MISSION PACIFIQUE
§ 1er. Nécessité de substituer l’autorité civile à cette autorité inintelligente et matérielle du sabre. — Ce n’est pas l’autorité militaire qui colonise jamais: voyez les établissemens anglais dans les Indes.
Les résultats du système, ou plutôt de la conduite tenue jusqu’à'présent sont trop afïligeans, de quelque côté que se dirige la vue, pour ne pas commander un changement indispensable; il n’y a de salut possible, selon nous, pour la colonie qu’en l’arrachant au joug militaire. Nous avons signalé les périls ^ de ce régime , nous l’avons vii ’ envahisseur, querelleur, absolu ; absolu ! et pourtant il ne gouverné pas : dans un pays où il peut s’asseoir, il gouverne en despote; dans un pays où il n’existe que sous la surveil-
lance d’une autorité centrale, il est faible, incertain, il n’a ni indépendance, ni plan de conduite, il ne gouverne pas. Au surplus il est inévitable que l’autorité militaire soit ou absolue ou impuissante : elle est absolue quand elle est souveraine, parce que, organisée militairement , elle ne se compose pas d’élémens compliqués qui gênent ses allures, mais transporte dans l’administration sa simplicité et sa brusque discipline, qui ne permet ni l’examen ni la réflexion. Mais lorsqu’elle n’a pas la souveraineté, l’esprit dé discipline qui la rend alors soumise et subordonnée, paral^e son action administrative : elle s’abandonne à ses allures guerrières, elle cherche les combats, mais elle ne gouverne pas. C’est ce qui arrive en * Afrique. Nous citerons un exemple d’autant plus remarquable qu’on peut y voir une leçon donnée à la France, leçon qu’elle méritait et que nous devrions être honteux d’avoir reçue des Arabes. La ville de Médéah est située au-delà de la première ligne de l’Atlas; elle nous appartenait, mais notre domination était plutôt nominale qu’effective. Les habitans écrivirent plusieurs fois au gouverneur d’Alger ; ils supplièrent, ils réclamèrent une solution avec les plus vives instances. Le gouverneur se garda bien de prendre une détermination. Il écrivit à Paris; la réponse se fit attendre. Quand elle vint elle ne put servir à rien ; elle était évasive , et les habitans de Médéah se sentant près de perdre patience, se décidèrent enfin à adres-
ser au gouverneur l’espèce de manifeste que voici. Peut-être sa singularité paraîtra-t-elle attachante; peut-être pensera-t-on qu’ils ne sont pas des sauvages, les hommes qui ont composé un pareil écrit. Cette lettre, datée de l’an 1250 de l’hégire a pour date, selon notre calendrier, le 25 novembre 1834; la voici : •
« Louange à Dieu puissant, à Dieu saint; leshabi- « tans et scheiks de la cité de Médéah, àM. le gou- « verneur d’Alger, salut :
(( Votre puissance est établie sur nous ; vous êtes « un homme supérieur ; vous dirigez une grande ad- « ministration , et vous avez beaucoup de guerriers.
« Quand vous avez pris Alger , vous y avez détruit le « gouvernement, et vous nous avez, nous aussi, laissés « sans chef, ainsi que beaucoup d’autres. Nous venons « vous demander satisfaction.
« Si vous nous refusez justice, nous irons deman- « der au Sultan français qu’il nous reçoive et qu’il « nous écoute. Le Sultan des Français jugera si nous,
« ainsi que d’autres, nous pouvons rester sans gou- « vernement. Dites-nous ce que nous devons faire.
« Si vous nous donnez un bey, il nous gouver- « nera ; nous nous soumettrons à liii, et ce qu’il nous « ordonnera, nous le ferons. En nous abandonnant « à*nous-mêmes, vous n’agirez pas ainsi qu’il con-. « vient à un homme puissant comme vous l’êtes.
n Autrefois quand les Turcs sjeraparèrent de nos
« possessions, ils y établirent Un gouvernement;
U voyez donc ce que vous vouleî^ faire pour nous.* a Nous vous jugerons suivant vos dispositions bonbes a OU mauvaises. » . *
Cette lettre finit de la manière suivante :
« Les Hadjoutes campent pour ainsi dire aux portes (( d’Alger ; ils empêchent ie passer sur les chemins ;
« ils volent tout ce gui s’offre à eux; ce sont ces mêmes « Hadjoutes qui, du temps des Turcs, se bornaient « à vendre du lait sur le marché d’Alger, et avaient « la plus humble attitude. Aujourd’hui votre fai- H blesse en a fait des ennemis redoutables. Vous ne U protégez pas mieux vos gens- que vous ne nous proû tégez nous-mêmes : c’est la chose du monde la plus « étonnante et la plus incroyable. »
Ainsi, les indigènes sont des hommes qui ne peuvent pas comprendre un pays livré à l’anarchie, un pays privé de gouvernement. Ils ne peuvent pas concevoir, qu’un pays dont on se prétend le maître soit abandonné, livré, ruiné par l’incurie du Vainqueur. Avec des^ hommes si intelligens , et qui ont de telles notions de ce qui est' juste, il ne faut désespérer de rien, (l)
‘ Il ne faut désespérer de rien, mais pour que tout . espoir ne s’éteigne pas, il faut nécessairement gouverner la coloniç. C’est une vérité tellement saillante,
(1) Moniteur du 22 mai 1835.
