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DE LA MEDJERDA A DONE

Bizerte et ses lacs. — L'île Plane, -à moins de 3 500 mètres du promontoire d'Apollon; Djamour la Grande ou Zembra, île rocheuse de 400 mètres de surrection; Djamour la Petite,

îlette à 7 000 mètres de cette même chersonèse — ces trois terres battues de la mer marquent l'ancien littoral à l'ouest du Cap Bon. Dévoré par les tempêtes, ce rivage a tellement reculé vers le sud que nous avons ici, la i)rofonde indentation du golfe de Tunis au lieu de la côte droite, ou peut-être protubérante des temps avant Carthage.

45 kilomètres à peine en suÎA'ant la rive mènent des caps orientaux de Porto-Farina à l'universellement fameuse Bizerte, l'antique Hippo Diarrhytus, terme bicéphale où l'on .trouve du punique et de l'hellénique. Hippo, latinisation de Ubba, c'est en réalité du phénicien; au vrai, Bizerte, s'appelait tout comme Bône : celle-ci, c'était Hippo Regius, l'Ubba Royale, tandis que celle-là, c'était Hippo Diarrhytus, l'Ubba Percée : or Diarrhytus est un mot purement grec avec terminaison latine. Dans l'intimité des choses, le nom de Bizerte répond exactement à celui de Pasajes, la célèbre bourgade maritime hispano-vascongade. L'air d'Afrique est flamme diaphane, l'air cantabre est vent de mer et souffle de pluie; à part cela, Pasajes ou les Passages bordent

Le lac de Bizerte.

LES RIVAGES ET LES OUEDS DU TELL ALGÉRIEN

au jpicd 'du Jaizquibel les deux rives d'un chenal qui verse un lac à l'Atlantique, et Bizerte se

mire aux deux côtés d'un oued

qui s'épanche là même dans

la Méditerranée. Seulement le

lac des Passages est très petit,

la vasque de Bizerte est très

grande, et derrière elle, liée à

elle par une rivière, un autre

lac brille, qu'on nomme Eskel,

Iskeul, Ichkeul.

L'Ichkeul est déchu de l'antique honneur des Lémans profonds. Deux rivières troubles l'ont diminué; du raide

Mont Ichkeul (500 mètres), île

, r ■ 1, i f •! Le lac de Bizerte, vue prise ilu liaiii ilr l'ex-pont transbordeur,

autrefois, elles ont fait une ' . t' '

péninsule; surtout elles ont tellement envasé le lac qu'il n'y a plus que deux à sept ou huit pieds de profondeur jusqu'à la bourbe de ce Lacus Sisara des anciens. Des deux rivières qui l'ont pollué, rOued-Djoumin vient du sudouest, de djebels voisins de Béja, et passe devant Mateur, petite ville ayant hérité le vieux nom latin de Materna ou Oppidum Matarense. L'Oued-Cejenân serpente en un vallon parallèle au littoral de la mer, dans le fertile pays des Mogods.

Qui boit en hiver, puis en été dans l'Ichkeul, sur la rive presque partout palustre, à l'ombre de lauriers roses, trouve son onde douce en hiver, amère en été; et voici pourquoi. Tout à l'orient de Ja conque lacustre, laquelle est presque un harmonieux ovale, une rivière de 20 à 25 mètres entre rives, de près de 2 mètres de profondeur, traverse lentement un

Nouveau port de Bizerte. Vue générale à vol d'oiseau. isthme de 1 500 mètres de largeur OU plutôt (D'après un croquis communiqué par M. Galu.)

d'étroitesse; son nom, c'est Oued-Tindja ou

Chenal de la Lagune; sa fonction c'est d'unir le Lacus Sisara au Palus Hipponis, aujourd'hui lac

Photo Ciarn^ues, à Tuais.

Le vieux liizerte cl sa i)ittorcsi)ue entrée île port.

de Bizerte. Or le lac de Bizerte, malgré cet ancien titre de palus (marais), se com-porte comme un lac, mieux que cela, comme un golfe; tandis que l'Ichkeùl, malgré son ancien titre de lacus se comporte comme un marais : il s'enfle avec les pluies de l'hiver et du printemps jusqu'à refaire du Mont Ichkeul une île, et s'étendre sur 20 000 hectares — alors le Tindja coule du sud-ouest au nord-est, du Lacus Sisara au Palus Hipponitis, et d'un flot sans amertume.

