‹ Algérie et TunisieChapitre 42 sur 107 · Mol berbère: col, passage · texte numérisé non relu

Mol berbère: col, passage

Dans les plis profonds et les déchirures de la corniche des monts; dans la région des cèdres et des sapins; plus has, dans la patrie des chênes et des frênes; et plus bas encore, dans la zone des oliviers, des figuiers, des orangers et des vignes, on y admire des acifs, des igzers ' qui ne tarissent point, des cascades qui ne se taisent jamais, des vergers, des villages aux tuiles rouges sur des pics et des pentes, sur des gouffres oii l'on n'entend que le torrent, où l'on ne voit que l'abîme, sur des roches d'où l'on contemple mille autres roches, des monts, des neiges, des vallées et la mer. C'est là le domaine d'un peuple si fier que les seuls Français l'ont enfin courbé.

Cette nation est aussi dure au travail que passionnée pour la liberté. Elle a magnifiquement profité de ses monts plaqués de neige entre novembre et mai, de ses pitons si droits qu'on ne sait comment les villages y tiennent sans glisser; elle a si bien cultivé ses versants perpendiculaires, ses ravins que les torrents ébrèchent, les rives alluvionnaires de son petit fleuve et l'étroit littoral arrêté par des tamgouts qui semblent près de tomber dans la mer, que la Grande-Kabylie, plus rugueuse qu'une Auvergne, est peuplée comme une Lombardie. Cela sans avoir ni puissante ville, ni moyenne cité, ni bourgs de grande industrie, ni canaux d'arrosement dont chacun roule plus d'eau que les fleuves de l'Afrique du Nord. \ous avons là plus de 300000 Berbères qui sont avec les 800 000 colons le meilleur espoir de notre Afrique, Maroc à part.

Ce n'est pas de l'Arabe, ici nomade, là errant à demi, ailleurs attaché au sol mais sans l'aimer profondément, qu'on peut attendre de sitôt une camaraderie avec la paysannerie européenne qui a fixé ses demeures dans l'Atlantide. L'homme du chameau ou du cheval, qui par surcroît dépend d'une religion en désaccord avec les idées du monde nouveau (bonnes ou mauvaises, n'importe), cet homme-là ne mêlera pas aussi facilement .ses intérêts aux nôtres que celui dont le principal souci est dans les arbres du verger, les orges et les blés du champ, la récolte de l'huile, le croît du fumier qui s'entasse en monticule au seuil de la maison.

Ils apprennent déjà le français avec une ardeur singulière, ces Berbères qui, de propos délibéré, ne s'essayèrent pas à parler l'arabe durant les douze centaines d'années qui se consumèrent depuis la première cavalcade musulmane, ou les huit siècles qui séparèrent l'invasion hilalienne de la défaite des A'it-Iratèn en 18.j7. C'est là ce que n'ont pas fait tous les Berbères qui vivent par delà le val de Bougie, dans la montagne des Babors, à l'orient du Jurjura. Dans ce massif on parle l'idiome ancestral, jusqu'à la gorge de l'Agrioun; mais, ce défilé passé, le voyageur qui marche au-devant du soleil matinal n'entend plus parler que comme parla le Prophète.

IV. Les Babors. — Nous avons appelé le Jurjura : Grande-Kabylie; les Babors ont reçu de nous le nom de Petite-Kab3'lie; — pourtant celle-ci n'est guère inférieure à celle-là. Moins nettement limitée que le pays jurjurien l'est par les bas fossés de Tisser et .du Sahel, on peut la considérer comme partant des Bibans ou Portes de Fer et s'arrétant à la vallée inférieure de

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