métros
Aidbos cuUivdul la, vigile. ^Uussia de Marius Perret, d'après nature.)
LES COLONS
village, de cette province, en même temps que celle de la patrie nouvelle. Après quoi des fils aux petits-fils tout s'oublie, et l'idiome et l'origine et les parentés de là-bas; il n'est pas jusqu'au nom de famille qui ne s'accommoderait à la langue, à l'orthographe du lieu sans les sévérités de l'état civil. Locus régit actum.
Cest un enfantillage d'imaginer que les colons qui s'engouffrent par quinze cent mille dans les immenses expansions du Nouveau Monde garderont dans ces pays leur empreinte nationale au milieu du peuple dominant; que les villages allemands de l'IUinois ou du Texas ou du Rio- Grande-do-Sul resteront germanophones ; que les bourgardes italiennes] dejla province de Sào- Paulo, du Gran-Chaco, de la Pampa buenos-ayrienne demeureront italianophones ; que les colonies françaises de l'Uruguay, de l'Argentine, de la Californie, seront fidèles jusqu'aux siècles des siècles au souvenir du pays de la langue d'Oui. C'est dans le Canada seulement que les Français se maintiendront comme tels, parce que le Canada oriental, né de la France, était assez vigoureux pour vivre d'une vie française quand la déroute le jeta dans les serres de l'aigle anglais.
Trois éléments « méditerranéens », l'espagnol, l'italien, le maltais, ce dernier moins important que les deux autres, s'infusent de la sorte dans les villages dits français et qui ne le sont qu'au tiers, à demi, aux deux tiers, aux trois quarts. Dans les provinces de Constantine et d'Alger, ces villages sont plus foncièrement français que dans celle d'Oran, où le sang espagnol domine à Cran, à Aïn-Temouchent, à Saint-Denis-du-Sig, à Sidi-bel-Abbès, dans les mines, les nouveaux défrichements, les chantiers d'alfa. En Numidie. le sang italien et le sang maltais ont prépondérance à Philippeville, à Bône, surtout à la Galle. En Tunisie il n'y a guère encore que trois ou quatre villages entièrement français.
Que nombre de nos colonies, lieux devenus parfaitement français, ou tout au moins plus français qu'arabes, aient conservé le nom qui les désigna longtemps dans l'histoire, rien de mieux; ainsi Blida reste justement Blida; etMédéa,Médéa. Mais pourquoi Sidi-bel-Abbès, qui n'était qu'un palus infect, et Boufarik, autre palus, et Relizane, simple point dans la plaine, et Bordj-bou-Arréridj, un mamelon chauve sur un fauve plateau, et Souk-Ahras, marché sans caravansérail, sont-ils devenus des villes françaises sans qu'un nom français témoigne de leur véritable origine? Que signifient donc ces noms? Auraient-ils quelque chose de sacré, d'antique et solennel? Plongeraient-ils obscurément dans le passé de l'Afrique? Alors ils seraient vénérables, ils mériteraient qu'on les fît éternels. Constantine est un bien beau nom, mais Cirta vaudrait encore mieux.
Or, justement, presque tous ces noms ne consacrent rien : tout au plus le souvenir de quelque marabout bête, de quelque événement banal oublié même par la légende, qui a pourtant la mémoire si longue» Ou c'est l'indication d'un jour de marché; ou bien c'est la caractéristique du lieu, parfois exacte, voire poétique; mais, arabe ou berbère, elle est pour le Français lettres closes.
Que nous disent un Oued-el-Alleug ou Ruisseau dés Ronces (depuis longtemps défrichés) ; un Chabet-Leham ou Défilé de la Chair ' ; un Assi-bou-Nif ou Puits de l'homme au
1. De ce qu'une troupe espagnole y fut massacrée en 1543 par les « Maures • : treize hommes seulement s'enfuirent sains et saufs.
grand:nez;jun.Aïnrsidi»Ghérif ou iFontaine> de monsieur ile>Chérif' ; un Hammani'bou-Hadjar ou Thermes des iPierres; lUn HammamrJMeskhoutin ou liains Enchantés; un ~Souk-él-Arha ou Marché du mercredi; lun Mocta-rDouz, un Boukanéfis, un Guekt-rbou-rSba, un En(*hir-8aïd, un Ouettar-el-Aïch. un Ouled-Rahmoun, un Aïn-Temouchent, un Aïn*bou-Dinar. illssont à notre oreille comme J'airain qui résonne et la. cymbale qui retentit.