Puis le soleil monte dans le ciel, les oueds tarissent, richkeul haisse pendant que leau de Bizerte, incessamment rajeunie par la mer, reste fidèle à son niveau — alors le Tindja reflue du nord-est au sud-ouest, du Palus

au Lacus, et d'un flot amer.

A peu près ovale ainsi

que richkeul, le lac de Bizerte a 15 000 hectares, avec profondeurs littorales de 3 à 3, mètres et vaste creux central de 10 à 13 mètres. Un oued de 9 kilomètres porte à la Méditerranée le tribut des deux lacs et de 2 87.5 000 hectares.

Ledit oued ou chenal bizertin ayant un cour.s alternatif comme le Tindja, l'eau du lac varie en sel ainsi que l'eau de la garaa, mais il varie beaucoup moins. Quand l'Ichkeùl gonfle, que pressé par l'afflux des torrents, il pousse le Tindja vers la bahira de Bizerte, celle-ci se mêle d'infiniment d'eau douce.

Photo .M. bauziS.

Pavillon de ramirauté sur les bords de la baie sans nom.

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•et à son tour presse le chenal qui coule alors du lac saumàtre à. la Méditerranée saline; mais dès que le Joumin et le Cejenàn ont cessé d'emplir richkeul, et le Tindja de le vider dans la <;onque d'Hippo Diarrhytus, le flot se renverse : il va de la mer au lac, et celui-ci n'est guère moins salé'que la mer.

La France a régularisé le chenal; elle l'a creusé pour le va-et-vient des plus lourds navires de guerre; et maintenant elle dispose là du port majeur de l'Afrique septentrionale, justement aux lieux où cette Afrique approche le plus de l'Etoile polaire — car à 15 kilomètres de là le Ras Engela est l'extrême pointe boréale du continent des Nègres. D'immenses travaux, non encore achevés, ont fait de Bizcrte un Toulon calculé pour être la grande place d'armes, l'arsenal et le lieu de suprême résistance de la France dans l'Afrique septentrionale.

IL Des caps de Bizerte â Tabarque :

la Kroumirie. — De

Bizerte à Tabarque le montagneux littoral tend à l'ouest-sud-ouest, suivant la direction normale du djebel de l'Atlantide.

Un de ses caps voit l'azur

marin blanchir sur les écueils des Frères, nommés au temps romain les Autels de Neptune. Un autre, plus proéminent que tous, le Cap Serrât, s'avance de 2 .500 mètres vers le nord dans une mer aux fonds de corail et garantit des vents de l'ouest un golfe dont on médite de faire le port du pays des Mogods, lequel est à la fois pastoral, agricole, forestier et minéral.

A 37 ou .38 kilomètres au nord-nord-ouest de la pointe do Serrât, la Galite, île de o kilomètres de long sur 1 000 à 1 500 mètres de large, lève un mont de 391 mètres. Longtemps déserte, elle a fini par tenter quelques Robinsons français et italiens qui pèchent le homard. Etant de laves, sans ruisseaux, elle dresse un seul arbre, un figuier, certes le plus septentrional en Afrique, car si le Ras Engela marque le lieu continental africain le moins éloigné du Pôle, l'ua des îlots de l'archipel de la Galite, Canis, haut de 113 mètres, sec et sans bois, est l'avantposte boréal de l'Atlantide, non loin du 38" degré, sous le parallèle de l'espagnole Carthagène. Les trois îlots de Canis, les deux îlots du Galiton (158 mètres) sont des « Minorques » plus vides

Aspect des forêts de la Kroumirie,

Photo M. de Bcaumont.

encore que leur « Majorque » ; aucun pêcheur ne leur demande asile, la chèvre sauvage n'y bondit pas de roche en roche et le lapin n'y broute point le thym parfumé.

Plus loin le Cap Negro protège la petite anse de Boudma où, bien avant 1830, la Compagnie Française d'Afrique avait un comptoir pour le commerce, la pêche et le corail. Puis la côte, devenue sablonneuse, et qui reste telle jusqu'à Tabarque, laisse passer entre de vastes dunesl'Oued-Zouagha, torrent non tarissant puisant à des torrenticuhes des Mogods et des Kroumirs, en des forêts de chênes-lièges, de chênes-zéens, de frênes et d'ormes. Peut-être sont-ce là les bois les plus touffus en terre de Berbérie, parce que le soleil boit souvent la pluie sur leurs feuilles; ici la mer est libérale, le nuage épais, le déluge fréquent, le long des oueds où le lion et la pantlière s'abreuvent encore au pied des cascades. Mais l'ours ne s'y désaltère plus, sa race est éteinte. Martin est mort.

