‹ Algérie et TunisieChapitre 10 sur 107 · La tente · texte numérisé non relu

La tente

Un marabout.

S'il ne fit que mordre le persan sur son socle iranien et l'espagnol sur son plateau d'Ibérie', il déchira, digéra les idiomes sémitiques de l'Asie Antérieure, le copte d'Egypte, le phénicien d'Afrique et aussi le berbère de l'Atlantide, qui jusqu'à présent n'est entré qu'à demi dans sa

gueule.

Dès que l'Islam eut conquis l'Afrique, donc à partir de la seconde moitié du septième siècle, l'arabe fut la langue religieuse, celle dont le meudden crie cinq fois par jour les gutturales, au fedjeur-, au dhohor', à l'aceur*, au maghreb% à reucha% quand il gémit sur le minaret qui est le clocher des temples musulmans et qu'il invite les fidèles à la prière : « Dieu est le plus grand! Dieu est le plus grand! Je témoigne qu'il n'y a de Dieu qu'Allah et que Mahomet est l'envoyé de Dieu ! Venez à la Prière, au Salut ! Dieu est le plus grand! Il n'est d'autre Dieu que lui ! »

Puis, dès que les Berbères furent entrés en Espagne, il tendit à devenir la langue de leurs camps. Certes ils se battaient pour le pillage sur terre autant que pour la félicité promise outre tombe; mais c'était bien comme des « soumis à la volonté de Dieu' » qu'ils avaient franchi la « mer du milieu » ; et, vainqueurs ou vaincus, sous le drapeau vert, jaune et rouge, une partie de leur pensée, sinon peu à peu toute leur pensée germait dans l'idiome où Dieu s'était voulu révéler.

Puis ce fut, ou le langage unique, ou l'un des deux langages à la cour des grands empereurs berbères, les Almoravides d'abord, les Almohades ensuite, qui régnèrent sur le Maroc, le Sahara, l'Algérie occidentale et sur une Ibérie lentement rétrécie par les victoires des chrétiens.

Et peu à peu l'arabe devenait l'idiome des villes, des routes et carrefours de routes, des marchés; lentement les religieux nommés marabouts', portant la langue du Livre, étendaient sur le pays les mailles de l'arabisation. De même qu'en terre chrétienne ou en terre bouddhiste, les cénobites de la terre musulmane surent élire les beaux sites, les belles eaux, les belles vues, et, l'Afrique étant torride, les impénétrables ombrages sous le zenboudj " qui voit dix fois cent ans, sous le platane aux larges feuilles, le jujubier, le micocoulier, le caroubier, le chêne; ou dans la montagne neigeuse, sous les cèdres dont dix, vingt siècles tordent les branches monstrueuses.

Aimés d'Allah, les marabouts prodiguèrent les miracles autour d'eux, dans la tribu qui les avait accueillis, si dépenaillés qu'ils fussent, et venus on ne sait d'où, surtout du « Maghreb le plus éloigné », du Maroc, qui est le pays de la sainteté.

1. Dans l'un comme dans l'autre il a laissé l'empreinte de ses dents : des centaines de mots espagnols etdes milliers de mois persans sont d'origine arabe.

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