Âumale
Dans le défilé des Portes de Fer : les Bibans. (D'après une photographie de M. Neurdein.)
penchant du Guadalquivir. Mais, par malheur, la rangée hodnéenne n'est pas assez puissante pour dispenser à ses torrents des flots toujours renouvelés; dès la neige fondue, ses oueds se traînent, puis s'arrêtent, et la Medjana sufl'oque de chaleur après avoir grelotté de novembre ou décembre à mars, avril ou mai.
in. Le Dira. — Les monts berbères de l'Ouennougha succèdent au Kteuf sur le chemin de l'ouest; à peine s'ils sont moins hauts (1 8.37 mètres). Us prononcent le divorce entre l'Oued- Sahel et l'Oued-Chellal, celui-ci divergeant vers le mirage du Hodna, celui-là vers la mer bougiole; l'une et l'autre rivière tirent leurs premiers filets d'eau du Dira d'Aumale, massif de 1 811 mètres. Dira, c'est Déren, Adrar, la montagne, nom « par excellence » que ce djebel dut sans doute à sa prééminence autour de lui, car, très vivement séparé des taillants et piquants du Jurjura par le profond fossé de l'Oued-Sahel, il domine tout son monde. Ses forêts, jadis touffues, sont claires maintenant; on le voit au tarissement d«s oueds, à la toujours plus grande humidité dès sources, à la sécheresse croissante du pâturage. Cependant les panthères ne diminuent que lentement dans les broussailles et bois du pays d'Aumale : on en a tué trente-six en quelques années dans le seul douar d'Aïn-IIazem.
IV. Le Titteri — Du Dira jusqu'au fleuve du Chélifl', le mont suprême entre le Tell et la Lande est un grès taillé en précipice, qui surgit à 1 464 mètres, le Roc Vert ou, en langue arabe, le Kef-Lakhdar, jadis le Titteri, mot dont il faut chercher l'origine dans l'idiome des « autochtones » berbères. — Titteri, c'est, croit-on, Titir-ill, l'Œil ou la Source des Monts.
Titteri, le mot est mort comme nom local désignant ce Hoc Vert où les tribus fuyaient le Turc et d'où, le danger passé, l'on pouvait descendre au septentrion dans les vaux de Tisser oriental, et au midi vers les points d'eau sur les pâtures du Steppe. Mais, du mont qu'il cessait d'indiquer il s'est étendu à tous les djebels d'alentour, si bien qu'il a fini par nommer le beyiik intermédiaire entre le domaine du bey de Constantine et celui dû be}' d'Oran. — Le bey du Titteri ou de Médéa était l'un des trois despotes qui obéissaient Bt surtout qui n'obéissaient pas au beglerbeg d'Alger la Sultane.
Du Roc Vert le regard plane au nord sur une confusion de gorges, de pitons, de chaînons qui s'amortissent sur le plateau des Béni-Sliman. Puis, au delà de ce comparativement bas paj's que risser oriental traverse, le chaos des djebels recommence; il s'ordonne en une chaîne parallèle à celle des roches tittériennes et, cachant aux hommes de l'intérieur la vue de là Jlétidja, du Sahel, de la mer, il cache de la Métidja de la mer, la vue de l'intérieur aux hommes d'Alger. C'est là l'Atlas d'Alger, le rempart de la Métidja.
V. Le rempart de la Métidja. — Le rempart de la Métidja culmine en un Pic du Midi
de Blida (i 62'J mètres), schiste ardoisé d'où sortent des fonts pures. Ce Pic du Midi se lève
sur le territore des Béni-Salah, tribu berbère qui parlait le dialecte zénatia de sa vieille langue,
mais qui n'use plus guère que de l'arabe. On le nomme communément piton de Sidi-Abd-el-Kader, d'une chapelle en l'honneur de Sidi-7\bd-el-Kader-el-Djilani, le saint le plus révéré de l'Afrique du Nord.
Rien que dans la seule Algérie, c'est par centaines que l'on compte les petits dômes ou, comme on dit, les koubbas consacrées à ce musulman fertile en miracles, à ce « sultan des justes », à ce « prince des parfaits », à ce « moulai », c'est-à-dire « notre maître ». Il vivait au douzième siècle. Aucun ouali ne fut jamais en communion si intime avec le « Plus Grand », avec Allah; et Allah lui délégua force, justice, sagesse infaillible, omaiscience, dédoublement, ubiquité, instantanéité. Il voyait jusqu'au bout du monde; comme le zigzag de l'éclair, il traversait tout ou partie de l'espace terrestre pour sauver une victime, punir un criminel, venger sa dignité; et souvent pour une plaisanterie, un bon tour aux indifférents ou aux moqueurs : « Dieu saura les confondre! » Ayant visité tout l'univers, « Notre maître le serviteur du Puissant » manifesta sa vertu sur le piton des Béni-Salah, devant les cèdres superbes, ceux-là mêmes que nous y voyons encore, vieux de plus de sept cents ans, à partir d'environ 1 400 mètres.
Au nord, le Pic du Midi de Blida contemple ses cèdres, sa descente sur les ravins, la Métidja, le Sahel d'Alger et de Coléa, la mer profonde. Au sud, à l'est, à l'ouest, il plane à l'infini sur des ravins tordus et sur des bois déserts. De IJlida, qui lui doit ses transparentes eaux, on y monte parla forêt de Tala-Zid; elle s'appelle ainsi d'une source que les Berbères, premiers occupants du sol, nommèrent Tala-Zid, ou Font de Zid. Vinrent les Arabes, qui l'appelèrent Aïn- Tala-Zid ou Font de la Font de Zid. Et nous, les Français, nous la connaissons comme Font d'Aïn-Tala-Zid, ou Font de la Font de la Font de Zid.
C'est ainsi que les Arabes disent Oued-Souf, c'est-à-dire Rivière-Rivière, et Bir-Tin ou Puits- Puits; et que nous disons, nous, plus tautologiquement encore, la Rivière de l'Oued-Souf, ou Rivière-Rivière-Rivière, et le Puits de Bir-Tin ou Puits-Puits-Puits. Ces pléonasmes se retrouvent dans tous les pays qui ont subi des races diverses.
A l'ouest-sud-ouest du culmen des Béni-Salah, le Tamesguida. son rival, termine, à 1604 mètres au-dessus des mers, le massif boisé des Mouzaïa; entre les deux passe la célèbre Chiffa.
De ces deux monts désunis par la profonde cluse, si souvent visitée, qui pour plus d'un touriste est toute l'Algérie, du Rocher Vert, des djebels intermédiaires, on arrive touj«urs, en montant et en descendant vers l'ouest-sud-ouest avec la houle de l'Atlas, à la coupure au fond de laquelle serpente l'eau bourbeuse du Chélilî dans son voyage entre le Steppe et le Tell. La « Grande Porte » s'ouvre à Boghari, par quelque oOO mètres au-dessus des mers; là finit, à 80 kilomètres seulement de la Méditerranée, le Sahel, le pays du vert; là commence le pays du gris jaune.