A Tabarque un val palustre ouvre un accès au cœur de la montagne sylvestre ; son Oued-el-Kébir, comme qui dirait son Rio Grande, remonte jusqu'à 1' « Épine dans l'œil de la Kroumirie », jusqu'à la Source d'Argent, ou, d'un seul mot, « Foutargente ». Aïn-Draham, a son site au pied d'un mamelon de i 014 mètres d'altitude. Ce qu'est le Fort-National chez, les Kabyles du Jurjura, ce bordj l'est ici chez les Kroumirs, peuplade remuante. Ils se riaient fort du bey de Tunis, leur prétendu seigneur, et ils méprisaient de très haut la France. Ils osaient descendre chez elle à travers ravins, futaies, fourrés et rochers, mais la France n'osait point monter chez eux.

Ces « puissants », qui ne l'étaient guère, vivent dans de pauvres masures. Ils sont de langue arabe, mais d'origines mêlées. Une de leurs tribus aurait des frères au bord du grand fleuve ultra-saharien, devant le Niger de Tombouctou; il est permis d'identifier, malgré quatre à cinq cents lieues d'écart à travers le désert majeur de l'Afrique, les Dedmaka, dit aussi les Tàdemmaka de la Kroumirie avec les Kel-Tâdemmeket de la confédération des Touaregs Aouélimmidens.

Ainsi que les Basques avaient leur chêne de Guernica où siégeaient les anciens du peuple délibérant pour le bien de tous, ainsi les députés de la confédération des Kroumirs s'assemblaient au versant méridional de leurs monts sous le chêne-liège de Fernana. Ce « suber » est un arbre splendide; seul sur la hauteur, il déploie sa rondeur de rameaux sur cent mètres de tour; c'est de lui que l'endroit tient son nom : Fernana signifie chêne-liège.

Le golfe de Tabarque a des fonds de 1 5 mètres. On en pourra faire à peu de frais un bon port au moyen d'une jetée qui s'appuiera sur un stérile îlot de grès roux et d'argiles colorées par l'oxyde de fer. A la cime de cet îlot, par 92 mètres, un fort ruiné rappelle l'Espagne et l'Italie ; et vis-à-vis, le bourg de Tabarque remémore la Tabraca romaine : le Castillan le construisit sous Charles-Quint, alors que l'Espagne était comme un lion dévorant; le Génois l'agrandit quand une riche famille de la ville aux palais marmoréens échangea Dragut, terrible corsaire turc qu'elle avait pris en mer, contre ce rocher dont l'herbe est rare et sèche et qui n'a d'autre futaie que les palisses du cactus.

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in. La Galle et ses lacs ; monts et dunes. — Au delà de Tabarque, la dune cesse ; plus de mamelons aréneux, mais des monts, des falaises, des pointes, des rochers, des calanques et des écueils en mer; c'est une côte sauvage, une rive de fer. Quand on a dépassé le Cap Roux la corniche vertigineuse s'abaisse et l'on arrive à la plage basse de la Galle, la ville aux trois lacs.

Le premier, le Lac aux Poissons, s'écoule en mer par le ruisseau palustre de la Mésida; il avait I 800 hectares en son plein, avec 3 mètres de profondeur avant la désobstruction de son déversoir. Désobstruction d'ailleurs imparfaite : la Mésida n'est qu'un canal embourbé dont la fièvre habite les rives, heureusement désertes, et le lac reste un étang rétractile; il enfle avec les pluies qui gonflent les oueds de montagnes de 500" mètres habillées de chênes-lièges; puis il désenfle avec la chaleur et alors il empoisonne.

La prairie d'El-Frin, alluvion basse, le sépare, à l'ouest, de l'Oube'ira, qui sommeille entre plaines et collines; non loin de cet Oubeïra passe l'Oued-el-Kébir de Blandan, et ce torrent aux vastes crues, débordant sur une plaine basse, va raviver au nord l'eau morte du lac; inversement lorsqu'une série d'orages a relevé l'Oubeïra de deux, de trois mètres sans hausser en même temps la rivière, le lac s'écroule et s'écoule à son tour vers l'Oued-el-Kébir; c'est pourquoi, malgré l'absence d'émissaire, l'eau reste douce dans cette conque de 2 300 hectares. Que faire? Barrera-t-on l'Oued-el-Kébir pour le jeter dans la vasque oube'irienne dont on ferait de la sorte un réservoir de cinquante millions de mètres cubes pour l'irrigation du plat pays? Ou desséchera-t-on le Léman de la Galle pour livrer sa vase aux colons?

