnés par le ministre en cette occasion, sont empruntés au vocabulaire habituel : Sûreté intérieure du pays *, sûreté extérieure en cas de guerre.
Quant au premier motif, non-seulement il est inadmissible dans l’état régulier des choses publiques, mais encore il est inconstitutionnel. On ne peut pas prendre pour base d’un calcul un état anormal comme celip de l’émeute et de l’agitation populaire ; il faut nécessairement prendre pour point de départ l’état légal et régulier. Dans cet ordre d’idées le système des armées permanentes ^ n’est-il pas nuisible.
n’est-îl pas inconstitutionnel? Nous ne pouvons admettre, que dans un gouvernement qui repose/ tout entier sur le droit de discussion, l’un des. trois pouvoirs de l’état puisse constitutionnellement avoir à sa disposition une force armée puissante, souveraine , à l’aide de laquelle il pourrait, quand il le voudrait, étouffer toute discussion, faire triompher tel système, tel caprice. La volonté nationale, je le sais, est toujours là, endormie, comprimée, mais puissante au réveil. Je sais bien qu’une grande nation brisera, quand elle le voudra, tous les obstacles , et réalisera, quand elle le voudra^ l’objet de ses pensées et de ses vœux; mais ces manifestations énergiques, ce sont des révolutions, c’est un moyen exceptionnel, qui, grâce à Dieu, ne manquera jamais aux peuples contre les mauvais gouvernemens ; mais enfin , c’^est un moyen violent, auquel il faut avoir recours le plus rarement possible, parce qu’il ne s’accomplit jamais ^ans une terrible secousse , sans de douloureuses convulsions pour le pays. Parlons donc des moyens réguliers de gouvernement. Eh bien ! dans cette hypothèse, le système d’armée permanente aux mains du pouvoir exécutif est inconstitutionnel. En effet, les trois grands corps de l’État sont égaux en pouvoirs, pour concourir à la réalisation du système représentatif. Quand je dis qu’ils sont égaux, je me trompe, car en supposant lutte entr’eux , le dernier mot doit nécessairement rester à celui qui est la représentation la plus pure
du sentiment national, c’^st-à-dire, au pouvoir électif. Admettons la lutte entre les trois pouvoirs, et cette suppositionji’a rien de chimérique, c’est au contraire une nécessité , c’est même l’état normal du système représentatif : les trois pouvoirs sont créés pour délibérer successivement sur les intérêts du pays , les discuter, les apprécier, s’éclairer réciproquement, et tempérer par une sage pondération de leurs forces et dé leur raison, ce qu’il peut y avoir dans chacun d’eux isolément d’excès de force ou de faiblesse, d’entraînement ou d’inertie. C’est là le problème confié au gouvernement représentatif, c’est là ^n rôle et son mécanisme; c’est donc un état de lutte perpétuelle, inévitable, utile. Supposez l’un des pouvoirs présentant pour argument dans un gouvernement de raisonnement et de discussion, l’argument irrésistible de 400,000 bayonnettes; ce moyen oratoire peut convenir à un souverain absolu, mais à coup sûr c’est une violation du système représentatif : Céquilibre est rompu.
Mais si vous admettez , nous dira-t-on , l’appel du pouvoir exécutif à la force matérielle, il faut nécessairement aussi l’admettre de la part des citoyens , et s’ils entrent en révolte , s’ils descendent dans la rue, on ne peut pas laisser le pouvoir exécutif désarmé en présence d’aggresseurs en armes.
Cette supposition, je ne l’accueille pas, parce qu’il n’y a pas réciprocité, similitude entre les deux par- ,
lies. Je conçois le pouvoir exécutif composé de sept ou huit hommes, qui se résument en un seul, se révoltant contre le pays et l’opprimant plus ou moins long-temps ; mais je ne comprends pas que le pays, se levant en masse contre le pouvoir exécutif, doive être combattu par une armée, dont on a eu tort de faire un corps à part , puisqu’elle n’est autre chose qu’une fraction du pays lui-même.
Ainsi, de deux choses l’une, ou le pays se lève en masse , et alors il est inadmissible que l’un des pouvoirs ait qualité pour réprimer cette expression énergique d’une volonté nationale 5 en tout cas le moyen serait inefficace : il n’est pas d’armée, quelque nombreuse qu’elle soit, qui puisse résister long-temps à la masse nationale.