une lïcccssité tellement absolue, qu’elle est reconnue et proclamée par tous les habitans’du pays , par tous les administrateurs eux-mêmes. Parmi ces derniers il n’en est pas un seul qui ne reconnaisse le mal et ' ne sfgnale l’abandon dans lequel les laisse l’autorité centrale. Le rôle de voyageur, c’est d’observer et d’interroger ;sans cesse : nous avons interrogé les agens , français, les indigènes eux-mêmes et partout la même réponse, les mêmes plaintes se sont renouvelées : c’était au point que la pensée d’abandon semblait à ^ >tous être la pensée secrète du gouvernement français : il y avait dans .toutes ces affaires un tel tohu-bohu, une telle anarchie, une telle persistance dans l’incertitude, une telle continuité de marches et de contremarches, d’ordres et d^ contre-ordres que chacun , ^ ignorant les limites de sa compétence se renvoyait les actes les plus simples et n’arrivait jamais à aucune solution. La désorganisation dans les affaires est le fruit, et peut-être le but caché d’une semblable ^ conduite. •
^jNous ne saurions signaler avec assez d’énergie ce ^ ' sentiment intime qui règne dans toute l’Algérie et ^ dont on trouve les témoignages, comme aussi et'malheureusement la justification , à chaque pas et dans chacun des détails de cette administration : une o pensée occulte semble précipiter la colonie vers sa •
• chute, tantôt par le refus des moyens de gouver- ^ nqinent , tantôt par l’extension même et les dévelo^p- ^
pemens exagérés de notre occupation , destinés', dans l’opinion commune, à enfanter le dégoût et l’antipathie pour une colonie ruineuse. Et que l’on remarque bien que notre accusation n’est point une attaque malveillante, moins encore contre le ministèrè actuel, à la sincérité duquel nous croyons fermement ; mais le sentiment que nous exprimons ici est le résultat d’observations sérieuses et rigoureusement exactes : oui , une triste conviction repose au fond de tous les esprits en Afrique , c’est que l’administration de notre colonie, à son insu sans doute, est l’instrument d’une résolution suprême qui veut dans l’avenir l’abandon ; cette conviction malheureuse que nous avons recueillie partout , nous la trouvons textuellement formulée dans un mémoire revêtu de la signature de tous les principaux colons (4). « Les fautes « ont été si multipliées , disent-ils , les systèmes « erronés sont si persistans et si vivans , qu’une opi- « nion très nombreuse dans la colonie attribue à un « pouvoir occulte et dominant l’intention d’arrêter « le développement du pays, et que la méfiance devient a générale. « Crainte tellement unanime dans l’Algérie qu’elle se manifeste par tous ses organes 5 ainsi , dans une autre supplique des colons ils s’expriment ainsi ; « On dit que le but du pouvoir est de dépenser le « plus vite et d’obtenir le moins possible de résultats
(1) Les colons d' Alger à la France, — 1840, pag. 28.
« afin que la France , .lasse de payer et de verser le U sang de ses enfai;is sans compensation , demande « comme un bienfait, l’abandon delà colonie(l). v Tel est le cri d’alarme que jette l’Algérie vers la , mère-patrie ^ ces àccens de détresse nous les avons recueillis avec douleur au sein même de lar colonie : nous avons puisé dans notre «conscience .et dans les plaintes unanimes de nos compatriotes sur les côtes d’Afrique le courage .de les exprimer aveô vérité. C’est une mission pénible que nous accomplissons avec le recueillement , mais aussi avec toute la franchise.d’un saint devoir. '
Il est impossible de persister plus long-temps dans un tel système.
Il faut d’une part substituer l’autorité civile à cëtte autorité inintelligente et matérielle du sabre.
De l’autre,* donner à l’autorité civile l’énergie et la fixité, sans lesquelles il n’y a pas de gouvernement et surtout de gouvernement colonial possible. « Avec a moins de dépenses et une autre direction de pou- « voirs », disait l’honorable M. Laurence, « nous fe- « rons beaucoup plus vite et beaucoup mieux. » (2)
(1) Mémoire sur la nécessité d’un changement de système et d’un gouvernement civil en Algérie, adressé aux Chambres législatives de France par la Société colonialê d’Alger , adopté dans ses séances des 24 et 27 février 1840, présenté par M. Sagot de Nantilly, premier secrétaire de la Société coloniale et ancien payeur de l'armée d’Afrique, pag. 16.
