Mot ilalien, devenu français en Algérie : les marchands
Lorrain, l'Alsacien, le Parisien, le Normand, le Breton, l'homme du Centre, « passaient et n'étaient déjà plus »; le Gascon et le Béarnais, résistaient à peu près au soleil d'Afrique; le Languedocien, le Provençal, le Catalan français, le Corse, l'Italien péninsulaire, le Sarde, le Sicilien, le Baléarien, le Valencien, le Murcien, l'Andalou, retrouvaient en Algérie le même astre, la même lumière, le même air, le même cours des saisons que dans leur patrie d'Europe; forts contre la chaleur, l'éclat du jour, la fraîcheur subite du soir, ils n'avaient à lutter que contre la malaria, soit qu'elle montât du marais, soit qu'elle sortît des boues de l'oued, soit qu'elle fût expirée par la terre remuée pour la première fois depuis douze à quinze cents ans.
Cette haleine était plus terrible que le souffle empoisonné des dragons combattus dans leur antre par les chevaliers; eux aussi, les Méridionaux, bien que de climat presque ou tout à fait africain, remplirent le champ de la paix suprême à côté du village dont ils avaient bâti les premières cabanes. Quant aux Septentrionaux, peu surmontèrent l'épreuve; l'Afrique dévora sans compter ces fils de la pluie, des brouillards et du vent frais, nés dans le vallon de prairies, devant le ruisseau qui se brise au moulin.
Très malheureusement, la paysannerie française dut s'attaquer d'abord aux sols les "plus périlleux (c'étaient aussi les plus féconds). La conquête commença par Alger et par Bône; or Alger a la Métidja derrière ses coteaux et de Bône l'œil s'égare jusqu'à de lointaines montagnes sur la plaine de la Seybouse, aussi basse, humide, fangeuse, exhalante que la Métidja. Nos colons virent donc se lever aussitôt contre eux le méphitisme, l'incomparable ennemi de l'homme, de l'homme blanc, quels que soient son nom, son pays, sa naissance.
A côté de l'ennemi tellurique, et combattant le même combat, l'Arabe guettait nos pionniers. Mais cet adversaire était visible, au moins de jour, et le colon, le fusil d'une main, la pioche de l'autre, se défendait du maraudeur; tandis que contre la fièvre il était sans puissance. Le médecin militaire qui en trouva le remède — la quinine et toujours la quinine — Maillot n'avait -pas montré comment on la guérit; de sa baraque le colon passait à l'hôpital et de l'hôpital sous la terre. On put, on dut alors maudire la livraison de blé par Bacri et Busnach, l'orgueil du Dey, le coup d'éventail, le blocus, Alger conquise, la prise de Bône, d'Oran, du Sahel, de \d Métidja jusqu'à Blida dans la très ridicule enceinte de l'obstacle continu. De la plaine de Boufarik on put dire autant que des batailles qu'elle était détestée des mères.
Mais ce qui devait arriver arriva ; les faibles ployèrent, les forts se redressèrent. Les Français survivants, les acclimatés, bloc fait aux trois quarts, peut-être aux neuf-dixièmes, de Méridionaux nés entre Toulouse, Lyon, les Alpes, les Pyrénées, la mer du Milieu, les vainqueurs de la terre et de l'air comme de l'Arabe, se cimentèrent avec les « acclimatés d'avance », avec les péninsulaires et les insulaires de la Méditerranée, avec ceux qui parlent italien en terre ligure, en terre napolitaine, en Sicile, en Sardaigne, en Corse; avec ceux qui parlent catalan en Majorque et Minorque et dans l'ancien royaume de Valence; avec ceux qui parlent espagnol dans le pays de Murcie et les provinces andalouses; avec ceux qui parlent un patois arabe dans les roches stériles de Malte, de Gozzo et Comino.
LES COLONS
De ces alliances sortirent des familles de langue française armées pour le combat de la vie dans les pays d'extrême soleil. Et de plus en plus ces familles qui étaient l'aube de la « Nouvelle France » virent venir à elles d'autres familles, arrivées de toute France, excepté du Nord-Ouest et du Centre, qui n'envoyèrent que des dizaines là où le Sud et l'Est envoyaient des centaines ou des milliers. Les soldats libérés du service s'adonnèrent de plus en plus à l'Afrique de leur jeunesse plutôt qu'à la France de leur enfance; et les étrangers méditerranéens continuèrent à s'absorber lentementdans la petite nation française-algérienne, à peine aussi nombreuse ou moins nombreuse qu'eux.