Ou bien, au contraire, il ne s’agit que d’une insurrection partielle, et alors le pouvoir exécutif doit avoir dans le pays des racines assez profondes , doit être assis sur une base assez large, pour résister à ce coup de vent, à cette rafale populaire ; l’organisation constitutionnelle met à sa disposition des moyens de résistance suffisans : quelques troupes et la garde nationale.
Qu’on ne dise pas que ce raisonnement est une fiction, une utopie. 11 faut nécessairement l’admettre, sous peine de renoncer à toutes les conséquences du système représentatif. Si nous l’accueillons, c’est qu’il nous paraît bon ; or, sous un semblable système, sin-
cèremont accompli > réalisé , ces soulèvemens partiels seront infiniment rares ; et dans ce cas , c’est au pays, formé par l’expérience d’un gouvernement sincère, qu’appartiendra la répression de tentatives isolées et impuissantes. Il est désespérant qu’à cette époque-ci, après tant d’épreuves , un système aussi élémentaire passe encore dans quelques esprits pour une rêverie politique 5 il me paraît pourtant l’application la plus simple et la plus pure de nos dogmes constitutionnels.
S’il en est ainsi, peut-on admettre que pour une supposition chimérique, puisque l’organisation constitutionnelle a pour but de la prévenir , le pays soit perpétuellement grevé d’une charge énorme et doive perpétuellement prodiguer ses trésors à. une institution hostile, inconstitutionnelle, funeste.
Cette dernière qualification mérite quelques éclaircissemehs 5 ils forment le second ordre d’idées sous lequel la question se présente à nous.
L’entretien d’armées permanentes est dans tous les pays une source de maux : près de deux millions d’hommes constituent l’effectif militaire de l’Europe. Yoilà près de deux millions d’hommes destinés à s’entretuer en cas de guerre , à surcharger leur propre pays en cas de paix.* « Ils sont-pauvres » , dit Filangieri, « et ils appauvrissent les états; ils défendent « mal les nations au dehors et les oppriment au de- « dans. Nous entretenons plus de troupes pendant
rt la paix que n’en entretenaient les plu$ fameux con- « quérans, lorsqu’ils faisaient la guerre à toutes les « nations du monde. Les peuples sont-ils pour cela « plus en sûreté? Les frontières des nations sont- « elles mieux défendues ? Non, sans doute.* Chaque « prince a augmenté ses troupes à proportion que ses a voisins ont augmenté les leurs. Les forces ont con- « serve l’équilibre dans lequel elles étaient aupara- « vaut. Un état, à qui 10,000 hommes suffisaient pour se défendre, est obligé maintenant d’en avoir « le double, parce que la force de l’état, contre le- « quel il veut se garantir, s’est accrue de ce nombre. a Les avantages de cette plus grande sûreté , qu’on « recherchait avec tant de peine, sont donc réduits à « rien-, l’excès ne se retrouve que dans la dépopu- « lation et dans les dépenses. » (1)
Ce système n’était pas celui des peuples anciens. Chez les Romains, la plus guerrière des nations, l’état militaire était un honneur, l’exclusion une honte ; l’usage des armes était réservé à cette classe de citoyens, qui devaient nécessairement s’intéresser au sort de la ‘patrie et qui' avaient un patrimoine à défendre. Au premier cri de la cité en alarme , au premier son du clairon, tout citoyen courait aux armes , tout citoyen devenait soldat. Quand la guerre avait éteint ses feux, il rentrait à ses foyers. Chose étrange ! Dans ces temps,
(1) FHangieri, i, 257.