^2) Moniteur du 22 mai 1835. ^
Et c’est à l’honorable M. Laurence lui-même que nous adressons aujourd’hui ses propres paroles.
11. faut substituer l’autorité civile à celle du sabre, tel est en. effet le vœu de toutes les populations de l’Algérie; ce vœu nous le voyons encore ^déposé dans cè monument de douleur et de crainte que les colons désespérés présentent aux regards de nos Chambres législatives , leur seule espérance.
A En cet instant suprême, disent-ils, nous doit mandons que.rautorité supérieure soit remise centre « les mains d'un gouverneur civil; tous les colonistes « sont d'accord sur ce point (1). » Puis dans un autre placet de la même nature; Hs s’expriment ainsi : « Tous les vœux se résument dans un seul ; celui de la « domination générale , de la colonisation progressive « et de l’établissement d'un gouvernement civil (2).* » A la fin du § 2 (Titre chap. 2, pag. 70) nous avons établi que l’administration civije est à l’état d’enfance, absorbée par la pensée militaire, et nous espérions indiquer le remède au mal dans le titre II. Cette espérance , c’est ici qu’elle se place. *
« Emparez-vous de la population par les moyens « politiques, s’écriait M. Mauguin dans la séance du (( 21 mai 1835. L’administratiou politique et nonpas « armée, voilà ce qui doit vous donner la puissance
(1) Mémoire adressé aux chambres législatires par la Société colooiala d’Alger, pag. 49.
(2) L69 cçlons <i'Àlg% à la Erancc , pag. 28«
« en Afrique. Je demande au ministère si l’argent « qu’il sollicite de nous est pour gouverner et pour « étendre la puissance française? »
La sommité de toute la question c’est le choix du gouverneur-général ; c’est la nature de ses attributions.
« Je sais bien, comme le disait M. Thiers à la tribune (1) de's Députés^ qu’il ÿ a une difficulté* très grande à trouver- un gouverneur, il ne faut pas seulement un militaire habile, nous avons en* Afrique des niHitaires de premier ordre, il faut un homme qui soit à-la-fois militaire, politique, administrateur. Il sera difficile de rencontrer ces trois qualités réunies. Je ne veux offenser personne quand je dis qu’il sera difficile de réunir à-la^fois le génie militaire, politique et administratif. Mais toufe colonie produit tôt ou tard son homme ; la nôtre donnera le sien , alors ellè prospérera.
En attendant il y a quelque fécondité dans la pensée du général Duvivier ; ce pouvoir souverain qu’il veut conférer à un chef suprême pendant cinq ou dix ans , sous une grave responsabilité , peut être , nous le reconnaissons, la source de belles choses, en même temps qu’il imprimerait l’unité à la direction des affaires* Mais indépendamment des incertitudes qui devraient accompagner un choix si important que
(l) Séance du 14 mai 1840.
celui de ce roi décennal , il faut reconnaître que la responsabilité, quelque sévère que vous la fassiez, sera difficilemènt autre chose qu’une fiction. Que vous punissiez un homme pour des malversations, des concussions, des transgressions à la loi, à la bonne heure; mais le punir d’une faute involontaire, d’une erreur morale^, inspirée peut-être par l’intention la plus.pure, voilà ce qui^’existera jamais, voilà ce qui constituera toujours, le péril d’une grande dévolution de pouvoirs à un seul homme.
Au surplus, nous apercevons bien le ge de cetteerm pensée dans l’arrêté ministériel du 2 août 1836 qui ^définit les attributions du goifverneur. Mais cette pensée est à l’état d’instinct plutôt que'formulée avec sagesse et maturité; voici lé texte de l’art. 10 relatif au gouverneur-généVàl : « Il pourvoit directement aux If mesures de haute police.
« Dans les circonstances graves et lorsque le bon « ordre ou la sûreté du pays le commande , il peut « prendre à l’égard des individus , qui compromettent « ou troublent la tranquillité publique , les mesures « ci-après :
« Exclusion de l’une des localités, etc... exclusion «• à temps ou illimitée des possessions, etc.
« Il peut refuser dans l’étendue de son gouver- « nement l’admission des individus dont la présence « est jugée dangereuse, etc. » • •
On voit qu’il est moins question des véritables pou- j
voirs du gouverneur-général, sous le point de vue général, que sous le rapport de la police intérieure* C’est envisager la que$tion sous son aspect le moins important, ^
l^ais il s’agit moins ici d’apprécier l’étendue des attributions du gouverneur que leur qualité. Or, nous le répétons , un gouverneur militaire n!offre pas d’espérances à .la colonisation. '
Nous citerons à cet égard une autorité assez compétente ; celle de M. Genty de Bussy (1) , ancien intendant civil à Ajger; il a vu de près le mal qui a frappé nos regards.