Peu à peu la cloche du village sonna plus de baptêmes, moins de funérailles, et l'Arabe
Un village colonial ; vue prise dans l'Oued Sahel. (D'après une photographie communiquée
par M. Jul. Poinssot.)
vaincu ne tua plus de colons. La paix qui a tourné en croît le décroît des Indigènes ne favorisa pas moins les familles des pionniers. A mesure que le village s'emplissait de vie rieuse, il devenait aussi moins laid, moins sordidement misérable. On l'avait bâti sur des plans uniformes, tantôt carré, tantôt rectangulaire, tantôt triangulaire, avec une place médiane, triangulaire si le bourg était en triangle, rectangulaire s'il était en parallélogramme, carrée si la bourgade avait les quatres côtés égaux. Des murs entouraient la « colonie », murs bas, sans épaisseur, avec tours d'angle impuissantes; mais, telle quelle, cette enceinte suffisait contre l'Indigène. Les maisons, sur les rues très larges semblables à des boulevards, n'avaient que le rez-de-chaussée; la largeur de leur avenue les faisait plus humbles encore devant une rangée d'arbres mourants de soif. Qui voyait ces mornes demeures, et sur la porte les fiévreux, et dans le cabaret les ivrognes, plaignait de grande pitié ces villages désespérés ; mais chaque année les arbres plantés
sur les rues grandissaient en dôme de verdure ; des maisons se haussaient d'un ou deux étages ; le mur de fortification croulait et devenait boulevards; puis un canal amenait l'eau pure.
Il dura longtemps le combat de la mort contre la vie, dans cent villages plus malheureux les uns que les autres,, isolés, sans ponts, sans routes, sans eau, sans ombre, parfois sans habitants durant les années oîi la maladie tuait la jnoitié des villageois et faisait fuir l'autre moitié. Enfin, en 1850, qui fut l'an climatérique, les naissances de colons l'emjjortèrent sur les décès, et l'on sut que la Nouvelle-France, si longtemps condamnée à mort, verrait luire à jamais l'étoile du matin.
De 1830 à 1906, la population coloniale grandit comme suit, armée à part :
1833 signala la présence de .5 300 Européens.
En 1835 on n'arrivait pas encore à 15 000.
1841 dénombra 37 000 colons.
1845 en compta 95 000.
1851 en reconnut 131000.
En 185G on en recensa 161 000.
En 1861 leur nombre s'éleva à 193 000.
1 866 en marqua 2 1 8 000 .
1872 fixa leur force à 280 000 âmes.
1876 porta le total tï 345000.
1881 en trouva 412 000.
1886 établit qu'il y avait alors dans l'Algérie, Tunisie à part, 467 500 « colons », y compris les Juifs, nationalisés en bloc entre le recensement de 1866 et le recensement de 1872.
Et 1906 en a recensé 730 000, les Israélites et l'armée comprises; 925000 avec les colons et les Juifs de la Tunisie.
II. Les Français. — Sur les 730 000 «coloniaux» de l'Algérie, en 1906 les Français strictement Français ne sont que 279 000; avec les Européens naturalisés, on en compte 450 000, et avec les Juifs déclarés citoyens français, 515000.
Plus de la moitié des Français pur sang et presque tous les naturalisés sont venus au monde en Afrique; ils .se disent eux-mêmes Africains; un grand nombre tiennent déjà par dç profondes racines au Continent Noir », étant de la seconde, sinon de la troisième génération née par delà le « grand fossé » de la Méditerranée, qui réellement n'est qu'un petit fossé.
Parmi ceux qui vieiinent de la Vieille-France, la très grande majorité sort de nos départements du Midi; c'est de V^ienne ou Valence à Marseille et de Toulouse ou Carcassonneà Menton, et là seulement, que l'Algérie attire les Français; franchir un lac d'azur et vivre ensuite sous un soleil congéniai, dans le pays de l'huile et du vin, il n'y a rien qui puisse effrayer le Provençal, le Langudocien, le Catalan du Roussillon, nés dans la patrie des plus riches vignobles, dans les cantons où frémit le pâle olivier. En dehors des Français de la Méditerranée, du Rhône
LES COLONS
inférieur et de la Corse, les trois provinces renferment beaucoup de Béarnais, de Gascons, de Dauphinois, de Franc-Comtois, d'Alsaciens, de Lorrains, de Parisiens.