où il n’y avait encore qu’une liberté naturelle, mal comprise , mal organisée, à côté de la servitude reconnue, enrégimentée, le service militaire était une prérogative civique, et aujourd’hui, que la liberté des hommes s’est établie sur l’expérience des siècles, s’est formulée en droits politiques, la défense de la patrie est devenue une charge , non pas des esclaves , car , grâce à Dieu, ce mot disparaît chaque jour du dictionnaire de la civilisation 5 mais elle est devenue enfin le fardeau du prolétaire, c’est-à-dire, de l’homme le moins intéressé au salut du pays. Qu’en est-il résulté? C’est que l’accomplissement de ce saint devoir a rencontré moins de chaleur et d’énergie. Non que je veuille nier l’héroïsme de nos glorieuses phalanges, qui ont promené dans toute l’Europe notre victorieux étendard; mais ces temps étaient des temps d’exception ; le patriotisme, la révolution écJiaufïàit toutes les âmes et de chaque citoyen faisait un héros sur le champ de bataille. Je parle de l’armée, telle que nos mœurs l’ont faite; s’il s’agit d’un combat à livrer, d’une place à conquérir, elle se souvient du glorieux héritage qu’elle a reçue de nos pères , et les plaines d’Afrique , les échos de Constantine et de Mazagran, sont là pour attester tout récemment encore les prodiges de la valeur française.' Mais il est incontestable que l’armée aujourd’hui vit dans un état exceptionnel ; c’est dans ses rangs que vient expirer la qualité de citoyen, la vie morale et intellectuelle, la dignité de
riiomme. Pour conserver ce qu’on appelle la disci-' pline militaire , on parque l’armée dans un ilotisme absolu, on en fait une machine muette, inintelligente, mue par un admirable mécanisme , mais compacte comme une citadelle , accessible à la seule impulsion du commandement. Ce système eèt, je le sais, utile à la discipline telle qu’on l’entend aujourd’hui , mais il n’en est pa.s moins vrai qu’il est funeste , et rien ne prouve mieux le vice de l’organisation militaire , que les moyens dont on est forcé de se servir pour la conserver.
Cette organisation est vicieuse et appartient au système des armées permanentes.
D’abord elle est inconstitutionnelle, ainsi que nous avons cherché à le prouver 5 elle est bppressive de la liberté intérieure des peuples , en tenant sans cesse un corps puissant (régi par la loi désastreuse de l’obéissance passive) à la dévotion de l’un des trois pouvoirs de l’état. Voilà Pun des principaux inconvéniens, je pourrais dire l’un des premiers périls de ce système.
Ensuite, ce développement excessif de forces, qui nous offre le spectacle de la guerre au milieu de la paix, fait de presque toute l’Europe un quartier d’hiver, où le soldat fourrage,' reste dans l’inertie et consomme les ressources du pays. C’est un principe en économie politique, que la destruction matérielle, fortuite d’un objet utile est nuisible à la société : ainsi, un
monument est déttLuit par l’incendie, les charpentiers, les serruriers, les maçons vont gagner à Ja reconstruction, et cependant, l’intérêt général est frappé dans la*disparition de l’une de" ses ressources ; une portion quelconque dç ses richesses vient d’être anéantie, la société en souffre une lésion, en éprouve un préjudice. Il en estdemêrtie pour l’armée : elle consomme, elle absorbe une portion des forces de l’état , sans compensation, sans indemnité (car les services qu’elle rend, nous les nions, ou du moins nous pensons qu’ils seraient les mêmes, et qui plus est, meilleurs , avec un autre. système). L’armée forme un corps absorbant. Pour vivre , il épuise les subsistances du pays, il dévore sa substance même. Recruté dans la misère, il vit dans la misère, prive le pays du secours de bras et ^ d’intelligences paralysés. Vous avez en France près de 400,000 hommes, morts perpétuellement à la.vie'sociale, perpétuellement, par suite d’un re^ nouvellement annuel, retranchés de la force active et productive du pays.
Si je parle de la force productive, c’est sous le point de Vue d’économie politique, c’est-à-dire, eu égard au concours de chaque citoyen, à la chose publiquq,*à la collaboration commune.
Mais il est encore applicable à un autre ordre d’idées : .
Le célibat est l’une des règles de l’état militaire, c’esbà-dire, que par çe moyen encore on isole Par-
niée, on Ijrise les liens qui peuvent l’unir à la patrie, on détruit l’esprit de fan\ille, l’alfection qui devraient au contraire cimenter l’intimité du pays avec ses défenseurs. Combien plus la patide trouverait de sécurité dans des hommes qui ont une femme et des en-r fans à défendre ! c’est le contraire, dites-vous : la vie domestique éne'rve et n^envoie dans les camps que des soldats efféminés. Je ne le pense pas, mais je l’accorde pour un moment : cela prouve ^{u’il faut à l’armée des célibataires. Si vous n’avez pas d’armées permanentes, il sera sans inconvénient d’envoyer sur les frontières au moment du danger des recrues faites dans le célibat. Nous ne critiquerons pas cet appel aux hommes reconnus les plus aptes au combat, s’il est vrai que ce soit eux *: ce que je blâme c’est la constitution permanente du célibat dans l’armée.
Il blesse les lois générales de la vie des nations.
11 est un outrage aux lois de la morale.
11 blesse les lois générales de la vie des nations. — L’économie politique nous a fourni quelques principes qui nous semblent le prouver.