« Nous allons dire le fond de notre pensée sur le « choix même du gouverneur. Il s’agit là de la nomi- « nation d’un homme d’une si haute importance;^ « tant d’intérêts doivent graviter autour de lui que ce « ne serait point un mérite d’être bref :„ressentiel « est d’être concluant. »
Nous ne sommes point partisan d’une haute notabilité sociale. On n’arrive en général* au sommet que pour s’envelopper de sa renommée et vivre paisiblement sur elle. On a beau dire : le patriotisme et l’ambition se touchent , tous les maréchaux de l’empire n’ont pas combattu à Paris et ailleurs, comme le maréchal Soult à Toulouse. Sous une haute illustration, le pays peut grandir avec rapidité sans doute , mais
(1) Genty de Bussy , Régence d’Alger, pag. 440.
il peut périr aussi, et du procès ainsi perdu, nulle part il n’y aurait appel ; la mort ne rend pas ses victimes. La question d’Afrique a déjà reçu de trop profonde^ blessures , pour qu’on n’écarte pas d’elle un aussi redoutable écueil.... Nous n’avons de pré(ÿlection que pour celui qui pourrait réunir tous les suffrages; nous voulons surtout qu’il ait une fortune à faire, et que l’Afrique en soit le piédestal. Nous le voulons dans ces seconds rangs d’où tant de ceux qui -les garnissent ont si bonne |envie de s’élancer aux premiers. Qu’on Je prenne énergique et le coeur haut placé, et l’investiture royale aura bientôt rangé tout le monde sous son obéissance. Avec un militaire, l’état-major dont il est entouré , la famille de ses officiers , l’ascendant , d’abord insensible , mais bientôt plus réel, qu’il sont naturellement appelés à prendre sur lui , ne peuvent-ils pas faire supposer que l’administration territoriale, que la colonisation, que tout ce qui doit plus tard survivre à l’armée, en un mot, ne soit considéré comnie l’accessoire, quand, ainsi que nous ne nous lasserons pas de le redire, ils sont le principal au “contraire? Ne peut-on pas craindre encore qu’il n’y ait entre l’autorité civile èt l’autorité militaire un défaut d’accord, de ces conflits qui paralysent le meilleur vouloir? Et qu’on ne s’y trompe pas ; c’est dans les froissemens , et non dans les scissions ouvertes , dans .les coups d’épinglè et non dans la violence, que dis-
paraît l’intérêt publie. Les premiers durent des mois, quelquefois des années ; les autres éclatent au grand jour, et l’intervention du gouvernement coupe le mal dans sa racine...
Ce que nous disons-là toutefois est loin d’être une fin de non-recevoir , et beaucoup de généraux dans l’armée nous paraissent offrir l’aptitude nécessaire à un aussi haut poste.
% I^is dans cette classe, le gouverneur doit avoir pour but, non de faire marcher ses soldats, mais de faire avancer le pàys ; non de s’illustrer par de brillans faits d’armés, mais, d’étendre et de consolider l’influence française ; non de traiter les peuples soumis en vaincus, mais en alliés 5 de nous faire aimer et respecter à-la-fois ; de préférer le cabinet .des négociations au champ de bataille. S’il lui faut, après, s’appuyer de la force , et que la gloire militaire soit sur son chemin , il doit, sans doute, ne pas la refuser au passage, mais ne la considérer que commun accident, et viser à la seule qûi soit fructueuse et durable, à celle qui ^mène aux résultats ; et comme l’a dit la commission d’ailleurs , ‘ il doit penser avant tout aux progrès de la culture, du commerce et de l’industrie ; qu’il puisse allier- à l’esprit de conciliation , la fermeté; à la justice, la force; à la prudence, le zèle; qu’il soit élevé et digne, généreux et loyal ; qu’il soit doué de la rare faculté de mener les hommes , de les subjuguer et de les grandir ; qu’il ait ses coudées
franches, de l’influence, de l’action; qu’une fois lancé, il ne s’arrête qu’après longues‘années ; qu’il ne regagne ses foyers que son œuvre accomplie , et il aura ajouté des lauriers aux lauriers de la*France , un nouveau territoire à sa puissance*, une belle page à l’histoire de sa civilisation ; il aura bien mérité de la patrie,' enfin ; et dans les acclamations de ses concitoyens , il trouvera. le plus doux prix de ses efforts*
Maisi dans l’armée, rétrécie par les grades , le cer- ^ de donne peu de marge , et riep n’est plus décevant que cette triste obligation de prendre les gens, non pour leur valeur intrinsèque , mais pour celle qu’ils représentent ; non pour leur réalité, mais pour leurs in'âignes. L’ancienneté, comme la capacité, doivent sans doute conduire aux récompenses militaires ; il faut que chacun ait* sa part; maijs l’ancienneté n’a qu’une voie devant elle, et la capacité seule les a toutes.