En 1833 il n'y avait encore que 3 300 Français dans l'Afrique du Nord; et SSOO en 1836.
Ea 1841 leur nombre était de près de 17000;
En 18io, de plus de 46 000;
En 18ol, de 66000;
En 1836, de 93 000;
En 1861, de 112 000;
En 1866, de 122000;
En 1872, de 130 000;
En 1876, de 156000;
En 1881, de 193 000;
En 1886, de 220000.
En 1906, de 279 000; de 300 000 avec les naturalisés par choix, en dehors des 149000 devenus Français par l'effet de la loi de 1889 qui nationalise automatiquement tous les enfants d'Européens nés sur le sol de l'Algérie.
Presque tous les 3300 Français de 1833 habitaient les villes d'Alger, de Bône, d'Oran. Il n'y avait encore de ruraux que quelques vaillants hommes, jeunesse téméraire, dans les fermes,
au milieu des Arabes frémissants toujours prêts à se glisser le jour, la nuit, dans la brousse et à scier au couteau la nuque du Roumi. Il y avait aussi deux villages infortunés, les deux premiers fondés par la France en Afrique, Déli-Ibrahim et Kouba, tous deux dans la banlieue d'Alger, sur la côte du Sahel. Ledit Kouba, ledit Déli-Ibrahim, et tels autres villages commencés en vertu d'un arrêté dans la « marche » entre l'Algérie conquise qui se bornait à trois ou
quatre cantons et l'Algérie à conquérir, qui avait une étendue « impériale », ce fut là le premier
Émigrés majorquins ( montagnards ).
effort de la colonisation telle que le comprit l'Etat français; car Paris voulut suivre l'exemple de Rome.
Ce que la « Ville Eternelle » avait acquis, ce qu'elle n'abandonnait jamais dès que l'aigle qu'elle croyait éternelle y avait jeté l'ombre de ses deux ailes, devenait romain de fait par la présence de colonies latinophones et la contagion des mœurs, des plaisirs, des vices de l'absorbante cité. Or la France ne pouvait encore songer à pénétrer les Indigènes de sa langue, de ses lois, de ses idées; mais il ne lui était pas défendu de suivre l'exemple des conquérants partis des Sept Collines en s'assurant par des colonies françaises le sol soumis de l'Atlantide.
Et certes elle eut raison. Ce que nous avons de profondément enraciné en Numidie et Maurétanie, ce qui promet déjà de braver la tempête noire (qu'elle vienne de la Numidie ellemême, ou, par cas possible, d'Europe), la meilleure pa3-sannerie française de l'Atlas vient de cette semence des premiers jours. Dans ces villages oiïiciels, si longtemps misérables, naquit, grandit, puis essaima la race des paysans francophones. Ce n'est point la ville avec ses marchands, ses ouvriers, ses gratte-papiers, ses oisifs, qui nous assure une terre sacrée par tant de victimes. La colonisation spontanée, que tous célèbrent sur le mode dithyrambique, a créé cent fois moins de ruraux que celle qu'on flétrit en la taxant d'administrative.
Mais durant une quinzaine d'années on dut conquérir plutôt que de coloniser. Rares furent alors les villages implantés sur des terres abandonnées par des tribus ou vides ef sans maîtres. Pendant ces quinze ans de lutte, la colonisation fut donc surtout d'ordre inférieur; elle fut principalement urbaine. Elle fixa dans le pays des ])rasseurs d'aiïaire qui trouvèrent ici plus forts qu'eux, les Juifs; elle y amena des fonctionnaires, dont beaucoup fondèrent des familles qui restèrent africaines; elle y ancra par milliers des hommes de petits métiers; et, sans, fin ni compte, des hôteliers, aubergistes, gargotiers, marchands de vin, débitants de champoreaux ', de café, de mortelle absinthe.