Il est un outrage aux lois de la morale. — On ne cesse de déclamer contre le célibat des prêtres : cependant parmi les prêtres il y en a de vieux et d’inutiles à la population. Mais ces 400,000 hommes qui forment nos armées, où les prend-on ? Dans la partie la plus vivace et la plus pure de la population, c’est Vélite de la jeunesse et de la santé, c’est la génération
la plus belle mise annuellement en coupe rjéglée ; on l’emploie à l’usagè que nous savons pendant la plus belle période de sa vie ; ces 8 années de 20 à 28 qui brillent d’un éclat si juvénile, se consument dans l’oîsiveté, l’abrutissement et la stérilité. Ou plutôt la nature , qui elle aussi a ses lois , supérieures aux lois souvent mesquines de la société, la nature èn dispose autrement, se venge des liens qu’on veut lui imposer et prend ses ebats aux dépens de la morale. Celle-ci est intéressée évidemment à la multiplication des mariages : moins il y a de gens' mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages , comme lorsqu’il y a plus de voleurs, il y a plus de vols; c’est Montesquieu et l’expérience qui l’ont dit. S’il en est ainsi, quelle calamité que cett^ épidémie de vols organisés journellement par ces 400,000 .voleurs, * d’autant plus dangereux qû’ils sont jeunes et oisifs, deux conditions vitales en ce point! Oui, il estimmoral de disperser ainsi dans tous les coins de la France ces essaims de jeunes célibataires qui font moins souvent la guerre aux ennemis qu’à la pudeur publique.
Voilà dpnc les conséquences pernicieuses qu’entraîne après lui le système des armées permanentes, et l’on remarquera que nous n’avons fait qu’indiquer , en passant , la' question pécuniaire cependant fort importante au budget sur ce chapitre.
Ce serait un immense service à rendre au pays que le délivrer de celte formidable armée qui le gêne
dans ses mouvemens, pèse sur lui d’un poids énorme, et dévore ses ressources. Le seul système raisonnable, c’est celui des armées mobiles. Il a' subi avec avantage, comme chacun sait, J’expérience de la Prusse, g— L’Angleterre ne pratique pas le même système, mais elle a su du moins rendre le fardeau fort léger :
En 1828 son armée se composait de 116,738 hommes répartis ainsi :
Grande-Bretagne . 29,616 ,
Irlande . 23,969
Colonies . . . 37,037
Indes Orientales ....... 26,116
En 1830 elle fut réduite à 95,786 et en 1832 Sir H. Parnell proposait de la restreindre à 65,000 affectés aux services suivans : •
Résidant dans les possessions étrangères 30,000 Réserve et dépôt a l’intérieur poiir le service étranger . . . 20,000
Service spécial des trois royaumes . . . 15,000
«J’ignore, dit Filangieri, s'il exista jamais un temps, où il pût être indispensable pour la, sûreté des peuples d’entretenir des armées sur pied. L’établis-
sement trop récent de ces armées permanentes m’en fait douter. Ce qu’il y a de très certain c’est que si dans d’autres temps^ cette garantie a été nécessaire, le nôtrè nel’exige certainement pas. Aujourd’hui que la communication des peuples est universelle , qu% les princes ne peuvent faire un pas sans être exposés à tous les regards, qu’qne nation ne peut armer un bâtiment de guerre sans que dans peu de jours toute l’Europe en soit informée, nous n’avons à craindre ni des incursions subites ni des guerres imprévues, et il est inutile de chercher à s’en garantir. Cette terreur panique ne peut donc autoriser aujourd’hui l’usage des armées sur pied. » (1)
Peut-on le justifiet* par l’avantage qui en résultepour la tranquillité intérieure de l’état? Cette espérance de répression est achetée bien cher , puisque c’est au prix de principes constitutionnels que nous avons invoqués. Mais ce qukla rend encore plus illusoire, c’ést qu’elle ne repose que sur une organisation intérieure de l’armée, véritablement incompatible avec l’esprit de raisonnement dont la dignité humaine réclame le libre exercice pour chacun. Ainsi la discipline militaire Commande l’obéissance passive, aveugle, irréfléchie; elle veut l’isolement de l’armée, défend un contact habituel avec les autres citoyens dont les idées pénétrant dans son sein y pourrait de-
(1) Filangieri, i, S60.