Avec un gouverneur venu de l* ordre civil,' et nous ne le dissimulerons pas, tel ésf notre •vœu formel , s’en va le da^er de voir substituer le moyen au but. Il y aura chez lui plus d’habitude de manier les hommes,
' plus d’inclination pour la douceur et la persuasion que pour la sévérité et la force. Concentrées sur une seule pensée, sa gloire sera la paix ,. son ambition, la prospérité progressive du pays. Inaccessible aux séductions des combats , devant lui l’esprit militaire s’effacera, et 1^ colonisation reprendra la seule place qil’elle puisse occuper, la première.
Mais à l’un comme à l’autre, nous éprouvons le besoin de le redire., il faut un avenir personnel en perspective ; il faut que le goût vienne avec le séjour, et qu’ils ne songent au, repos qu’ après avoir veillé long-temps. Les législateurs des peupks sont pèus s.ûrs d’arriver* à la, postérité que ceux qui le*s,ont conquis. Météores passagers , les uns brillent et, s’évanouissent; bienfaiteurs de l’humanité, les autres se perpétuent même au delà des institutions qu’ils ont créées . Lycurgile et Solon ont recueilli plus de bénédictions qu’Alexandre et César; la mémoire du Richelieu, fondateur d’Odessa , durera plus que celle du Richelieu qui \ainquit à Mahon , et Napoléon enfin, vit déjà plus par ses codes que'par ses victoires. Du point de départ au point d’arrêt , du voyage au but, les obstacles fourmilleront soiis les pas de l’élu ; plus d’une journée pénible lui fera monter la sueur au frdnt ; plus d’une intrigue l’environnera, de ses réseaux ; plus d’une calomnie's’ourdira dans l’ombre ; l’Afrique , pas plus que la France „ ne peut être l’eldorado administratif. Mais la mission est assez belle pour coihporter quelques tourmens. Grâce â Dieu , nous avons encore de ces gens au caractère bronzé, à l’organisation vigoureuse, à Timagination créatrice, qui ne demandent pas mieux que de dévouer leurs jours à pareille mission. C’est parmi eux .qu’il faut choisir , et ceux-là ne s’effraieront pas des orages. Que s’ils se demandent quelle est leur tâche , ils se
répondent: constituer une société tout entière; telle elle est. Mais si le génie n’est que la faculté de réunir toutes les forces de l’esprit et de l’âme sur un même objet , ils peuvent l’avoir. * Quand on demandait à Newton comment il avait trouvé le calcul de l’infini, ^il répondait : en y pensant. Que ces mots leur servent de boussole j qu’ils veillent, non des mois, maïs des ans, mais toujours, et ils arriveront.. »
Telle est la S.eule marche à suivre en Afrique. Il faut nécessairement un plan adopté par le gouvernement central ; pour l’arrêter, il faut s’entourer de tous les documens désirables, recueillir les avis, s’éclairer des lumières de tous les hommes compétens, et puis donner ce plan à un chef habile, résolu, dévoué à son accomplissement. Tant que vous serez ballotés par l’indécision, tant que vous aurez là-bas un gouvernement militaire, vous pourrez avoir quelques actions d’éclat, quelques excursions glorieuses, tel ou tel gouverneur pourra montrer plus ou moins d’énergie, mais vous n’aurez pas un ensemble de conduite qui admette le progrès; vous ne marcherez pas vers le but où doivent tendre tous nos efforts : la colonisation.
L’autorité militaire ne colonise jamais. Les établissemens de l’Angleterre dans les Indes nous en fournissent un exemple frappant. A leur naissance ils subirent toutes les conséquences et toutes les brutalités de la conquête. « Les Anglais pensèrent qu’on acqué-
» rait difficilement de gra*ndes richesses sans de « grandes injustices, et que pour surpasser ou même « balancer les nations (les Portügais et les Hollan- « dais) qu’ils avaient censurées, il fallait imiter leur ë conduite. C’était une erreur qui les jeta dans de .« fausses routes. Avec des maximes plus saines ils a auraient senti que si la bonté, la douceur, la bienë faisance, l’humanité ne conduisent pas aussi rapi- « dement à la prospérité que la violence : assise sur ë ces respec^bles bases, la puissance en est plus « solide et plus durable. On n’obtient de la tyrannie H qu’une autorité précaire , qu’une possession trou- « blée. Celle qui émane de la justice finit par tout « envahir. L’empire de la force est regardé comme « un fléau, l’^empire de la vertu comme une bénédicë tion; et je ne me persuaderai jamais qu’il soit in- « différent de s’annoncer aux nations étrangères ou
ë comme des esprits infernaux-, où comme des intel-
« ligences célestes, (i)|
« S’il importe au citoyen de se faire ,un caractère « dans la société , il importe tout autrement encore . . « à une nation de s’en faire un chez les nations , au « milieu desquelles son projet est de s’établir et de « prospérer. • • •
« Un peuple sage ne se permettra aucun attentat « ni sur la propriété, ni sur la liberté. Il se confor-
(1) Raynal, Histoire philosophique et\polUiqûe des e'tablissemens europeens'-dans les Indes , 2—12.
