‹ Algérie et TunisieChapitre 45 sur 107 · IV. — DES BIBANS AU CHÉLIFF · texte numérisé non relu

IV. — DES BIBANS AU CHÉLIFF

l. Les Portes de Fer. — Le col des Bibans ne s'appelle pas Bab, la Porte, mais Biban, les Portes. En elTet, il est double : Grande Porte et Petite Porte, à 4 kilomètres l'une de l'autre. Dans l'énorme remous de montagnes, Jurjura, Babors, djebels du bout du Tell, Dira, nulle brèche ne se creuse plus bas avec autant de facilité d'accès entre l'orient et l'occident. Piétons, cavaliers, troupeaux, on ne passait ici que lorsque les Kabyles octroyaient le passage; il fallait payer tribut aux gardiens jaloux des deux vantaux du « Portail de fer ». Ou de l'argent, ou du sang; et il s'en versa par rivières au pied de ces roches plus que sombres et dans les collines par où l'on tentait de brusquer l'aventure.

Une petite nation berbère, les Aït-Abbès, s'appuyait près de là, dans des montagnes sauvages, sur une « kalaa » redoutée, forteresse à 1 000 mètres ou plus d'altitude, sur l'un des kefs ' ou rochers les plus malaisés de la chaîne. Alors puissants, craints du côté de Constantine comme du côté d'Alger, les Aït-Abbès fermaient à leur gré les Bibans; ni les pachas, ni le dey luimême n'osaient monter à la kalaa pour rompre les coffres où s'entassait l'argent de rachat du passage.

On dit que les Romains s'abstenaient de' chercher ici des Fourches Caudines entre leur ville de Sitifi'' et leur ville d'Auzia^ Les Turcs usaient des Bibans, mais le sabre baissé, la bourse à la main. Les Français y passent depuis IS.'iO, comme en témoigne l'inscription : « ARMEE F]{ANÇA1SE, 1839 ». Inscription modeste et qui avait lieu de l'être; cette armée, c'était 3 000 hommes seulement, et personne ne lui avait disputé ces Thermopyles. Depuis, les Portes de Fer ont perdu leur terreur; la diligence d'Alger k Constantine y faisait de jour ou de nuit tinter ses grelots, dans le silence de la Grande Porte, à peine interrompu par la faible voix d'un torrenticule ; et maintenant la locomotive y souffle au-dessous de la route.

n. Monts Hodnéens du Nord. — Des collines des Bibans on voit s'élever au midi la masse puissante du Kteuf (1 862 mètres), dans le pays de Mansoura, qui est une petite Auvergne envoyant des émigrants à toutes les villes telliennes, principalement à Alger, où les Mansouriens forment à eux seuls une corporation. Ce « Dôme de Mansoura » protubère parmi les Monts Hodnéens du Nord, mais de très peu; le Maadhid, qui est le pic du Midi de Bordj bou-Arréridj, monte à 1 848 mètres; d'autres djebels s'approchent de cette altitude, qui marque une supériorité de 1 400 mètres sur le Hodna, au sud; de 800 à 1 000 sur la Medjana, au nord.

Le Hodna, c'est à 400 mètres au-dessus des mers le fond salin de l'immense cuvette hodnéenne de toutes parts entourée de monts, ceux du nord plus élevés que ceux du sud; la 3ledjana, c'est à 800-1000 mètres le plateau fécond qui prolonge à l'ouest de Sétif la plaine sans fin des Lagunes salées et sursalées, — plaine semblable en Numidie à ce que la Manche est en Espagne et le Traz-os-Montes en Portugal.

Hodna sevré des vents par les Babors et les Monts Hodnéens, Medjana sevrée aussi de la mer, à un degré moindre, par les Babors seulement, ont pour secours contre la sécheresse les minces torrents du djebel, surtout ceux de la sierra des Monts Hodnéens du Nord; cette sierra, le retour de l'hiver l'emmantelle de neige, de la tête aux pieds du côté de la Medjana, jusqu'à l'épaule seulement sur le versant du sud. Finalement, presque tous ces frimas descendent au lac menteur du Hodna, qui n'est que bourbe et sel; ceux mêmes de la Medjana tranchent la montagne et s'épanchent au midi, à l'instar des pauvres rios espagnols qui coupent la Sierra Morena et qui, nés du côté de l'ombre sur la pente vers le Guadiana, vont mourir du côté du soleil sur le

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