venir un dissolvant dangereux. Comme sanction de cette discipline rigourèuse, la lo> commune a paru insuffisante ; le Code pénal militaire sévit avec une ,rigueur draconienne, et tandis que les mœurs s’en vont chaque jour adoucissant le système pénitentiaire, l’armée demeure sous une cruelle exception. Le salut de la discipline est à ce prix. Cet état de choses ne peut durer : l’esprit public, quoi qu’on fasse, se répand peu à peu dans la caserne; déjà l’on a rougi de l’ignorance dans laquelle vivent nos troupes et quelques timides essais d’enseignement se sont produits ; ces essais grandiront et l’armée, quoi qu’on fasse, se fondra nécessairement dans la masse commune d’où elle est sortie et dans laquelle elle est destinée à rentrer périodiquement. Pour prévenir cet effet inévitable du progrès qui pousse notre société, pour empêcher le contact fatal, il faudrait multiplier les obstacles, élargir les lignes sanitaires établies entre l’armée et la grande famille. Vaine tentative! efforts impuîssans! le feu sacré de la civilisation anime aujourd’hui toutes les âmes , sa vive lumière pénètre au bivouac comme sous le chaume : les remparts élevés entre l’armée et les citoyens tomberont tôt ou tard. Hâtons ce moment de nos vœux.
« Certes ceux qui Vqrsent leur sang poùr l’état, dit « M™® de Staël, ont bien un peu le* droit de savoir si a c’est de l’état qu’il s’agit quand ils se battent. Il né « An suit pas que l’armée puisse être le gouverne-
ment, Dieu nous en préserve ! Mais si l’armée doit se tenir à part de^ affaires publiques dans tout ce qui concerne leur direction habituelle , la liberté du pays n’en est pas moins sous sa sauve-garde, et quand Je despotisme s’en empare il faut qu’elle se refuse à le soutenir. Quoi, dira-t-on, vous voulez que l’armée délibère ! Si vous appelez délibérer, connaître son devoir et se servir dé ses facultés pour l’accomplir, je répondrai que si vous défendez aujourd’hui de raisonner contre vos ordres, vous trouverez mauvais den^iain qu’on n’ait pas raisonné contre ceux d’un autre; tous les partis qui exigent en matière de politique comme en matière de foi , qu’on renonce à l’exercice de sa pensée, veulent seulement que l’on pense comme eux quoi qu’il arrive, et cependant quand on transforme les soldats en machine, si ces machines cèdent à la force, on n’a pas le droit de s’en plaindre. L’on ne saurait se passer de l’opinion des hommes pour les gouverner. L’armée, comme tout autre association, doit savoir qu’elle fait partie d’un état libre et défendre envers et contre tous la constitution légalement établie. L’armée française peut-elle ne pas se repentir amèrement aujourd’hui de cette obéissance aveugle envers ,son chef qui a perdu la France? Si lescoldats n’avaient pas cessé d’être citoyens, ils seraient encore les soutiens de la patrie. 11 faut en convenir toutefois, c’est une funesl^||n-
« ventjon. que les troupes de ligne ; et si l’on pouvait « les supprimer à-la-fois dans toute l’Europe, l’es- (i pèce humaine aurait fait un grand pas vers le per- « feetionnement de l’ordre social. » (1)
Puisse le système des armées permanentes s’écrou-' 1er en ruines ! La paix intérieure, nous l’avons dit, doit être sous la sauve-garde d’une adniinistration paternelle, régulière, et de la milice citoyenne. La'sécurité extérieure est confiée, au pays lui-même, et sa garde vaut mieux que la garde vénale et matérialisée d’une armée excentrique à la pensée natiçnale. Viennent les armées étrangères, et au premier appel la nation se lèvera en masse pour les combattre, les repousser, ou les ensevelir sous notre sol si elles y revenaient jamais! »...