« mera apx usages ; il attendra du temps le change- « ment dans les mœurs. S’il ne fléchit pas le genou « devant les dieux du pays,* ils se gardera bien d’en IL briser les autels. Il faut qu’ils tombent de vétusté.
« C’est ainsi qu’il se naturalisera.;. Il n’y a que l’a- « mour des liabitans et d'i^ne contrée qui puisse» « rendre solides vos établissemens. Faites que ce§ habitans vous défendent, s’il arrive qu’on vous at- « taque. Si vous n’en êtes» pas défendus, vous en « serez trahis. » (1) ’
Ces observations du philosophe ne sont point toutà-fait intempestives. Non pas qu’il y ait analogie de cruautés entre les procédés de noscolonistes africains et ceux des conquérans de l’Inde, mais sans qu’il y ait les mêmes excès, il y a le même oubli des vrais' principes de colonisation’, et sous ce rapport les enseigneïnens de Raynal ne sont point inopportuns.
N’eussent-ils d’ailleurs que cet avantage de rappeler à l’esprit les violences exercées par l’occupation inilitaire, ce serait encore un utile préservatif contre les
abus, dont nous nous plaignons. Les noms de La
Bourdonnais, Dupleix, Lally, nous- les invoquons comme témoins dans la cause que nous plaidons ici : ils s’attachent comme de sanglans souvenirs à ce système armé et guerroyant, dont nous nous portons les plus intraitables adversaires et que nous* voulons
(1) Raynal, Histoire philosophique et politique dée étahlissemens européens dans les Indes, ii, 337.
proscrire. Il n’a abouti qu’à l’exterminalion. Il en sera toujours ainsi d’ un principe de violence pris pour base d’un gouve^nemeft sur un peuple nouveau ou conquis : la iogique est la loi du monde ; ainsi donc l’emploi de la force matérielle appelle inévitablement la résistance matérielle ; si la puissance conquérante a conservé sa supériorité, ellq voudra comprimer ces tentatives; alors la lutte s’établit, l’extermination en est le résultat. H
Telle, est la conséquence inéyitable^u gouvertiement brutal, du gouvernement militaire,
§ 2. L’autorité civile naissant de la civilisation a [iour effet de substituer la * puissance de la raison et de la loi à la volonté et aux caprices de la force matérielle. . .
De même que l’homme est un composé de deux élémens dilférens : la matière et l’intelligence ; de même aussi une nation participe de \îette double mature ; il faut donc qu’à l’appui de son organisation morale j intellectuelle, politique, elle appelle des moyens matériels de défense ; de là l’uiilité des corps armés. Mais il ne faut pas se dissimuler que les progrès de la raison publique en diminueront de plus en plus la nécessité. Les lumières moralisent de jour en jour le droit interne et externe des nations, et un temps viendra où ce droit sera la lor'suprême,. décisive, pacifique de tous les différends des peuples entr’eux. 11 en, est bien ainsi *des particuliers qui composént un état ; à l’ex-
ceplion du duel, ce reste de la barbarie, les contestations privées se résolvent gux pieds de la justice et sous la décision des magistrats. Pourquoi en seraitdl différemment de nation à nation ? Pourquoi la voix des armes devrait-elle retentir dans ces querelles plus que dans les autres ? Indubitablement la guerre, cette confession d’impuissance de la raison, cet appel de l’insuffisance des lois morales à la loi du sabre, ira s’amoindrissant, se^aréfiant sous l’inspiration du progrès et de^ raison. Et*ceci n’est point uneVêverie : la perfectibilité humaine nous en est un sûr garant.
Ce que nous présageons pour la vie externe de*s nations, s’est au surplus déjà accompli dans l’existence intérieure des états civilisés , c’est même là le caractère distinctif de la civilisation, à savoir de substituer la puissance de la raison et de la loi' à la volonté et aux caprices du gouvernement absolu.
.Nous rie demandons* pas autre chose pour nos possessions d’Afrique que l’application de ces principes protecteurs des droits de tous et de la dignité humainè. Etablissez l’autorité civile sur des bases fixes elle grandira ensuite peu-à-peu et répandra ses bienfaits sur ces belles contrées, antique berceau de la crvilisation qui a parcouru le monde pour revenir à son point de départ glorieuse et conquérante.
§ 3. Le désir instinctif de ce pouvoir régulier , pacidque , en même temps qu'énergique et résolu; se révèle par l’inquiétude générale à chercher un chef. — Proposition d’une vice-royauté. Est-elle réalisable ou maintenant ou plus tard? Est-clleeonstitutioimelle ?