L'absinthe, a-t-on dit, nous a tué plus de monde que les Arabes. Funeste. partout, elle l'est plus encore en Afrique, ainsi qu'en tout pays de chaleur; elle coulait àflots, souvent frelatée, donc plus vénéneuse, de tous les débits des villes, de tous les « bouchons » des routes, de tous les « rendez-vous des chasseurs » embusqués à la croisée des chemins, de toutes les ginguettes des naissants villages, même de ceux qu'avaient commencés des familles de ruraux habitués à l'eau des fontaines. L'urbain, le soldat, le campagnard buvaient avec l'araère boi.sson le tremblement, le tio, la manie, la névj-ose, l'épilepsie, la folie: ils buvaientrleur mort, et celle de leur descendance, et celle de l'Afrique française, si plusieurs des milliers de cette jeune France n''avalent cîrié à la «f Fée Verte » : « Arrièrejjoconnais ton ignominie! »
La passion du plus grand nombre pour l'absinthe, pour les alcools,' valut àtolis lesAlgériens Français un renomqui ne fut jamais' entièrement mérité et qui a cessé'de l'être. Tous ou marchands d'absinthe ou buveurs d'absinthe, criait-(in. Même on le crie encore, aujourd'hui que
1. On nomme ainsi un café versé sur une autre liqueur, telle que rhum, orgeat, etc.
L'invasion des criquets. (Dessin de Marius Perret.)
LES COLONS
le Français d'Afrique s'intoxique moins que le Français d'Europe — du moins l'homme de la campagne qui n'a pas assez de tout son temps pour défricher, semer, moissonner, planter la vigne, défendre sa récolte contre le maraudeur, et parfois sa vie contre l'assassin qui rôde.
La journée du colon de l'Atlantide est autrement dure que celle du paysan de France; par cela même l'Atlantidien est plus intrépide que son frère d'outre-vague, et plus intelligent aussi. Les jours terribles de juin et juillet, la fauche, la fenaison, la moisson, le battage, la chaleur où l'air vibre en éblouissement, les dix-huit heures de lumière contre les six heures de nuit, tout cela c'est deux mois en France, et c'est six ou huit mois en Afrique, avec cette seule diilérence que les journées africaines ne sont jamais aussi longues, ni les nuits aussi courtes que les françaises.
Ce n'est pas tout encore. Aux prises avec une nature plus extrême que celle de l'Europe tempérée, le colon interroge tout l'an durant le ciel avec plus d'anxiété que le campagnard des Vosges, de la Neustrie, de la Provence. S'il redoute moins les gelées tardives, il craint autant la grêle; et le nuage livide qui plombe à l'horizon le menace deux fois : sa récolte, sa vigne sera hachée si cette nue décoche des grêlons; elle sera dévorée si le nuage est un nuage vivant, frémissant du bruit des ailes et des mandibules, un ouragan de sauterelles quelquefois large de douze lieues, avec cinquante milliards d'insectes.
Même ces vols de sauterelles qui laissent après eux la terre nue, ces marches lentes des acridiens et criquets qui passent en dévorant tout comme des armées après d'autres armées, ces invasions du volant et du sautillant ne sont pas le plus cuisant souci du campagnard des quatre provinces. Le fléau des criquets ne s'abat fréquemment que sur certaines contrées plus malheureuses en cela que les autres, spécialement sur le demi-Tell, demi-Steppe de Constantine, Batna, Sétif, Bordj-bou-Arréridj. Il se passe cinq, dix, quinze années sans que l'armée boulimique ronge même les pays qu'elle préfère, et maintes fois il advient que ses escadrons, poussés par le vent du sud, vont s'engouffrer au nord dans la mer sans avoir dépouillé tout champ de ses épis, tout jardin de sa parure et tout arbre de sa feuille.
L'ennemi toujours menaçant c'est la sécheresse, très longue, très dure, sans heures, sans journées, sans semaines humides ainsi qu'en « douce France ». La récolte n'est assurée que quand le moissonneur s'en approche, heureux que les siroccos, la rareté des pluies, la brûlure du soleil ne l'aient pas flétrie dès avant la naissance de l'épi ; parfois on la livre au troupeau, car on prévoit qu'elle ne se couronnera point de grains; parfois aussi la semence sèche en terre et ne lève pas.
Aussi de l'instant des semailles à celui de la récolte le piocheur et laboureur d'Afrique ne cesse de demander à l'aube le secret de la journée, au soleil couchant le secret du lendemain. Que lui apportera la prochaine aurore? Les rayons incendiaires, la fine ondée, la grande pluie, ou le vent stérile qui ne pousse pas de nuages, ou le vent funeste, le simoun chargé de lourdeur et de flétrissement? « Aurai-je les brises du nord? Et là-bas dans le ciel, ce dais de cuivre noir, que me promet-il, les sautereaux, la grêle ou l'orage que depuis si longtemps j'implore? »
33i ALGERIE ET TUNISIE.
