Tiirbidus arenles lento pede siilcat arenas
Bagrada, non ullo libycis in finibns amne Victiis limosas extendere latins undas Et stagnante vado palulos involvere campes.
LES RIVAGES ET LES OUEDS DU TELL ALGERIEN
voisine. II faut donc que le Bagradas descende de courbe en courbe vers l'orient, comme le « Chinalaph » vers l'occident, en un val sevré des pluies par la sierra.
A peine ruisseau elle coule devant Khamissa, la Thuburs Numidarum, ruine à 9iO mètres d'altitude. Muraille d'entour, arc triomphal, palais, thermes, théâtre, forum, ce qui tient ferme, ce qui branle, ce qui est tombé, tout cela est romain, mais le déterminant : Numidarum, rappelle les « Berbères » du temps latin, et Thuburs ou Thubursicum ou encore Thibirsicum semble sortir d'un radical punique. Ainsi va la toujours plus vieille et toujours jeune Atlantide, de noms en noms, de races en races, de passés en avenirs.
Ce Thuburs n'est pas le seul sur le territoire du t< Makarath » ; en Tunisie, sur une colline de 420 mètres, au-dessus d'un tributaire de droite du fleuve, Thubursicum Bure, devenu ou plutôt demeuré Teboursouk, montre encore les débris d'un municipe romain, jadis ruines et maintenant décombres qui, de la forme, passent à l'informe. Une seconde et moindre branche du fleuve naissant procède des monts de Mdaourouch, bourg
indigène dont le nom rappelle de très près la ville romaine qui vivait ici par 'J35 mètres, Madaure, patrie d'Apulée.
Une autre cité latine, où saint Augustin vit le jour, c'était Tagaste, à 4 kilomètres de la rive gauche de la Medjerda, sur un plateau de 700 mètres il'altitude. Le nom ancien a disparu; la ville, renée sous les Français après une très longue mort, se nomme Souk-Ahras. Petite encore, elle a bon espoir de croître, la contrée d'alentour étant abondante, salubre avec fraîcheur des eaux, excellence du climat, fécondité des terres, bonté des pâturages, amplitude des forêts, profusion de chênes-lièges, santé des troupeaux de moutons et de boeufs, vins de jeune renommée dans un vignoble conquérant la broussaille sur la pente ardue des coteaux. Les Comtois, Savoisiens. Gascons, Corses, Provençaux, s'y mêlent aux Napolitains, aux Siciliens, aux Sardes, aux Romains, en familles de complexion vigoureuse. C'est une des portes par où les Algériens français ou francisés commencent à descendre dans la Tunisie intérieure; la seconde porte, c'est le Kef, au-dessus du plateau numide; la troisième, c'est Tébessa du pied de l'Aurès, près de la descente vers Kairouan, Gafsa et Gabès.
Du pied des monts souk-ahrasiens à l'épanouissement subit de Ghardimaou, la Medjerda se tord pendant soixante kilomètres dans des étroits dignes de louange, entre des monts aussi
Douar sur la route de Teboursouk.
forestiers que le comporte le Tell français — gorges par endroits si belles qu'on rêverait volontiers d'y vivre; et encore plus dans maint admirable vallon; mais pour l'instant on peut surtout craindre d'y mourir. Le soufOe de la mer n'y pénètre point assez, la montagne de gauche l'arrête, l'air y est lourd et torpide, le fleuve s'extravase à chaque crue partout où ses deux rives ne lui font pas une prison et la pourvoyeuse des hôpitaux, la fièvre règne en ces lieux idylliques. La route de Souk-Ahras à Tunis y franchit vingt-sept fois la Medjerda, sans ponts ou très peu jusqu'à ce jour : la voiture descend à la casse-essieux; elle traverse l'oued sur un perré caché par l'eau sans transparence, puis, d'un coup de reins, les chevaux s'élancent vers la berge opposée.
A 100 kilomètres de sa source les monts de l'une et l'autre rive s'écartent brusquement et le fleuve, qui déjà ne coule plus qu'à 200 mètres au-dessus des mers, pénètre dans ce qui fut le premier de ses grands lacs, dans ce qui est la première de ses grandes plaines, dans le bassin de Ghardimaou comblé par l'anMînuisement des monts numides, chaque goutté de pluie abaissant l'amont pour exhausser l'aval.
IV. La Medjerda des plaines. — La conque de Ghardimaou a 20 kilomètres de long; sa largeur va de ."i ou 6 à 8; nue et presque vide est la plaine. Chemtou, carrière de marbres verts, jaunes ou jaunâtres, rouges ou roses, commémore de quelques ruines la Similtu fondée, ou, pour dire mieux, augmentée et ornée par la ville qui, « seule, reçut les vaincus dcins son sein; qui, mère pjus que reine, fit des hommes un même peuple sous un même nom; ceux qu'elle dompta, elle les nomma citoyens et se les noua de loin par les nœuds de l'amour filial ' ». De la plaine de Ghardimaou, le très court étroit de Sidi-Meskhine transmet l'oued limoneux entre berges :de terre incessamment rongées à la plaine, à la Dakhlat de Souk-el-Arba, Beauce de 73 000 hectares encastrée de montagnes qui pourrait aussi nourrir de ses blés une capitale. Une ville romaine de par ici, Bulla Regia n'avait pas bâti son arc de triomphe, ses murs de défense, son théâtre, ses bains chauds, ses maisons et les villas dans la plaine même; de son mamelon, dernier effort des Monts de Kroumirie, elle voyait dans la Dakhlat autant d'épis qu'aujourd'hui, beaucoup plus d'oliviers, et des cités, des villages, des fermes, des pressoirs; tandis qu'à l'heure présente il n'y a que des embryons de bourgades, des gourbis des hameaux arabes cachés derrière les raquettes vertes ou les fleurs rouges du cactus à figues comestibles ; un Boufarik manque à cette Métidja comme à celle de Ghardimaou. L'autre grande cité coloniale voisine s'élevait en amphithéâtre à trois lieues environ de la rive gauche de la Medjerda, au-dessus d'un vallon latéral; de A^acca, ou Vaga, ou Baga, nom antique, à Béja, nom moderne, le changement n'est qu'apparent.