Il y a chez une nation certains sentimens qui s’expriment avec énergie; il en est d’autres qu’il faut pour ainsi dire deviner. Lu science politique a ce doiible but de satisfaire aux premiers presque toujours sans hésiter; car il est rare de pouvoir en éviter l’application sans danger; en second lieu, d’étudier les autres et d’en apprécier la portée. Nous croyons avoir reconnu l’uiie de ces pensées intimes d’une nation dansKce désir ardent d’avoir un chef, désir qui se traduit et se formule par des réclamations collectives et individuelles, par des pétitions à tout propos , à tout venant. Ces pétitions, qui toutes sollicitent un chef sous un nom ou sous un autre, nous rappelaient insplontairement l’apologue de Lafontaine sur la Gent .marécageuse demandant un roi. Ainsi, pendant notre séjour à Alger, le duc de Nemours y passait en revenant de Constantjne; pendant les trois ou quatre jours qu’il .y demeura, il fut assailli de demajides du genre de celles dont nous parlions. * . .
C’est un singulier spectacle pour des honuries habitués à voir un pays comme la France, dans lequel toutes les institutions , nombreuses et serrées pour ainsi dire les unes à coté des autres , se développent
et grandissent sous l’examen et la critique de tous , c’est un étrange contraste , disons-nous , que celui d’une population tout entière, abandonnée, sansdirectior/,Bans unité, sans gouvernail en quelque sorte, et cherchant partout un gouvernement , un chef, un maître.
Il y a au fond de ce fait un malaise réel ; il y a dans cette inquiétude générale un symptôme grave , qu’il est important de signaler : c’est un navire égaré en pleine mer sans boussole. *
Triste situation pour un peuple ! Abandonné, il se jette sans examen, sans réflexion , dans les bras qui s’ouvrent àdui. Cette situation a une analogie lointaine avec celle où se trouvait la France à une certaine
époque; désorganisée ,,ingou ver née sous le directoire, elle voulait à tout prix un maître ; ce maître parut, fort, résolu, énergique. Il prit d’une main ferme les rênes de l||^dministration, raffermit les ressorts détendus du gouvernement , et n’eut pas de peine à en faire un gouvernement absolu. Si parva licet compo-'^ nere magnis, l’Afrique est aujourd’hui dans une position à peu près semblable : elle n’est pas gouvernée, et voudrait l’être. L’état de faiblesse, de désorganisation, ou plutôt d’inorganisation, dans lequel elle se trouve, lui donne le désir instinctif d’un pouvoir régulier, sans lequel, en effet, il n’y a pas de société possible.
Ce besoin instinctif se revèle-t-il par une bonne
pensée ? cette proposition d’une vice-royauté est-elle admissible ?
Il y a dans cette proposition non-seulement le désir d’être gouverné, mais encore celui de n’être pas abandonné. Nous avons dit que l’administration était constituée de telle sorte, qu’elle semblait cacher une pensée d’abandon de la colonie. Ce soupçon circule depuis long-temps dans le pays et y répand une vague inquiétude. La vice-royaulé conférée à l’un des princes de France, semblait rattacher l’Afrique à la France par un lien indissoluble. Ainsi se trouvaient détruites toutes les craintes d’abanbon.
Le désir d’être gouverné se manifeste-t-il d’une manière heureuse dans cette idée d’une vice-royauté ?
C’est à nos yeux l’un des écarts les plus funestes de ce désespoir, naturel dans sa cause , mais fatal dans ses conséjjuences , si elles devaient se traduire ainsi.
Nous ne croyons pas que l’institution d’une viceroyauté soit conforme aux principes constitutionnels. Le vice-roi se couvrira-t-il de l’inviolabilité royale? Echappera-t-il à la responsabilité ? C’est bien assez pour un pays d’un roi qui s’enveloppe de cette fiction, sans créer une seconde exception.
A qui le vice-roi rendra-t-il compte de ses actes ? Aura-t-il des ministres?
Si le vice-roi rend compte au roi , celui-ci identifiera-t-il la vice-royauté à sa propre royauté de façon que ses ministres responsables des faits de la vice-
royauté, nomment eux-mêmes tous leurs agens en Afrique? Mais alors comment concevoir des agens nommés par les ministres de' France et exposés loin de leurs véritables chefs, à l’influence toujours puissante et immédiate d’un chef supérieur : le vice-roi. Cette hypothèse est inadmissible.
Le vice-roi aura des ministres spéciaux, résidant en Afrique. Ces ministres seront nécessairement responsables : le vice-roi ne le sera pas. Mais cependant si le vice-roi adopte un système qui ne convienne ni aux chambres, ni au pouvoir exécutif en France , que fera-t-on? On changera ses ministres? Il paralysera leur volonté. Il persistera dans son système. Nos chambres lui refuseront de l’argent par le rejet de son budget ?
D’abord je ue sais pas s’il est fort rationnel de punir tout un pay^ pour la faute d’un seul homme, et d’abandonner uue colonie entière, par suite d^ine organisation vicieuse qui ne permet pas de modifier une conduite errouée ou* coupable.