, Qu’on ne traite pas ce système d’utopie i C’est un reproche mal-séant aujourd’hui : dans ce siècle positif les théories ne sont pas dé mise. C’est assurément une fâcheuse disposition ; les nations , pas plus que les individus , ne vivent point seulement par la vie matérielle et animale., elles vivent encore par la vie intellectuelle, par l’âme, par l’esprit et parle cœur. Il faut donc réchauffer, ij^jeunir ces idées vierges qui donnent l’estime et la considération ; il faut développer ces nobles sentimens qui sont la partie glorieuse de la nature humaine. Mais if faut s’abstenir des
(1) M“* DE SiAELfc Considérations sur la Révolution française, ii ,,36^,
théories inapplicables : reléguées datis le domjiine de la poésie et de la fiction, elles offrent à l’imagination un certain charme, mais dans le monde réel elles sont dangereuses : par leur inapplicabilité elles fortifient les abus existans. Je ne veux donc pas défendre une utopie. En protestant contre la conservation des armées permanentes ^ je crois soulager mon pays d’un fardeau qui l’écrase, d’un coiqis parasite et dévorant, d’une institution abrutissante et immorale, d’une entrave à sa liberté. En proposant de leur substituer les armées /nobiles , une espèce de landwher et de landstoorn, je crois être dans la vérité du gouverrièment constitutionnel, je crois pour une portion notable de la population transformer l’oisiveté en travail, la dégradation militaire en un honneur civique, lorsque la patrie fera un appel à ses enfans ; je crois en un mot dire une vérité applicable et utile.
Quant à présent, et avec le régime que nous avons, est-il vrai que l’effectif de. nos armées permanentes ne soit pas augmenté par les besoins d’Afrique; est-il vrai que ces possessions nous fassent tout simplement un emprunt à notre corps d’armée intérieure? Un tel, fait serait désastreu». Quoi! la France serait condamnée à entretenir une armée si* colossale qu’on pût en distraire 40 ou 50,000 homme sans nuire au service intérieur ! cela prouverait donc que cette armée n’e^ créée et n’existe que pour des besoins tices, pour des circonstances fortuites.
Heureusement (car c’est toujours une satisfaction pour la conscience de voir qu’un abus , même celui que l’on combat, est le moins grave possible), heureusement pour l’honneur des principes il n’en est rien : l’dfectif annuel de nos troupes est augmenté de toutes celles nécessaires à l’Afrique,^! serait diminué d’autant sans cette nécessité spéciale. Je sais bien que le- gouvernement qui ne se trouve jamais suffisamment protégé (comme si cette protection devait résider dans les bayonneltes !) je sais bien .qu’il serait capable, même sans ces distractions africaines, de solliciter des chambres les mêmes crédits pour le budget de la guerre : mais il n’est pas douteux qu’eri temps de paix la chambre des députés ne réduisît ces prétentions à leur état normal.
J’ai pourtant dans l’esprit à cet égard un doute qu’il est important de signaler : dans un temps calme l’armée sérait diminuée du chiffre nécessaire à l’Afrique. Mais à la vue du plus petit grain d’orage qui tiendrait à poindre dans l’horizon, sàns aucun doute sous prétexte de prudence , dn obtiendrait un vote d’accroissemetit ; eh bien, dans ce cas, il faut reconnaître que l’armée d’Afrique n’est point une addition, complète du moins 5 et que sa présence suffit pour rassurer contre ces besoins éventuels. C’est impossible , dira-t-on , car on ne peut pas dégarnit l’Afrique en cas de guerre extérieure ou intestine, c’est-à-dire, dans les circonstances même qui pourraient le plus
compromettre notre puissance dans l’Algérie. Je ne veux pas dire que dans une guerre importante on retirerait d’Afrique des forces considérables : dans ce cas on- les y laisserait certainement et on voterait en France des levées extraordinaires. Je veux parler de ces époques douteuses et les plus fréquentes. où l’on n’a ni la paix ni la guerre : le danger n’est pas assez iniminent pour se mettre sur le piçd de guerre, il n’est pas assez inappréciable pour rester sur le pied de paix. Eh bien, je pense dire vrai en artioulantque dans ce cas Tarmée d’Afrique satisfait aux prévisions, sans accroître le chiffre total , ‘autorisant à supposer qu’elle pourrait fournir un emprunt, ne fût-il que provisoire, pour donner le temps d’opérer de nouvelles levées, et dût-on, pendant ce temps, suspendre certaines opérations en Afrique, sans pour cela la déserter ni l’affaiblir. ’ . ‘
Cette considération, comme on le voit , mérite une mention si elle est fondée, car elle aurait pour objet de diminuer, dans une proportion plus ou moins sensible, le chiffre putatif des dépenses causées par nos possessions. Ce chiffre par exemple ne peut être qu’approximatif; et ne peut être établi, que sur une moyenne. C’est en quelque sorte un article pour mémoire.
