‹ Algérie et TunisieChapitre 40 sur 107 · II. — JURJURA ET BABORS · texte numérisé non relu

II. — JURJURA ET BABORS

I. Jurjura, Cherchar, Igharghar. — Le plus haut Jurjura ' le cède à peine de quelques mètres au Chélia de l'Aurès. Ses Jurjuriens, qui sont un rameau singulièrement vigoureux du grand arbre berbère, lui donnent le nom d'Adrar b'Oudfel, ce qui revient à dire : Mont de la Neige; ou simplement le nom d'Adrar, ce qui signifie la Montagne. Beaucoup plus près d'Alger que le Chélia l'est de Constantine, son tamgout^le plus haut pointe à 110 kilomètres A'ers l'est-sud-est de la capitale de l'Algérie. De la ville autrefois si blanche on voit le Jurjura flotter dans l'orient par-dessus les collines qui séparent la Métidja du val de l'Isser Oriental, au delà du Bou-Zegza (1 032 mètres) dont les flancs sont arides; bleu d'éloignement, la tête argentée par la neige, c'est une apparition dans l'azur.

Jurjura, ce mot a tout air d'avoir la même racine que Cherchar et qu'Igharghar, et cette racine, qui est berbère, paraît répondre à deux faits de la nature : — à la profusion d'eau de source et au murmure des fontaines, au fracas des cascades sur le penchant des roches. Ce nom dérive de la haute antiquité, comme la langue dont il émane; alors le djebel Cherchar de l'Aurès, rOued-Igharghar et le Jurjura en étaient dignes tous les trois, tandis qu'à cette heure le Jurjura seul y a droit entièrement, et le djebel Cherchar à demi. L'Igharghar, sillon de sécheresse, ne connaît plus l'onde babillante, et il passe dans le Désert (ou plutôt il n'y passe plus) sur des sables qu'aucun flot n'a mouillés depuis des siècles, sinon quelque orage égaré dans cette fournaise et que cette fournaise n'a pas dévoré jusqu'à la dernière goutte avant qu'il se décide à tomber en averse. Le Cherchar a perdu son vêtement de forêts et jusqu'à sa chair, qui était la terre, mais les oueds n'y sont pas encore tous taris; ceux mêmes dont la saison d'airain hume le courant se renouvellent à chaque rupture de nuée, à chaque fonte de frimas, et les cascades antiques y grondent encore maintes fois l'année dans la résonance des roches. Mais en Jurjura, c'est tout l'an que le mont ruisselle; ses fontaines sont immortelles; les torrents ne connaissent ni le repos ni la mort dans cette chaîne brisée, tumultueuse sur le versant du nord, du côté des pluies; et simple, tranquille sur le versant du sud, du côté du ciel serein, au-dessus du pauvre fleuve Sahel rarement rajeuni par les présents de la mer.

Le Jurjura se lève entre le Sahel et la Méditerranée qui scintille à 60 kilomètres au septentrion. La roche qu'il dresse entre ce fleuve et cette mer est trop suprême pour que les nues la surpassent aisément; presque tous les rafraîchissements de l'air, vents humides, ondées, neiges, sont pour le penchant du nord, pour la conque du Sébaou, l'un des rares fleuves d'Algérie qui ne mentent pas absolument à leur nom, puisqu'il coule. Et il coule toujours; il y a des semaines, même des mois où il descend en un vaste torrent bourbeux, accru par d'autres

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