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III. — DES B.\BORIENS AUX KROUMIRS

A côté des craies, des calcaires, des grès, des laves de volcans refroidis qui s'abattent en escarpements sur la Méditerranée, les Babors lèvent aussi des gneiss et autres roches dures, à leur orient, aux approches de l'Oued-el-Kébir et quand déjà les noms arabes remplacent desnoms berbères.

Les tortueux abîmes de l'Oued-el-Kébir franchis, les roches primitives avec îlots de lave et basalte composent les djebels jusque dans le pays de Philippeville. Désormais, tant que se prolongent vers l'est, jusqu'à Carthage, ces monts, les plus septentrionaux de l'Afrique, il n'est pas un seul pilon dont l'ascensionniste puisse dire : « J'y commande les flots d'au moins 1300 mètres ». Souvent c'est de 1000 à peine qu'on règne sur la plaine ondoyante, agitée jusqu'au délire, qu'on a nommée le niveau des océans.

Le Goufi (1 183 mètres) s'épanouit en caps de basalte, dits les Sept Caps; mais, petits et grands promontoires, on en compterait autant que de jours dans l'année le long de la falaise qu'il oppose aux vagues. Superbe est sa majesté sur mer, encore touffue sa forêt où l'on écorce

des chênes-lièges, toujours sauvages ses peuplades. A son sud-ouest, à son sud, à son sud-est, les djebels qui cachent Constantine et qui, ce faisant, livrent à la demi-sécheresse les plateaux de Cirta, ne dominent que de 400, SOO, 600, 800 mètres la casba de cette ville; ils n'ont donc que l 200, d 300, 1 400, 1 300 mètres, qu'ils s'appellent Ahrez, Zouagha, 3Isid-el-Aïcha. Le Chettâba, voisin des Constantinois, est un mont fauve où Rome a laissé maint édifice ébréché, et des pierres, des inscriptions en foule qui jusqu'à présent nous ont valu deux noms : Castellum Arsacalitanum et Respublica Phuensium. Le Taya ou Thaya, couvert de forêts, domine le val de la Scybouse, les sources fumantes et les cascades pétrifiées de Hammam-Meskhoutin ; un grand nombre de ces monts mineurs commandent de sauvages passages de torrents ; de beaucoup coulent des sources fraîches et tombent des cascatelles; beaucoup trop n'ont plus d'arbres et les « aïouns » en ont disparu. L' « Honneur de Bône », le gneissique Edough aux flancs sylvestres, commande la mer du haut de ses 1 008 mètres.

Les monts de plus de i 500 mètres sélancent au sud de la cité numide, sur le Plateau, en pyramides isolées : tels le Guérioum (1 727 mètres), père du Bou-Merzoug, le Nif-en-Nser ou Bec de l'Aigle (I 534 mètres), le Sidi-llouis d'Aïn-Beïda (1 628 mètres).

Jadis tanière des lions fauves, dont il ne reste plus un seul, l'Edough est un merveilleux beauvoir, ancienne île de la mer, toujours vivante au nord, morte au sud, où des plaines palustres l'ont remplacée autour d'un lac-marais. Il ne contemple point de djebels supérieurs, puisqu'il ne regarde pas jusqu'à l'Aurès; ce qu'il voit c'est le Nador, qui étrangle au passage la Seybouse, les monts forestiers de Souk-Ahras, le massif des Kroumirs, la Mahouna, que les lions abandonnent également et qui b.arre au midi l'horizon de Guelma par un rempart de 14H mètres. Le seigneur à la grosse tête disparaît aussi des grands bois souk-ahrasiens.

Au delà du bastion des Kroumirs (1 014 mètres), pas un pic, pas un dôme, pas une « taillante » ne bondit à 1 000 mètres entre la Méditerranée et la 3Iedjerda; ni dans le sahel des Mogods, ni sur les rives océaniennes ou lacustres de Bizerte, ni le long des alluvions terminales du vieux Bagradas; il faut passer ce fleuve et marcher au sud pour retrouver des monts supérieurs à dix fois cent mètres.

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