Au nord-ouest de l'Oubeïra, le Mélah, soit le Salé (800 hectares), a maintenu le chenal qui l'unit à la mer dont il a conservé le niveau — en quoi il diffère et du lac aux Poissons et de l'Oubeïra qui furent également des golfes delà 3Iéditerranée,dont une levée de sable barra l'issue; puis le travail des alluvions mit des lacs toujours amoindris à la place de la lagune salée.

La ville voisine de ces lacs, la Galle, regarde la mer, d'un rocher plongeant. Tout ce que peut faire ce méchant petit port, c'est d'accueillir les bateaux et batelets qui dévastent près d'ici la forêt des coraux recouverte par l'eau profonde et d'envoyer des barques à la pêche de la sardine. Sardiniers ou corailleurs, presque tous les hommes de mer de la Galle viennent d'Italie, surtout du pays napolitain, ou bien leurs pères en sont venus; mais cela se francise un peu à la première génération, et tout à fait à la seconde.

A 12 kilomètres à l'ouest-nord-ouest de la Galle, par chemin sylvestre sur falaise ardue, une vieille tour en ruines signale au peuple nouveau qui grandit dans l'Afrique du Nord le premier établissement fondé par les Français en terre de Berbérie. Établissement qui fut d'ailleurs tout commercial et qui n'aurait jamais pu plier à nos lois une nation si dure : pour soumettre l'Afrique Mineure, il a fallu la force; pour la garder, il faut le nombre, ce qui est aussi la force ; et, à côté du nombre, la puissance d'une société supérieure en science, en art, en industrie, en fortune, en travail âpre, indiscontinu.

Cette ancienne tour du rivage, le Bastion de France, borde une crique battue par les vents

du Nord, près du rebord de la roche rougeâtre; des Français provençaux, unis en une société marseillaise dite Compagnie d'Afrique, y péchèrent dès 1560 les poissons, le corail, et ils y trafiquèrent en grains, en peaux avec les indigènes. Mais s'ils demeuraient devant la mer vitale, ils avaient près d'eux les lacs de la Galle dont les vents de l'ouest, du sud-ouest, et du sud leur soufflaient la puanteur quand la canicule y desséchait le marécage; aussi les Turcs avaient-ils sagement nommé ce lieu : Kara Soudak ou l'Eau Noire, l'Eau Fangeuse. — Après 124 ans de fièvres les Français abandonnèrent l'établissement.

A peine a-t-on dépassé le Bastion de France quand la roche riveraine s'efface ; les sables lui succèdent, amoncelés en dunes; puis l'arène fait à son tour place à la falaise, jusqu'au Cap Rosa, au delà duquel reparaît la dune; et celle-ci se poursuit inexorablement pendant 8o à 90 kilomètres, jusqu'à l'embouchure de la Seybouse, à presque toucher Bône. — Dune qui n'est point seulement littorale; elle s'avance à plus de 20 kilomètres de la Méditerranée, dans un ancien sous-golfe du golfe très vaste que nous pouvons appeler rétrospectivement golfe d'Hippone; il battait de ses flots orientaux les collines du Cap Rosa, de ses flots occidentaux les monts de Jemmapes et de Philippeville, de ses flots méridionaux la montagne de Guelma; à son nord montait l'île de l'Edough, soudée depuis au continent.

On nomme ces longs sables les Dunes de la Mafrag, de ce que ce petit fleuve les franchit pour mêler son eau troublée d'alluvions à cette vague bleue du golfe de Bône dont Théophile Gautier oppose l'azur

... à l'immensité jaune Que piquent de points blancs Touggourt et Biskara.

Elle sont très hautes à l'est, jusqu'à 115 mètres, et boisées dans leur centre; il y aura là sans doute une grande forêt littorale.