* Cependant il n’en est pas moins vrai que , sous cette réserve, il faut reconnaître la dépense spéciale à l’Afrique :
Par le projet de 1838, dit M. le ministre de la guerre, dans son exposé des motifs (1) à la chambre des députés, le gouvernement avait demandé que l’effectif à entretenir pendant cette année en Afrique fût provisoirement fixé à 50,458 hommes et 7,641 chevaux, sauf les éventualités que pourraient faire naître les opérations militaires alors projetées dans l’ancienne régence d’Alger. .Mais la commission chargée de l’examen du budget proposa de réduire cet effectif à 22,921 hommes et 5414 chevaux, en faisant remarquer que si les évènemené exigeaient l’entretien de forces supérieures il y serait pourvu par des supplémens de crédits. Cette proposition, qui fut adoptée, servit de base aux crédits votés par la loi du 20 juillet 1837. ‘ . '
Depuis cette époque la prise de Constantine et l’extension de l’occupation autour d’Alger , aussi bien que la nécessité de se tenir en observation dans les premiers temps qui suivirent la conclusion de la paix, ont créé de nouveaux besoins. Aussi, dans le budget de 1839, qui vous a été récemment soumis, l’effectif proposé a-t-il été porté à 38,000 hommes et 8779 chevaux. Mais cette -fixation n’a été basée que sur les besoins présumés de l’exercice de 1839, et ne saut’ait en aucune manière s’appliquer à l’état pré-
(1) Séance du 24 février 1838^ Présentation d'un prdjeüde loi tendant à l’ouverture d’un crédit extraordinaire pour le service de nos possessions en Afrique.
sent, h prudence ne p^’mettant pasHie retirer actuellement les troupes qui, ayant pris part aux dernières opérations militaires, excèdent la fixation de 38,000 hommes proposée pour 1839.
Pour assurer la stabilité de notre établissement dans l’Algérie, il faut conserver toutes les troupes qui s^y trouvent réunies; il faut même augmenter l’effectif des chevaux et des mulets, attendu fa nécessité de compléter l’organisation deS/ transports j etde fortifier les moyens d’action des deux services d’une haute importance en Afrique, celui de l’artillerie et cqjui des équipages militaires.
hommes * chevaux
Nous préposons en conséquence de fixer l’effectif de 1838 à. . . . 48,000 11,372
Or, les allocations du budget de cet exercice ne reposant que sur une force de . 22,921 7,480
La différence est de ... . . •. 25,079 3,892
dont 2787 hommes et 657 chevaux pour les corps étrangers; riïais non compris les auxiliaires indigènes.
Les dépenses de solde et d’entretien qui dérivent de cette augmentation d’effectif s’élèvent en ‘totalité à 15,594,000 francs.; cependant ces dépenses ne sont pas les.seules pour lesquelles des crédits extraordi naires nous aient paru nécessaires. , *
Le ministre énumère les différentes branches du service qui réclament des 'crédits extraordinaires ;
ainsi, l’extension du territoire occupé, les avaries de la guerre et les transports de troupes, l’insanité des casernemens, etc. , exigent des fonds supplémentaires. Puis viennent certains projets dont nous parlerons nous-mêmes au livre troisième, relatifs au dessèchement de marais dans la Métidja et la Sey bouse, et à la création de routes de Mers-el-Kébir à Cran, deBoneà Constantine. D’autres travaux encore nécessiteut des allocations* spéciales, ce sont l’amélioration des ports d’Alger et d’Oran, la création d’un lazaret à Alger, etc. Voici au surplus l’ensemble de ces projets dans un tableau où ils sont classés par chapitres : •
. Chap. XVIII. Artillerie, Armement
des places et construction des magasins. . . ' 5,300,000 fr.
Chap. XIX. Génie, Construction des casernes, hôpitaux, magasins, • fortifications permanentes ....'. 6,100,000
Chap. XXIII. Services civils . . .
Routes . 3,300,000^
Desséchemens. ... 2,500,00d Prolongation du môle
d’Alger . 9,000,000
Lazaret d’Alger ... 600,000
Total (1) . 26,800,000.
(1) D^ns les évaluations ci-dessus, on n’a pas compris les fravaux du port de Mers-el-Kébir, dont les études n’étaient pas assez avancées, ni la route alors seulement indiquée de Constantine vers le golfe de Stora.
Celte somme au surplus doit être répartie en un assez grand nombre d’années : 4,500,000 suffira pour 4838 ; rexercrcede4839 exigera 3,000,000.
C’est pour satisfaire à toutes ces prévisions qu’est présenté le projet de loi suivant :
Art. 4. Un crédit extraordinaire de 49,674,408 fr. est ouvert au ministre de la guerre, au titre de l’exercice 4838, pour accroissement- de l’effectif de l’armée dans les po*ssessions françaises du nord de l’Afrique.