Si l'Africain-Français, race sceptique, invoquait Dieu avec la ferveur de l'Arabe qui invoque Allah, ce n'est pas au dispensateur des flammes du jour qu'il ferait monter sa prière, mais à l'assembleur, à l'agitateur des nues, au distributeur de la pluie, au « faiseur de l'ombre des feuilles ». Quand ces orages bénis arrivent souvent, qu'ils viennent à leur heure, qu'ils durent, en un mot quand la saison pluvieuse n'est pas dévorée par la saison sèche qui la précède et la saison sèche qui la suit, l'Algérie est dans la joie et sa fécondité tient du prodige. On pourrait dire hyperboliquement, à l'orientale, que dans les années aux éperons A'erts un grain rapporte un pain.
Mais, par mausort (car la psine de notre Algérie, c'est d'obéir au Midi plus qu'au Nord, à la flamme plus qu'à la brise, à l'élément saharien plus qu'au maritime), les moissons exubérantes des années bienheureuses sont plus rares que les méchantes récoltes. Deux printemps misérable» succèdent plus souvent à un printemps opime que deux printemps opimes à un misérable. En général, bonne et mauvaise chance se suivent par périodes — les vaches grasses, puis les vachesmaigres; de celles-ci plus que de celles-là.
L'Africain n'avait sur le Métropolitain qu'une supériorité, celle de savoir à l'abri du puceron le vignoble qu'il ne cessait d'augmenter fiévreusement. Il vient de la perdre, le phyloxéra ayant envahi, d'abord l'Oranie, puis la Constantinie, puis la province d'Alger; et il vient de se manifester en Tunisie.
Ainsi traité par une nature sans équilibre, sous un soleil sans autre intermittence que de la. nuit, et, par surcroît, fils de pionniers qui ont deux fuis conquis le sol, par l'épée et la charrue, dise el aralro, suivant la devise de Bugeaud, le colon des Numidies et Maurétanies a tiré de sa lutte contre l'air, la terre et l'homme une énergie qu'on n'a plus en France. Il vaut mieux qufr nous; surtout il nous dépasse en virilité vitale. La France augmente à peine du fait des naissances; en certaines contrées elle diminue si vite qu'au bout de peu de générations on y aura vaincu la mort parce qu'une humanité insensée en aura supprimé la vie; mais en Atlantide la race des Français croît généreusement.
Etre ou n'être pas, c'est le problème. Elle sait comment le résoudre. Mais elle ne le résout pas seule. Y aurait-elle réussi d'elle-même sans le secours des Espagnols, des Italiens, des^ Maltais? On peut présumer que oui, par la raison que les Français du Midi capables de s'acclimater en Afrique ont toujours fourni bien plus d'immigrants à l'Algérie que les Français du Nord, dont on pouvait presque dire ici, selon la brutale formule : « Leur meilleur jardin d'acclimatation, c'est le cimetière ». Oui ou non, nous ne le saurons jamais puisque l'épreuve n'est plus à faire.
Heureusement la foule française, apte au climat par la majorité de ses hommes, inapte par les autres, se rencontra sur ce sol avec des Méridionaux très aptes à l'Afrique et supérieurs en nombre, dans leur ensemble, au total de l'immigration métropolitaine.
Méridionaux dont les trois quarts venaient d'Ibérie : non pas, à vrai dire, de toute la pénin-^ •suie, car ni les Portugais, ni les Gallegos, ni les Asturiens, ni les Aragonais, ni les Castillans, ni
LES' COLONS
les Basques n'ont jamais fréquenté que très peu l'Algérie; mais de l'Est et du Sud de l'Espagne, de la Catalogne, des Baléares, du royaume de Valence, du royaume de Murcie et des provinces de l'Andalousie joyeuse. L'autre quart des colons étrangers était fait d'Italiens, de Maltais et, en sous-ordre, d'Allemands, de Belges, de Suisses, de Grecs, etc.
Étrangers et Français étaient soumis aux mêmes hasards ; ils vivaient de la même vie sous le même astre intempérant; ils avaient mêmes intérêts, même religion, presque même langue (les Maltais à part), car français, catalan, espagnol, italien, c'est tout comme. Et d'ailleurs, de