‹ Algérie et TunisieChapitre 29 sur 107 · Oraison · texte numérisé non relu

Oraison

surpeuplée, peu de dizaines de millions d'hommes en face des centaines de millions d'Européens. Ce pays des visages bruns n'équilibrera jamais la patrie des « visages pâles », ni même celle des bruns et des châtains, la Terre latine qui lui fait vis-à-vis avec ses Espagnols, ses Portugais, ses Italiens, ses Français. L'Atlantide, masse petite, orbitera bon gré mal gré autour de la grande masse; cela jusqu'au jour où des 'chemins de fer la noueront à l'Afrique intérieure autant que le sillage des bateaux à vapeur la rapproche des ports de la France. Et jusque-là les Européens latins ont le temps de modeler les Indigènes. Encore doit-on se demander si l'Afrique torride, aujourd'hui nègre ou négroïde et demain métisse, pèsera quelque jour aussi lourdement que l'Europe tempérée sur 1' « île » de l'Afrique du Nord.

Panorama d'EI-Goléa. (D'après une photographie du docteur Théraull.)

En tout cas, la puissance de l'esprit restera durant des siècles là où elle est maintenant, au nord de l'Atlantide, à l'autre ourlet du flot bleu. I^a langue emporte tout avec elle. Plus forte même que le sang, c'est-à-dire que l'atavisme, elle brasse, mêle, égalise les races, ainsi que la mer fait des eaux, des airs et des climats. Or, on ne saurait imaginer qu'aucun idiome africain, pas même l'arabe, puisse l'emporter ici sur le verbe européen venu de France, et déjà devenu dans la demi-Berbérie cismalouïenne l'organe général de la science, de l'art, des lettres, des grandes idées vraies comme des grandes idées fausses qui donnent la prépondérance à Japliet sur Sem et sur Cham. L'arabe n'est pas de force à résister à tout jamais au français dans l'Atlas : il n'est pas assez « moderne ». Croire et dire vingt fois par jour que Dieu est l'Antérieur et le Supérieur ne suffit plus à la conduite de la vie. La pensée arabe a peu semé, la langue arabe n'a guère moissonné.

D'ailleurs cet idiome est ici coupé de lui-même, les déserts de la Tripolitaine séparant son domaine d'Occident de son domaine d'Orient. Dans l'Orient germa son noyau, puis le tronc grandit sur de vigoureuses racines; un beau rameau poussa vers l'Occident, mais si long qu'il fléchit. L'arbre vivra longtemps ou toujours dans le sol de sa naissance, mais la branche maugrabine, étranglée à sa fourche, n'attire presque plus de sève; nos arrière-neveux la verront mourir. Comprimée à son nœud dans le tronc, elle l'est également à son milieu. La rapide invasion des Français et des Espagnols dans les plaines de la province d'Oran a déjà mis en face des Indigènes de l'Oranie une paysannerie européenne d'une rusticité singulière. Dans les arrondissements d'Oran et de Sidi-bel-Abbès, qui sont le centre de la province.

Panorama d El-Goléa. (D'après une photographie du docteur Théraull.)

191 000 « colons » peuplent dès maintenant l'étranglement médian du Tell, en face de 118 000 autochtones seulement. Et la terre, plus vide ici que dans l'Est et dans l'Ouest, ne manquera pas de sitôt à l'envahissement du « Gaulois » et de « l'Ibère ». La force des choses amène visiblement le jour où les « Roumis » domineront ici par le nombre, comme par la force, la « sagesse » et la richesse.

Ainsi r « arabophonie » maugrabine, que les étendues vagues, les sables, les roches dures sous le soleil inflexible isolent de la grande arabophonie d'Egypte, de Syrie, d'Arabie, est déjà sciée en deux par la « francophonie » oranaise. Le vrai Maître de l'Heure, c'est donc l'Européen, si voisin qu'il touche presque ; c'est notre or, nos arts, nos industries, nos corruptions, notre langue. Cent chaînes de dur métal rivent l'Atlantide à la France.

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