Mois berbères ; torrents, ruisseaux, rivières
rOued-el-Kébir de Constanline; à son nord bruit la mer; à son midi s'épandent les plateaux de Bordj-bou-Arréridj et de Sétif barrés, au sud, de djebels qui cachent le sud saharien.
Le plus haut adrar des Babors s'élance à 2 004 mètres, non loin de l'Oued-Agrioun qui vient d'échapper à son fameux couloir du Chabet-el-Akra. Monts déchirés,'cimes fières, pans vertigi-
La Grancle-Kabjiic, plus rugueuse qu'une Auvergne, est peuplée comme une Lombarili
neux, précipices où courent des eaux violentes, les Babors tombent au nord sur le golfe de Bougie par des avants-monts broussailleux où la panthère a ses demeures.
Une de leurs cimes, le Meghris (1737 mètres), commande au septentrion Sétif et lui dépêche le Bou-Sellam, torrent qui longtemps serpente indécis. II ne sait comment percer en suivant sa haute vallée tournée vers le midi les monts au delà desquels l'azur est saharien; de fait, il ne les perce pas; les roches qu'il éventre en détours fantastiques sont des roches baboriennes, et plus d'une s'appelle d'un nom ayant pour première et pour dernière lettre un l, ce qui, comme on sait, caractérise plus que toute autre particularité la nomenclature berbère. Ses
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durs travaux finis, le Bou-Sellam fait comme l'Oued-Agrioun, il s'en va vers les plages de Bougie. L'une des sierras qu'il tranche, le chaînon du Guergour arrive jusqu'aux Portes de Fer, passage noirâtre (son calcaire étant noir) et démesurément célèbre, qui n'a rien de bien grandiose.
Dans ce massif tourmenté, très mouillé sur les versants de nord frappés du vent de mer, très sec sur les versants du sud, le calcaire et la craie dominent.
D'origine berbère, la plupart des Baboriens ont fini par perdre l'usage du langage qui désigne presque tous leurs monts. Ils parlent un arabe bien éloigné de celui du Coran. Ce n'est pas chez eux qu'il faut chercher la supériorité d'idiome et d'accent telle que la rnonumente, par exemple, en Italie le dicton : « la langue toscane dans la bouche romaine ». Leur arabe est fort corrompu ; les berbérismes y abondent. Il semble qu'en renonçant au verbe des ancêtres ils aient en même temps laissé choir quelques-unes des qualités de la race. On ne trouve pas chez eux autant d'industrie et de persévérance que chez les Jurjuriens; ils ne sollicitent pas autant le sol nourricier, ils tirent moins parti de la bonne volonté des eaux qui ne demandent qu'à féconder la terre sur le rapide chemin du cuvier des tempêtes, la mer qu'on voit des hautes cimes.
Mais la plante humaine y pousse dru. Sans porter, « à montagnes égales », un aussi grand nombre de familles que celles qui bourdonnent dans la ruche jurjurienne, les Babors pressent tribu contre tribu sur d'étroits espaces. Là aussi des douars montrent plus d'habitants au recenseur des hommes que d'hectares à l'impositeur des biens. Ainsi que la Grande-Kaiiylie, la Petite- Kabylie est un monde qui grouille, une Marche ou un Limousin à côté d'une Auvergne, et il en sort toute une grande source de vie qui coule en émigrants vers le plateau, le val, la plaine, le sahel, les bourgs, les ports, lés marchés, les moissons.