Biskra
5. • Occident • : même mot que Moghreb (d'où Maugrabins) et qu'Algarve.
L'arabe, le plus grand ennemi de l'ombre, le pasteur qui ravage les forêts.
de rebrousser l'oued vers la « tête des sources »? Serait-ce depuis 673, année de l'édification de Kairouan, ou depuis 1830, ou 1909, qu'il n'abaisse plus l'Infidèle et n'exalte plus le Croyant? Les voyants sont toujours des voyants, les saints toujours des saints, et les oualis ' des oualis. Le miracle illumine toute son histoire; il projette même des lueurs sur les fils de la France depuis que le hasard de 1830 brasse ensemble Africains et Français. Maint capitaine issu du sol
Les ruines de SufTetula, aujourd'hui Sbeïtia.
des Gaules est embaumé dans la légende à côté des chefs, des marabouts, des imposteurs qu'il a vaincus, suivant la volonté du Très Juste et du Très Clément, qui est le « Père de l'invisible ». Avant que le septième siècle fût consommé tout entier, la Carthage romaine était aussi détruite que l'avait été la carthaginoise; le nom grec était effacé de l'Afrique. Et il sembla peu d'années après que le nom latin dût disparaître de l'Europe, tout au moins de l'Ibérie, à partir de
1. L'ouali est un ami d'Allah, un saint personnage, puissant de par Dieu.
iH ALGÉRIE ET TUNISIE.
711, aprt's que Tarik, chef de Berbères islamisés, eut fauché les Goths latinisés d'Espagne à la bataille du Guadalete.
De 700 à 1050 s'arrêtèrent les vagues d'hommes et de chevaux poussées contre l'Occident par l'Arabie, la Syrie et l'Egypte. Certes la mer musulmane bouillonnait toujours, mais elle s'irritait surtout contre elle-même, sa force s'usait en guerres de Vrais Croyants contre Vrais Croyants; du pays des villes saintes ou des villes riches, de La Mecque, de Médine, de Bagdad, de Damas, il partait peu de vaillants hommes pour ce Maghreb dont la jeunesse berbère saignait dans les combats de la djehad ', sur le sol espagnol, qui est un grand buveur de vie.
Puis, au bout de 350 années, vers 1050, un flot vomi par la Kibla* jeta si.x tribus arabes (ou arabophones) sur la rive maugrabine.
Ces tribus étaient de la « race de Ililal », moins une d'entre elles, celle des Soleïm : d'où le nom d'invasion hilalienne qu'on donne a cette immigration partie d'Egypte. Hommes, femmes, vieillards, enfants, la horde était, pense-t-on, de 250 000 nomades'. Les Soleïm ne dépassèrent pas le pays de Tripoli, et parmi les Hilaliens qui laissèrent derrière eux la maritime Gabès, des milliers se perdirent, sur le chemin de la Syrte à l'Atlantique.
Puisque si peu d'Arabes assaillirent l'Atlantide, en deux envahissements séparés par deux siècles et demi, pourquoi donc le Gharb s'est-il aux trois quarts arabisé?
Parce que les cavaliers de la « Conquête » ne se heurtèrent pas en Atlantide à un peuple un dans une patrie une.
Ils s'y buttèrent à trois peuples, dont l'un s'en allait par dissolution dans les deux autres, et à trois religions.
Les trois peuples étaient le Romain, disséminé chez le Punique et le Numide qui l'absorbaient; le Punique habitant l'est de l'île du Maghreb, là où l'établissement latin avait eu le plus de durée, le plus de force; enfin le Numide, vivant partout où ne vivait pas le Punique, dans l'Aurès, sur les plateaux de Cirta, et dans tout le centre, dans tout l'ouest de « l'île », là où le Romain avait peu pénétré, peu ou pas colonisé. Les trois religions étaient celles du païen, du chrétien, du juif.
Dès le départ des troupes de Byzance, le Romain ne compta plus dans l'Afrique du Nord. Il ne resta donc que deux nations, la punique et la numide, en face des conquistadores sortis de l'Asie la plus sèche et la plus sereine; et l'une des deux, issue du même Orient par la plupart de ses ancêtres, tenait de ses fondateurs carthaginois un idiome de même esprit et de même chair que l'arabe : en réalité le Punique était par son sang le demi-frère des compagnons d'Omar, d'Amrou et d'Okba; par la langue il était leur frère.
Aucun conteur de ce temps de ruines, de mêlées, de fermentations, de renouvellements, n'a voulu nous apprendre comment l'élément « carthaginois » se comporta envers l'élément arabe;