Ensuite il peut se faîj e que ce vice-roi contrarie les vues de la inère’^patrie , précisément pour amener cette rupture et se soustraire à son action , soit par suite de suggestions d’un gouvernement étranger et jaloux, soit par esprit d’indépendance et pour s’alfrancliir delà tutelle métropolitaine. Alors, me dira-t-on, on enverra des troupes, Qu emploieraia force. Sans doute U le faudrait bien dans ce cas, quoique l’exemple des
Etats-Unis, il y a près d’un demi-siècle, et du Canada aujourd’hui soit là pour attester l’insuffisance de ces appels à la répression violente. C’est alors surtout qu’il y aura lieu de craindre que la colonie, devenue prospère, ne profite de sa prospérité même pour briser le lien qui l’attache à la métropole ; son organisation complète en changeant le titre de vice-roi en celui de roi lui facilitera cette pensée d’indépendance, et l’ambition du vice-roi se chargera peut-être du soin de faire éclore cette pensée avant maturité.
Mais repoussons toutes ces suppositions :
Le gouvernement vice-royal aura des ministres responsables vis-à-vis des chambres. Il faudra donc que ces ministres aillent tous les ans pendant un temps plus ou moins long, débattre devant les chambres les intérêts de la colonie. Il le faudra nécessairement : aucun commissaire, aucun envoyé extraordinaire ne peut les remplacer. Pendant leur absence, qui gérera les affaires de la colonie? Comment concevoir la viceroyauté abandonnée à elle-même ?
Évidement le jeu des ressorts constitutionnels sera gêné, embarrassé pas ces combinaisons, et s’il est vrai que le système représentatif soit déjà bien assez compliqué de fictions, il serait de la plus haute imprudence d’y superposer encore celles d’une vice-royauté, avec toutes ses complications, tous ses embarras, avec tous les périls que la sagesse doit prévoir et éviter.
Yoüà pour la théorie constitutionnelle.
Mais il est d’autres inconvéniens très graves attachés à une pareille idée :
L’expérience nous a appris à nos dépens qu’une royauté coûte cher \ il faut qu’un pays soit riche pour faire face aux dépenses qu’elle amène avec elle ; ne serait-il pas déraisonnable de faire peser un semblable fardeau sur une colonie naissante en faveur de laquelle les sacrifices paraissent déjà si lourds à la mère-patrie? Un vice-roi entraînera après lui une liste civile, une cour. Déjà l’on parle de construire à Alger un hôtel pour le gouverneur qui pourtant est admirablement logé dans l’ancienne habitation de ville du Dey; s’il y avait un vice-roi, il faudrait lui élever un palais, avec toutes ses dépendances de ville et de campagne. Ce serait une source intarissable de dépenses. Une vice-royauté dévorerait toutes les ressources du pays et fatiguerait la métropole : ce serait la ruine de la colonie. Dieu la préserve d’un tel honneur !
On nous citerait peut-être l’exemple de l’Ecosse qui eut des rois particuliers jusqu’en 1603, époque à laquelle Jacques Stuart VI, réunit les couronnes . d’Angleterre, d’Irlande et d’Écosse sous le nom de Jacques I" et prit alors le titre de roi de la Grande- Bretagne: Mais sans vouloir copier ce mot révolutionnaire que l'histoire des rois est le martyrologe des nations, il est incontestable que l’exemple de l’Ecosse serait un exemple désastreux; mais il n’est même pas
pertinent ici , car l’Ecosse avait son gouvernement propre, indépendant de celui de l’Angleterre : les rivalités de voisinage la plongèrent dans une longue suite de guerres et de tourmentes; au surplus ce n’est pas à vrai dire , la question qui nous occupe en ce moment.
L’Irlande nous offre un rapprochement plus exact. Gouvernée, comme l’Ecosse, par des rois particuliers jusqu’en 1171, elle eut son parlement jusqu’en 1801 î depuis lors il est réuni à celui de la Grande-Bretagne, auquel il envoie cent députés. L’Irlande est gouvernée par un lord-lieutenant qui ressemble beaucoup à un vice-roi. Mais outre qu’il n’en a pas le titre, il n’en a pas non plus les attributions ; c’est un chef supérieur révocable par le gouvernement anglais. 11 y a de plus cette différence entre l’Afrique et l’ir- ^ lande, que cette dernière a des représentans , des députés dont on connaît l’importance et l’autorité, ce qui n’arrivera pas de long-temps à l’Afrique. Et enfin ce serait encore une triste analogie que celle à à tirer de l’Irlande, dont les malheurs et les convulsions sont un funeste enseignement à qui s’engagerait dans une semblable voie.
De tout ceci il faut conclure que la vice-royauté est une autorité bâtarde, inconstitutionnelle, ruineuse, et que le projet qui en avait été conçu en Afrique était l’indice d’un malaise profond, la manifestation d’un ardent besoin de direction fixe, régulière ; nous ne le
frapperons pas de ridicule , ainsi qu’on a essayé de le faire, parce que son motif est sérieux et qu’il émane d’ailleurs du désespoir et de la souffrance , niais sa réalisation n’en serait pas moins fatale à la colonisation : nous^ne pouvons l’admettre.