‹ Algérie et TunisieChapitre 67 sur 107 · VII. — DE BONE AUX SEPT CAPS DU GOUFI · texte numérisé non relu

VII. — DE BONE AUX SEPT CAPS DU GOUFI

I. De Bône â, Philippeville : Oued-el-Kébir et Saf-Saf. — L'Edough défie le golfe de Bône par un fronton de gneiss, et lorsqu'on a tourné le cap de Garde, il le brave par des roches de grès, puis par des caps « plutoniques ». Du faîte descendent les ravins sans nombre où le chêne-liège, le coudrier, le noyer, le châtaignier se penchent sur l'oued dont ils font l'onde plus fraîche et la course plus sombre.

Le cap de Garde étant la corne orientale de l'Edough, le cap de F"er en est la corne occidentale. Hauts et triste l'un et l'autre ; et de l'un à l'autre élevée, escarpée, déserte la côte avec un seul village français, Herbillon, qui est lieu de pêche sur une anse arrondie. Pas de plaine; aucune vallée ; rien que des fentes étroites pour de très courts ruisseaux.

Le cap de Fer est l'un des avancements les plus septentrionaux de l'Algérie; comme le Négro, le Serrât, les pointes Bizertines à l'est et les Sept-Caps à l'ouest, il dépasse le 37° degré, dans des parages autan lugubres : dans des jours noirs où la vague est plus blanche, quand elle s'amoncelle en tempête, les Kabyles du Cap de Fer guettaient les navires, ils tuaient les marins et confisquaient l'épave.

En tournant ce Ras-el-Iladid des Arabes, on entre dans le golfe Numide ', notre golfe de Philippeville, qui a deux sous-golfes, celui de Stora, celui de Collo. Des laves du Cap de Fer aux laves des Sept Caps, cette grande baie évasée, durement fouettée par le nord, s'ouvre en un. écart de près de 60 kilomètres; on y navigue encore pendant deux lieues devant les rocs de l'antique île de l'Edough; puis on y rencontre les dunes à l'abri desquelles se colmata la vaste mer bônoise dont il nous reste tant de bouc et si peu d'eau dans la cuvette du Fetzara; et bientôt on voit, perçant les sables, l'Oued-el-Kébir de Jemmapes, fait de deux rivières, dont la plus longue est le Fendek.

Fendek, c'est trop peu dire, chaque oued algérien allant de nom en nom. Ce torrent descendu du Taya passe devant Jemmapes, ville au milieu des vignobles, à petite distance de forêts où parfois résonne encore le rugissement des lions nocturnes. La seconde branche, rOued-el-Hammam ou Rivière des Thermes, sort de monts de craie, au septentrion de Guelma; elle absorbe le ruisseau qui coule dans le ravin de Roknia connu par ses milliers de dolmens tumulaires et ses centaines de grottes naturelles ou artificielles que les indigènes appellent hanout, c'est-à-dire les boutiques. Les ancêtres qui habitèrent ces cavernes, ceux qui tombèrent en poussière dans le silence de ces sépultures appartenaient comme les squelettes de la Cheffia à la race appelée libyenne, puis numide et maurétanienne par les Romains et les Grecs, ce sont tout simplement nos Berbères.

A son passage chez les Sanhadjas ou Sénadjas la rivière faite de ces deux torrents s'appelle

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