‹ Algérie et TunisieChapitre 7 sur 107 · Commandeur des croyants », caliTe · texte numérisé non relu

Commandeur des croyants », caliTe

Mais le Glorifié voulait toute la Terre. Donc la horde arabe, galopant sur l'Areg ' et la Hamada ^, s'avança vers 1' « île de l'Occident », c'est-à-dire l'Atlas.

Une première chevauchée s'arrêta dans la Tripolitaine.

Une seconde amena peu après les Musulmans jusque dans les monts intérieurs de la Tunisie, devant SulTetula, ville de Carthaginois latinisée par les Romains ou, sinon latinisée, du moins agrandie et ornée par eux, comme de belles ruines en font foi, près des sources vives' : là fut détruite une armée grecque, en uAe. bataille de soixante-douze heures (647).

Dix-huit ans après, nouvelle poussée, et les « Vra'is Croyants » ne ravagèrent plus seulement la Tunisie; franchissant l'étroite mer, ils allèrent piller la grande île où l'Etna fume (665).

Puis vint l'un des héros dé l'Islam, celui qui dort depuis plus de dauze cents ans dans une mosquée du pays des palmes, à cinq lieues de la « reine des Zibans* ». Okba, fils de Nafé, passa par-dessus « Afrique, Maurétanies et Numidies »; il ne s'arrêta que devant la mer à grandes marées dont la Méditerranée n'est qu'un lac presque immobile. C'est lui qui poussa son cheval dans le flot de l'Océan, comme pour s'emparer des eaux qui sont la ceinture du monde : « Dieu, ô le Plus Grand, s'écria-t-il, je te prends à témoin que sans cette mer je courrais jusqu'aux bornes du Gharb ' inconnu, en prêchant ton nom, ô l'Unique, et en exterminant toute race qui adore tin autre que toi! »

Okba-ben-Nafé fonda la cité sainte et très sainte, la Mecque de l'Occident, Kairouan, inaccessible jusqu'en 1881 aux Juifs, « chiens, fils de chiens », et aux Chrétiens, « charognes, fils de charognes ». Il la bâtit vers le centre de la Tunisie, loin de la mer et près des petits monts, en un lieu fait pour plaire à l'Arabe ami des chevaux, dans une plaine à la fois Tell, Steppe et presque Sahara lorsque le ciel est longtemps d'airain.

Il y avait là, sur un marais, des bois, des fourrés, des buissons, des ronces, des lianes vaseuses, asile de la bête fauve et de l'oiseau nocturne.

Le fils d'e Nafé marcha vers cette forêt bourbeuse : « Nous venons vivre ici. 0 vous qui respirez dans cette forêt, partez, et que Dieu vous fasse miséricorde! »

C'était un ordre d'en haut. L'envoyé de Dieu le répéta trois fois, en trois jours, d'un commandement grave; à la troisième fois, le rampant, le volant et le bondissant, serpents, hiboux, panthères, lions gris, lions fauves, lions noirs, chacals, hyènes, toutes les bêtes obéirent à la voix de l'élu.

Voilà comment l'Arabe conte l'histoire de son ère héroïque, celle aussi du temps moderne ; le « jour d'aujourd'hui » lui-même n'échappe pas à sa fantaise. Dieu n'est-il pas toujours le plus grand? Ne dit-il plus aux génies, ministres de ses volontés : « Allez! » et ils vont plus vite que l'éclair? Quand donc aurait-il cessé de fendre la terre, de diviser la mer, d'ordonner à la foudre,

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