‹ Algérie et TunisieChapitre 103 sur 107 · Du maréchal Soult, ducde Dalmatie · texte numérisé non relu

Du maréchal Soult, ducde Dalmatie

3. Ce n'est pas le nom de la fameuse victoire, mais celui d'un colonel d'origine italienne.

estuaires de la France Nouvelle; Maillot, Badens, Parmentier qui scrutèrent les flèvres, les maladies, les remèdes, l'hygiène de l'Atlantide; Ménerville qui en étudia la législation; Flatters assassiné parles Touaregs en Sahara, deux fois plus près du Soudan que de la Méditerranée; Guiard, compagnon de Flatters; Thiers, qui fut un partisan décidé de l'entière conquête vis-à-vis des sectateurs de l'occupation restreinte ou même du honteux abandon. Haussonvillers remet en mémoire le président de la Société de protection des Alsaciens-Lorrains qui a fondé trois villages au bas de la Kabylie de la province d'Alger; Mirabeau fait revivre le tonitruant orateur; Michclet rappelle l'historien passionné; Littré fait surgir l'image du vieux savant qui n'aima rien tant que la langue de France, dans tous ses mots, à tous ses âges, surtout l'âge ancien, quand elle balbutait encore, puis lorsqu'au xiii" siècle on l'admirait en Europe, franche, naïve et plus française qu'aujourd'hui ; Courbet honore l'amiral dépositaire de la fortune de la France sur les mers et sur les fleuves du Chinois glabre; Aboutville est un hommage à un conteur spirituel qui méditait un livre sur l'Algérie; le nom sonore de Victor Hugo rappelle celui de 1' « altissime » poète; Pasteur le rénovateur de la médecine; etc., etc. Après quoi plusieurs noms sans gloire, qui ne sont que politiques.

D'autres noms voulaient renouveler notre deuil de l'Alsace et de la Lorraine : Strasbourg, le Robertsau, Rouffach, Ritche, et autres qui ne sont point entrés dans l'usage courant, soit parce que le nom indigène avait déjà force d'existence — ainsi Akbou n'est point devenu Metz — soit parce que la langue française s'accommode mal aux noms germaniques, — car comment les Néo-Français d'Afrique prononceraient-ils aisément des mots comme Eguisheim? D'autres noms, ceux-là français, n'ont pas eu la force de tuer le nom arabe : le Smedou ne s'appelle guère Condé; Batna, c'est Hatna et non la Nouvelle-Lambèse; et nul ne dit la Nouvelle-Cargèse là où l'on avait toujours dit Sidi-Mérouan.

Enfin il y a les noms, fort rares encore, qui rappellent une des circonstances du lieu. Plusieurs hameaux s'appellent les Trembles, d'arbres au frémissant feuillage très hauts et droits sur le bord d'une source, — de même les Indigènes ont maints Aïn-Sfisef ou Aïn-Safsaf, ainsi désigné d'une fontaine qu'ombragent des peupliers blancs. — Un village de la marche de la Grande Kabylie a nom Bois-Sacré, du bosquet de vieux oliviers auprès duquel on le créa sous le nom d'Aboville, d'après son fondateur, Abo. Isserville indique, dans la même région, une bourgade riveraine de Tisser Oriental. Pont-du-Chélifî est baptisé d'après un pont bâti du temps des Turcs sur le fleuve bourbeux par des prisonniers espagnols. Rellevue, c'est le nom qu'ont obtenu pour leur bourg les Sourkelmitoutois^ habitants purement français d'un de ces sites arabes dont l'appellatien déroute les arabisants : est-ce un Marché , quelconque, Souk '-el-Mitou; ou Sour-Kelmitou, le Rempart des Massacrés? Il est donc devenu Bellevue, et de fait il domine un superbe ravin, de délicieux jardins arrosés par une source et le val du Chéliff en face de l'entassement des monts du Dahra, Aïn Nouissy, qui contemple la plaine infinie de la Macta et du Sig,

1. Le mot souk, qui est très commun dans la nomenclature arabe, veut dire le marché.

LES COLONS

possède au pied de son Trek-el-Touirès (339 mètres) une fontaine sulfureuse à laquelle des poitrinaires ont recours : il en a proGté pour s'appeler, non pas Noussy-les-Bains mais Noisy-les- Bains, ce qui remémore les environs de Paris.