Parmiiles noms français, plusieurs n'ont aucune, raison d'être. Ainsi, îles noms de saints sur
•Mercanti juif.
cette terre musulmane par le plus grand nombre de ses habitants. A quoi bon un Saint-Denis, un Saint-Cloud, un Saint-Aimé, un Saint-Louis, un Saint-Leu, un Saint-Charles, une Sainte- Barbe? Un Saint-Augustin suffirait, en l'honneur de l'immortel chrétien. D'autres noms furent des flatteries au roi-citoyen qui hérita d'Alger comme d'un fâcheux présent et qui, s'il l'eût pu, n'eût certes point conquis l'Algérie dont longtemps il ne se soucia guère. Philippeville rappelle ce roi Louis-Philippe; Orléansville, Nemours, Aumale, Joinville, Montpensier sont consacrés à ses fils, dont deux, le duc d'Orléans et le duc d'Aumale ont aimé passionnément l'Afrique et s'y
il. Un cliérif, au pluriel cliorfa, tlésigne un -soi-disant descendant de la fille imique du prophète Mahcfn»et : « sur lui soit le salut! » ajoute sentencieusement l'Arabe.
;LE« COLONS
«ont battus pour la France; Saint-Amélie est consacré à sa femme. Quelques-uns ravivent le souvenir de victoires de la Repu blique, du premier et du second Kmpire : A'alniy. Jemmapes, Fleurus, Arcole, Rivoli, Lod, Millésimo, Mondovi, Montcnotte, (^itstiglione, Aboukir, Damiette, Iléliopolis, Zurich, l'Aima, Wagram, Inkermann, Malakoff, Palestro, Magenta. Novi est un nom de défaite. iKléber remémore le grand général; Carnot !'« organisateur de lavictoire».
Fuis viennent les noms des guerriers qui. ont pris part à la conquête, ceux aussi de gouverneurs généraux et de ministres de la guerre : Hovigo ' ; Dalmatie-; Clauzel; Damrémont traversé d'un boulet devant Constantine; -Porrégaux mort d'une blessure devant cette même Cirta; Combes, autre victime de cette cité dévorante au siège de 1857; Yalée; Herbillon; Bugeaud, le victorieux, le conquérant, l'administrateur ; Lamoricière, qui reçut le yatagan d'Abd-el-Kader; Cavaignac , défenseur de Tlemcen; Négrier, Bedeau, Bréa, Mangin, Petit, Barrai, Rebeval, Gastu, BizOt, Gharon, Marengo% Cassaigne, Morris, Yousouf ; Changarnier ; Pélissier qui avait pris Laghouat avant de forcer Sébastopol; Lourmel et Lavarande qui succombèrent len Crimée après avoir guerroyé en Algérie; Bosquet, l'homme de l'Aima et d'Inkermann; Randon; Renault « l'avant-garde », tué sur la Marne à Champign)',dans unesortie des Parisiens bloqués par les Allemands; Ghanzy qui parut le seul capable de « restituer » l'armée de la France. Et quelques humbles : le sergent Blandan itué à 'Beni-^Méred, dans une embuscade; ^Dublineau, soldat aux chasseurs d'Afrique, lequel, en '1843,. défendit avec un camarade un blockhaus voisin de Mascara contre une véritable armée d'Arabes. A ces vaillants manieurs de l'épée, d'autres joindront leurs noms .glorieux. Plusieurs, vivants encore, recevront cet hommage après leur mort, ainsi que d'autres déjà descendus dans l'Orcus.
Puis des noms de Français qui à divers titres ont bien mérité de l'Algérie ou de la France : Duperré qui dirigea la flotte du débarquement; Bérard qui reconnut les côtes, .caps, baies et
Coin d'intérieur juif.