IV. La Mafrag. — L'Oued-Mafrag perce le cordon littoral à 17 ou 18 kilomètres estsud-est de Bône. Elle se forme à 1 800 mètres seulement de la Méditerranée par la rencontre de deux rivières palustres, l'une et l'autre endormies dans la plaine après avoir tracassé dans la montagne; celle qui arrive du sud s'appelle Bou-Namoussa, celle qui arrive de l'est s'appelle Oued-el-Kébir.

Bou-Namoussa, nom fâcheux qui signifie Rivière aux Moustiques; mais elle n'engendre le moucheron qu'à partir de son entrée dans le pays-bas des Merdes et des Béni-Urgine, sur les alluvions et les garaas ou marais qui ont « enterré » le golfe préhistorique de Bône. Dans les ravins de son djebel ni les cousins, ni les maringouins et brûlots, ni la fièvre ne naissent de son croupissement; la pente est dure, l'onde vive et la montagne forestière. Ses torrents ont leurs aïouns dans un massif qui se rattache à la Kroumirie; ou ils lui arrivent du djebel des Béni- Salah dont maint incendie a rôti la sylve profonde. Quand il rencontre l'Oued-el-Kébir, il a cheminé pendant près de vingt-cinq lieues et l'Oued-el-Kébir en a fait autant.

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Celui-ci procède des montagnes d'Aïn-Draham, qui sont un grand lieu de sources pour la Medjerda et pour les fleuves côtiers de la marche tunisienne. Lui aussi il bondit d'abord sous l'ombrage des bois, dans un val de pierre; puis c'est l'expansion, la plaine; d'abord la plaine du Tarf ; ensuite la plaine de Blandan, bourg qui consacre le nom d'un héros des guerres d'Afrique tué dans la Métidja par les Arabes, à Béni-Méred, entre Blida et ce qui était alors le marais de Boufarik; enfin il s'égare dans la plaine usurpée sur le golfe primitif de Bône par les atterrissement de la Mafrag et de la Seybouse.

Un de ses tributaires de gauche ravine la vallée de la Cheffia, vaste nécropole, dolmens, menhirs sans nombre, tombeaux et tombelles. C'est, presque d'un bout à l'autre de l'oued un Carnac des Libyens; on en a tiré des inscriptions bilingues, et il se peut qu'elle réserve encore des trésors aux antiques archives de 1' « être à deux pieds sans plumes », là où notre histoire est de la préhistoire.

La Mafrag égoutte 237000 hectares, dont au delà de la moitié, 124 000, en bois, les clairières y comprises. Aucun des bassins du Tell français n'attire plus de vapeurs de la mer, aussi cette Armua des anciens roule-t-elle en moyenne autant d'eau que mainte riviérette française. Il n'est pas excessif d'évaluer à 7 ou 8 mètres cubes par seconde son module fait de la péréquation de crues fortes avec des étiages faibles.

V. La Seybouse. — Du bout de la Mafrag au terme de la Seybouse, qui marque la fin des dunes, le sable borde d'un blanc liséré presque droit 18 à 20 kilomètres de littoral. En longueur, la Seybouse est à la Mafrag comme cinq est à deux; en bassin, comme quatre est à un; mais son module n'est guère que deux fois supérieur : c'est que toute la conque mafragoise appartient à la zone des pluies drues, tandis que la part ultramontaine de la conque seybousienne, au midi des hauts djebels de Guelma, n'aspire que très peu de pluie, étant terre de Steppe autant que terre de Tell.

Ce module, on l'estime à 20 mètres cubes par seconde, les crues majeures atteignant i 000 mètres cubes, les étiages descendant à quelques centaines de litres, et à rien dans tel inexorable été. C'est le tribut d'un cours dé 223 kilomètres, pour 73 seulement en ligne droite, en un bassin d'un million d'hectares.

Seybouse, mot très conforme à notre euphonie, est de visage français, mais d'àme punique ou africaine. Les Carthaginois appelèrent ce fleuve l'Ubus, ou bien ils prirent ce nom aux riverains qu'ils y rencontrèrent; de même ils appelèrent Ubbo la ville de son embouchure, et Ubbo devint Hippone, et Hippone c'est Bône. Ainsi Seybouse, Bône et Bizerte sont le même mot sous trois formes, mais Bizerte contient un élément étranger à Seybouse et à Bône.

Ses oueds initiaux s'élancent de la même montagne que les naissants de la Medjerda. La naïade qui incline l'urne de leur épanchement la redresse chaque année lorsque brillent les plus

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