Un juif ilu .Mzab. (D'après une photographie do M. Foureau.)

De tous, le nom.le plus singulier, c'est un hybride, Vesoul-Bénian — Vesoul, de ce que le village eut pour colons des gens de la Haute-Saône, département qui a Vesoul pour chef-lieu; Bénian, de ce qu'on l'établit sur les terres d'Aïn-Bénian sur un ressaut du Zaccar Oriental. 11 y

aurait eu deux de ces noms, si, comme aux premiers jours de son existence, Boufarik s'appelait Medina-Clauzel, c'esti-à-dire la ville de Glauzel.

Laplupart des villages français d'Afrique, etles villes encore plus, sont des communautés très polyglottes. On y parle : d'abord et surtout la langue de France;. puis à côté d'elle, au-dessous^ d'elle, le gascon, le languedocien, le dauphinois, le provençal, le corse, l'alsacien, le piémontais, l'italien, le sarde, le sicilien, le catalan, l'espagnol, le maltais, l'arabe, le berbère d'Algérie ou du Maroc; et le sabir, « langue » ainsi appelée de l'infinitif s«///r, savoir : moi sabir, je sais; moi macach sabir, je ne sais pas. Sur les quais des ports, dans les rues des villes, sur les marchés*, sur les routes, aux travaux des champs, se rencontrent des Kabyles descendus de leurs montagnes sans balbutier encore un mot de français; des Arabes dédaigneux d'apprendre la langue du vainqueur ou trop paresseux, pour en essayer les premiers mots; des Français, des Européens qui ne savent ni l'arabe, ni le témachek. Les places de marché sont des Babds où l'on essaye de s'entendre au moyen de ce jargon singulier, discours bref, heurté, gesticulatif,. rudimentaire.

Il se compose de quelques noms, de quelques verbes, de peu d'adjectifs; noms et adjectifs sans déclinaison, verbes sans temps ni modes. Par l'absence dé formes, par le néant de la grammaire, c'est un parler « ni'gre » que ce patois fait de mots arabes, italiens, catalans, espagnols, français ; ceux-ci de plus en plus nombreux à mesure ques'étend la langue de France. Andar (aller), vinir (venir), tenir (avoir), mirar (voir, regarder), trabadjar (travailler), tchapar (chiper, chaparder), toucar (toucher, prendre), bono (bon, bien, utile), caroutii (tt'oraçeur, carottier), meskine (pauvre), maboul (fou), mercanti (bourgeois), chêndut (soldai),, oaea (maison), carroussa (voiture) cabessa (tète), matrac (bâton), bai)or (bateau, à vapeur),, biroui (bureau), bazabort (passe-port), chambiter (garde champêtre), brifet (préfet), caria (lettre, écrit, papier), douro (argent), sordi (sou), mouquère (femme), moutchatcho (enfant), yaoulôd ' (garçon, jeune homme), macache (non), bezzef (beaucoup), bibri (à peu près), bititre (peut-être), balek (prends garde!), kifl kif (comme), sami-sami ou soua-soua (ensemble), didou" (eh! ohé! un tel), et surtout fantasia, le mot universel qui s'applique au plaisir, à la passion, à tout ce qui est agréable, bon, supérieur, étrange,... ces termes et une vingtaine d'autres reviennent à chaque instant dans lès phrases du sabir, qui est la langue préférée des Ouled-Blaça ou fds de la place, gamin» inavouables. En attendant le triomphe du français- ce charabia misérable unit l'indigène au colon.;: maisle lien principal entre eux et nous, c'est l'appât des « douros » qu'on gagne chez lès chrétiens.

Les Juifs ont été nationalisés on bloc par décret pendant que nous liitlions^ contre les hordes du peuple évangélique. Ds ne l'avaient certes pas mérité, occupés- qu'ils étaient uniquement de banque, de commerce, de courtage, de colportage et d'usure; nul ne tient la charrue, n'arrose les jardins ou ne taille la vigne, et il y a très peu d'hommes de métier

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