‹ Algérie et TunisieChapitre 64 sur 107 · Marc-Aurèle · texte numérisé non relu

Marc-Aurèle

LES RIVAGES ET LES OUEDS DU TELL ALGÉRIEN

le détourner en partie sur sa banlieue; jieu après il se courbe au nord, et à 52 kilomètres de la mer il entre dans ses propres alluvions. A ses 323 kilomètres primitifs il a donc ajouté

32 000 mètres ou près d'un sixième ; ce qui lui vaut une longueur de 373 kilomètres — presque 300 jusqu'au plus haut aïn de rOued-Meskiana — il a, de crue en crue, mis au bout de son bassin de 2 197 000 hectares 37 000 autres hectares ; ce qui porte son aire entière à 22 340 kilomètres carrés, soit à peu près l'étendue de trois et demi de nos départements.

C'est au nord et au sud du vieux promontoire d'Utique, aujourd'hui Bou- Chater, que la Medjerda, Nil de l'Atlantide, entreprit de bâtir son delta dans la Méditerranée. Au temps reculé, ce cap trempait dans deux golfes, l'un au septentrion, l'autre au midi. Celui du midi s'effaça le premier, avant Rome, peut-être avant Carthage; il devint

Vues (le Douggn.

la Garaa Mebtouha, mot à mot le Bas-Fond des Vastes Campagnes, ample marécage parfois envahi par le fleuve. Le golfe du nord s'est comblé durant l'ère historique, à l'exception de quelques sebkhas et de ce qui demeure encore de la baie du Ghar-el-Melah, c'est-à-dire de la Grotte au Sel. Ce Ghar-el-Melah est une « bahira » ouverte sur la grande mer par un grau, devant les collines d'un port excellent jadis, exécrable maintenant faute de profondeur; nous l'appelons, à l'italienne, Porto-Farina ; les navires de guerre du bey y flottaient sans peine sur une eau creuse; aujourd'hui c'est presque trop d'une grosse barque.

Si le IMakarath ou Bagradas, qui ne mérite ici ni l'un ni l'autre de ces deux noms puisqu'il n'existait en ces lieux plats, alors maritimes, ni sous les Carthaginois, ni sous les Romains, si la Medjerda se jetait dans la bahira de la Grotte au Sel, elle comblerait très vite ce golfe qui dans rètat actuel n'est plus qu'une vasque de 2 600 hectares, où déjà ne se trouve aucun .abîme, voire aucun trou capable de noyer un cavalier, ou même seulement un piéton. Mais le fleuve a son embouchure normale en mer; il faut le retour annuel des grandes eaux pour qu'il ravive sur sa rive gauche les bras supplémentaires qui vont s'enfouir dans l'étang de Porto-Farina.

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