Art. 2. Il est également ouvert au ministre de la guerre, au titre du même exercice, un crédit spécial de 4,500,000 fr. pour travaux* extraordinaires civils et militaires à effectuer sur divers points de l’Algérie.
Comme on le voit, sans parler de ces dépenses particulières résultant, de travaux en tous genres, l’effectif de l’armée d’Afrique s’élevait cette année 4839 à plus de 48,000 hommes ; il n’était dans les premières années que de 22,000 (4). Le général Duvivier dans
(1) Voici le relevé des différens chiffres de l’effectif pendant dix années:
En 1831. . . .
22,356 hommes.
33,226 (Expédition de Mascara).
32,729 (Expédition de Cpnstantine).
30,468 (Prévisions du budget).
son mémoire sur l’Afrique ne porte qu’à 17,000 hommes le nombre de troupes nécessaire à la conservation des points que nous occupons (rapport de la commission instituée le 12 décembrè 1833, page 146). Cet effectif doit être considéré comme à peu près spécial à l’Afrique; nous prenons acte pourtant de cette observation qui, avec le système des armées permanentes, doit entrer en ligne de compte, à savoir que dans les temps ordinaires l’armée d’Afrique ne forme pas un accroissement très réel du chiffre total , puisqu’elle constitué en totalité ou en partie une sorte de réserve.
Le meilleur moyen d’éclaircir cette question, c’est de consulter l’effectif militaire à une époque antérieure à notre conquête d’Afrique; or, si nous remontons à la restaui*ation*, que l’on n’accusera certainement pa^ d’une confiance aveugle dans l’appui national, nous voyons que le chiffre de 180,000 hommes lui suffisait, et que non-seulement il la rassurait contre, toutes les éventualités intérieures, mais qu’encoreil a satisfait aux campagnes de Morée, d’Espagne et même à là prise d’Alger.
Ainsi 180,000 hommes suffisaient et au-delà à un gouvernement anti-national, qiii sans cesse conspirait contre les vœux et les besoins du pays, et sans cesse avait à craindre de justes représailles ; et notre pouvoir électif de Juillet a besoin pour se défendre d’une escorte de près de 400,000 soldats ! C’est là ce gou-
vernement populaire et économe qui s'est offert à nos votes avec tant d’humilité et de modestie !
Ainsi,nous pouvons, je pense, tout au moins admettre que cet effectif actuel qui dépasse 300,000 hommes pourrait satisfaire , sans une augmentation spéciale, au service de l’Afrique. Resterait seulement la différence de la paix à la guerre :
Certains calculs établissent qu’en séparant les dépenses de l’entretien des troupes sur le pied de paix, des dépenses pour leur entretien sur le pied de guerre, la France a payé en six ans, de 1831 à 1837, il millions, c’est-à-dire 19 millions par an à la moyenne, y compris les dépenses, pour l’administration civile et pour les travaux publics. Proportion que les années suivantes ont singulièrement augmentée. —
L’état sommaire des recettes, fourni par le gouvernement aux chambres pour la session de 1838, permet de savoir au juste ce que l’Algérie a coûté. Les recettes ont été, dans les six années précitées, de 16 millions 446,911 francs, ce qui réduit la dépense moyenne par année à 16 millions 200,000 francs (1), En y ajoutant 12 millions 160,000 francs pour le pied de paix qu’il est injuste de mettre au compte de l’Algérie, s’il est vrai qu’il n’y ait que la différence du pied de paix au pied de guerre en tout ou en partie, on ne trouverait qu’une dépense de 28 millions
(1) Les dépenses faites en 1830 ont été couvertes par le trésor de l'ancien dey.
360,000 francs par an, mais tels sont les vices d’un mauvais système que chaque année qui s’écoule vient bouleverser tous les calculs précédons. Ainsi le tableau des années 4838, 4839, 1840 détruit toutes les proportions qui servaient de base aux appréciations antérieures ; voici le relevé exact de ces trois années qui sont tout-à-fait en désaccord avec les autres :
DÉPENSES ET RECETTES d’ AFRIQUE.
Années.
Dépenses
"de
la guerre.
Matériel fourni par les
magasins de la guerre non
compris aq budget d’Afrique, et estimé par l’admitralion à 797,000 fr.
Dépenses
de
la marine.
Dépenses
du
ministère
des
finances.
TOTAl.